France : "parodie de justice", "mascarade": les réactions fusent après la lourde condamnation de Tariq Ramadan
- L’islamologue, qui a toujours clamé son innocence, a été condamné à une peine de 18 ans de prison assortie d’une interdiction définitive du territoire français après avoir été jugé sans possibilité d'assister à son propre procès
Provence-Alpes-Cote d Azur
AA / Nice / Feïza Ben Mohamed
« Une mascarade », « une parodie de justice », « un acharnement » : les réactions se sont multipliées, mercredi soir, après la condamnation de Tariq Ramadan à 18 ans de prison.
Dans un entretien à Anadolu, son avocat, Me Ouadie Elhamamouchi, a vivement dénoncé une procédure qu’il juge profondément inéquitable.
« Le procès se termine comme il a commencé, à savoir une mascarade. Alors que les faits étaient extrêmement contestés, la sévérité de la peine, assortie d’une interdiction définitive du territoire français, reflète un acharnement sur la personne de Tariq Ramadan », a-t-il déclaré.
Il estime par ailleurs que la défense est « confortée » dans sa décision de ne pas avoir participé à la suite des audiences.
« La défense de Tariq Ramadan est confortée du fait de ne pas avoir servi de caution à cette parodie de justice », a-t-il ajouté.
« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire… La justice française n’en sort pas grandie », a-t-il conclu.
Sur les réseaux sociaux, l’annonce du verdict a également suscité de nombreuses réactions. Sa fille, Maryam Ramadan, a évoqué une « parodie de justice », tandis que le Dr Fanny Bauer-Motti a dénoncé « un procès qui fait honte à la France ».
De nombreux internautes ont également critiqué la décision, certains évoquant « un verdict politique » ou encore une « volonté de l’anéantir ».
La cour criminelle départementale de Paris, présidée par la juge Corinne Goetzmann, a condamné, mercredi soir, l’islamologue suisse Tariq Ramadan à une peine de 18 ans de prison, assortie d’une interdiction définitive du territoire français, à l’issue de son procès pour viols.
Une mesure de suivi socio-judiciaire pendant huit ans a également été prononcée. Elle interdit notamment à l’intéressé d’entrer en contact avec les plaignantes, mais aussi de diffuser tout ouvrage, œuvre audiovisuelle ou intervention publique en lien avec l’affaire.
La peine est conforme aux réquisitions formulées mardi par le parquet, à l’issue d’un procès qui s’est tenu à huis clos à la demande de l’une des plaignantes.
L’accusé n’a pas pu se présenter à l’audience, ouverte début mars, en raison de son état de santé. Hospitalisé en Suisse depuis le 27 février pour des complications liées à une sclérose en plaques, il avait sollicité un report du procès afin de pouvoir comparaître dans des conditions médicales adaptées.
Cette demande avait été rejetée après qu’une expertise médicale l’a jugé apte à se déplacer, une conclusion contestée par la défense.
Ses avocats avaient alors quitté les bancs de la défense pour protester contre la poursuite du procès en son absence, dénonçant un déni de justice. Ils avaient également mis en cause le choix de l’un des experts médicaux, présenté comme étant en conflit avec Tariq Ramadan depuis plusieurs années.
Le verdict est intervenu alors que l’islamologue, âgé de 64 ans, est de nouveau hospitalisé en Suisse depuis le 18 mars, au sein d’une unité psychiatrique après un choc post-traumatique lié aux procédures judiciaires auxquelles il fait face depuis près de dix ans.
Depuis le début de la procédure, la défense assure que Tariq Ramadan n’a jamais cherché à se soustraire à la justice et qu’il souhaitait au contraire pouvoir se présenter devant la cour afin de se défendre.
Pour rappel, il était poursuivi pour des accusations de viols portées par trois femmes. Cette condamnation intervient après un parcours judiciaire déjà marqué par une procédure en Suisse, où il avait été acquitté en première instance avant d’être condamné en appel.
Depuis le début du mouvement MeToo, Tariq Ramadan a toujours clamé son innocence et affirmé que les relations qu’il a entretenues avec les plaignantes étaient consenties.
Une analyse stylométrique diligentée par la défense (technique permettant d’identifier les auteurs de textes à partir de leur style d’écriture) avait semé le trouble il y a quelques mois. L’experte avait en effet analysé plusieurs messages anonymes diffusés sur les réseaux sociaux, évoquant notamment une « torpille en prépa », et estimé qu’ils avaient été rédigés par la plaignante suisse.
Depuis, Tariq Ramadan réclame une révision de son procès en Suisse ainsi qu’un complément d’information en France, qui lui a été refusé.
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