France / Policier-influenceur : les vidéos de Bac Fend pointent les limites du contrôle institutionnel
-Depuis mai 2025, un agent de la brigade anticriminalité du Val-de-Marne diffuse ses interventions sur les réseaux sociaux. Cette pratique, illégale selon la réglementation, met en lumière les lacunes du contrôle de l’activité en ligne des policiers
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Depuis mai 2025, un agent de la brigade anticriminalité du Val-de-Marne diffuse sur les réseaux sociaux ses interventions lors de refus d'obtempérer. Une pratique illégale, sur laquelle sa hiérarchie reste silencieuse, a rapporté le quotidien français l'Humanité.
Selon les chiffres officiels, 24 900 refus d’obtempérer ont été enregistrés en 2024, provoquant accidents et blessures pour les forces de l’ordre et les usagers. Jusqu’ici, la doctrine policière privilégiait la retenue. Mais en mai 2025, le ministère de l’Intérieur a décidé de généraliser les poursuites, malgré les risques pour les policiers et la population.
« Le policier au volant prend d’énormes risques, pour lui-même et pour les autres », explique Jean-Louis Arajol, ancien fonctionnaire et membre de l’association Police, République & citoyenneté.
- Enjeux légaux et déontologiques
Bac Fend n’est pas autorisé à filmer ni à diffuser des images prises dans le cadre de son service. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) rappelle que les caméras embarquées ne doivent pas enregistrer en continu, ne peuvent pas capter le son et que les images de personnes arrêtées sont conservées au maximum sept jours.
Une vidéo publiée en août 2025 montre une course-poursuite à pied filmée par une caméra-piéton. Selon la Cnil, cette pratique soulève « des enjeux importants pour les droits et libertés ». La diffusion pourrait constituer un « détournement de finalité », passible de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende, ainsi que de sanctions disciplinaires.
- Failles institutionnelles
L’IGPN indique que 36 agents ont été sanctionnés en 2024 pour « atteinte au crédit et au renom de la police nationale ». Pour le sociologue Mathieu Rigouste, « tant qu’il n’y a pas de coût politique ou médiatique, la hiérarchie n’intervient pas ». Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT Intérieur police, ajoute que « l’institution laisse faire depuis une dizaine d’années ».
Contactée par l’Humanité, la préfecture de police de Paris n’a pas répondu aux questions sur les sanctions encourues. Les vidéos de Bac Fend restent en ligne à ce jour.
Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
