France : une proposition de loi contre l’« antisémitisme renouvelé » suscite une controverse sur les libertés publiques
- Une large coalition associative dénonce une instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme visant à « réprimer les critiques de la politique israélienne »
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Une controverse entoure l'examen à l'Assemblée nationale de la proposition de loi n°575 « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Une large coalition d’organisations non gouvernementales et de militants dénonce une menace pour la liberté d'expression, tandis qu'une pétition citoyenne réclame des sanctions contre l'élue.
- Un texte pour « nommer avec clarté » l'antisémitisme
Déposée le 19 novembre 2024, la proposition de loi portée par la députée de la 8e circonscription des Français établis hors de France, Caroline Yadan, a été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale au cours de la semaine du 12 janvier 2026.
Sur le réseau social amércain X, Yadan s'est dite « honorée d’avoir été nommée rapporteure » de ce texte, fruit d'« un an et demi de travail ». Selon la députée, les parlementaires ont « la responsabilité de nommer avec clarté cet antisémitisme contemporain pour mieux le combattre », affirmant que « céder à l’inaction, c’est accepter la banalisation de la haine ». Elle évoque notamment des « événements récents en Australie » comme signal d'alerte.
Le texte entend, selon son exposé des motifs cité par la Ligue des droits de l'Homme (LDH), lutter contre une « haine obsessionnelle à l’égard d’Israël » qualifiée d'« antisémitisme réinventé » ou « géopolitique ». Il s'appuie explicitement sur la définition de l'antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), ciblant notamment les comparaisons entre la politique israélienne et celle des nazis.
- Extension des inquiétudes sur les libertés publiques
L'analyse juridique fournie par la LDH et la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine détaille plusieurs dispositions clés du texte qui suscitent l'inquiétude. Selon ces organisations, la proposition de loi envisage un élargissement significatif de l'arsenal législatif, notamment via l'article 1er qui étend le champ de l'apologie du terrorisme aux « provocations indirectes ». Les organisations dénoncent toutefois l'article 1er qui habilite par ailleurs les préfets à ordonner la fermeture de lieux de culte en cas de propos faisant l'apologie du terrorisme, présentant ce dernier comme une « légitime résistance à un État » ou relativisant le danger inhérent à ses auteurs.
Pour l'activiste Olivier Lek Lafferrière, ces dispositions représentent un « danger grave et imminent pour la liberté d’expression », transformant la loi en outil de « criminalisation de la solidarité avec le peuple palestinien ». Il souligne que le texte sanctionnerait désormais non seulement la glorification, mais aussi les « provocations indirectes ».
- Levée de boucliers de la société civile
Dans un communiqué publié lundi, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) qualifie le projet de loi de « réponse inadaptée et dangereuse à la montée de l’antisémitisme ». Si l'organisation juge « alarmante » l'augmentation des actes antisémites rapportée par le ministère de l'Intérieur, elle estime que cette lutte ne doit pas être « instrumentalisée pour réprimer les critiques de la politique israélienne ».
L'Association France Palestine Solidarité (AFPS), dans un communiqué du 7 janvier 2026, abonde dans ce sens, affirmant que la proposition constitue une « très sérieuse menace [...] pour l’ensemble des organisations concernées par la défense des Droits humains ».
- Les critiques se cristallisent sur plusieurs points
Les critiques se cristallisent également sur les fondements et les effets sociétaux du texte. Les opposants contestent le recours à la définition « IHRA », jugée « controversée » et inadaptée pour restreindre la liberté d'expression, s'appuyant notamment sur les conclusions de la Rapporteuse spéciale de l'ONU, Irene Khan.
Cette base conceptuelle fait craindre à la Plateforme des ONG une grave ingérence dans le débat public, le texte risquant de criminaliser toute analyse cherchant à « contextualiser » les violences, menaçant ainsi les discours académiques et politiques. Enfin, la LDH dénonce une « assignation identitaire des Français juifs » : en associant mécaniquement l'antisémitisme à la critique d'Israël, la proposition de loi « expose » cette communauté « alors qu’elle prétend les protéger ».
Un internaute sur le réseau social américain X résume cette crainte en affirmant que la loi « interdirait la critique de la politique d’Israël (donc la colonisation et le génocide en Palestine) ».
- La rapporteuse visée par une pétition
Au-delà du texte, la personnalité de la rapporteure polarise le débat. Une « pétition citoyenne », revendiquant 22 700 signatures, appelle le Bureau de l’Assemblée nationale à engager une « procédure disciplinaire » contre Caroline Yadan.
Les signataires accusent la députée de « manquements graves à l’éthique républicaine », citant notamment :
Une « apologie implicite de crimes de guerre » pour avoir posé le 15 mars 2024 avec un élu israélien, David Azoulay, ayant appelé à faire de Gaza un lieu « comme à Auschwitz ».
Des « propos islamophobes » concernant des joueurs de football musulmans.
La « criminalisation des soutiens à la cause palestinienne », en assimilant par exemple le slogan « Free Palestine » au Hamas.
La pétition reproche également à Yadan d'avoir qualifié un rapport d'Amnesty International de « Canada Dry » et d'avoir soutenu une politique israélienne décrite comme une « épuration ethnique » par plusieurs ONG.
Les débats parlementaires s'annoncent houleux alors que la société française reste, selon les termes de la LDH, « profondément divisée » par la situation au Proche-Orient.
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