Ümit Dönmez
13 Décembre 2023•Mise à jour: 14 Décembre 2023
AA / Paris / Ümit Dönmez
La secrétaire générale de la CGT (Confédération générale du travail), Sophie Binet participait vendredi à un rassemblement de soutien à Myriam Lebkiri, membre du bureau confédéral de la CGT, convoquée par la Gendarmerie à Pontoise (Val-d'Oise), au cours duquel la leader de la CGT a dénoncé la répression syndicale en France et une volonté d'intimidation de l'action sociale par "le néolibéralisme qui a un problème avec la démocratie".
Au cours de son discours de soutien aux nombreux responsables syndicaux convoqués par la justice française pour des actions menées dans le cadre des protestations contre la dernière la réforme des retraites, Sophie Binet a décrit "un contexte qui rappelle les années 30".
Anadolu (AA) a interrogé la secrétaire générale de la CGT sur sa perception de la situation actuelle en France, notamment ce qui lui rappelle les années 1930 dans l'Hexagone.
- Similarités + islamophobie
"La similarité, c'est que nous avons maintenant une extrême droite décomplexée, qui agit à visage découvert, avec des rassemblements de néo-nazis en plein centre-ville, en plein jour. Nous avons une extrême droite qui multiplie les actions violentes, avec des ratonnades, par exemple, qui ont été organisées, soi-disant, pour se faire justice, par eux-mêmes", commence par expliquer Sophie Binet.
"Nous avons une extrême droite qui multiplie les violences et les menaces physiques contre les élus", ajoute la secrétaire générale de la CGT, citant notamment "l'incendie du domicile du maire de Saint-Brévin-Les-Pins, qui a eu lieu au printemps dernier parce qu'il avait voulu accueillir un centre de réfugiés dans sa ville".
"L'extrême droite a pignon sur rue, puisque, grâce au soutien d'un certain nombre de patrons, et notamment de Monsieur Bolloré (Vincent Bolloré, industriel, homme d'affaires et propriétaire de médias français, NDLR), l'extrême droite a pu acquérir de grands médias comme CNews, le Journal du Dimanche ou Europe 1 où l'on entend à longueur d'antenne des thèses racistes, islamophobes, des contre-vérités aussi, avec des fake-news qui sont véhiculées, comme sur le drame de Romans-sur-Isère, où on a expliqué que c'était une action punitive organisée contre les Blancs, qui a priori n'est pas du tout le cas dans les recherches que fait la justice", a-t-elle ajouté, avant de faire état d'un "climat qui fait penser au climat des années 30".
- Le pire est possible
La leader syndicale ne manque pas de rappeler qu'aujourd'hui comme hier, "le pire est possible, puisque maintenant, ça fait des années que la CGT alerte sur le risque de l'extrême droite, sur le danger de la banalisation.
"L'extrême droite arrive à un niveau de banalisation sans précédent et donc elle est maintenant en capacité d'accéder au pouvoir", note-t-elle encore.
"Ils le savent, c'est pour ça qu'ils sont si arrogants", dit-elle en référence aux dirigeants des partis d'extrême droite, mais aussi aux membres des groupes d'ultradroite qui défilent dans les rues de diverses villes françaises.
"Mais le pire n'est jamais certain et c'est l'action syndicale qui peut empêcher le pire, comme, justement, dans les années 30, la CGT a empêché les coups d'État qui étaient organisés à l'époque par l'extrême droite. On se souvient du 6 février 1934, avec la tentative de coup d'État, et la CGT, grâce à un mouvement d'unité syndicale important, a construit une très grande mobilisation qui a permis [la création du] Front populaire et l'arrivée au contraire de la gauche au pouvoir", rappelle encore Sophie Binet.
"Donc, le pire n'est jamais certain et il dépend de l'action syndicale, de l'action collective. La CGT sera au rendez-vous de l'histoire. Elle a toujours refusé de banaliser, de cautionner, de valider d'une quelconque manière l'extrême droite. Il faut que, notamment la classe politique en soit aussi, parce que ne pouvons pas tout faire seuls", déclare la leader syndicale, dans un appel à la responsabilité des décideurs politiques.