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France: Macron, le président le plus mal-aimé de la Ve République ?

- Trois mois après son arrivée, la popularité du président ne cesse de baisser, atteignant le chiffre record de seulement 36% d'opinions favorables

Hatem Kattou   | 08.08.2017
France: Macron, le président le plus mal-aimé de la Ve République ? Photo d'archives

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AA/Paris/Zeynep Ciftci

Pour le chef d’État français Emmanuel Macron rien ne va plus. Les sondages se suivent et se ressemblent : sa côte de popularité est en chute libre.

La Ve République n’avait pourtant jamais vu une telle décroissance mis à part en 1995 quand Jacques Chirac ne récoltait que quelque maigres 39 % de bonnes opinions pour son action à l'Elysée.

Cet été, et seulement trois mois après son arrivée à la tête du pays, le président français a donc vu sa notoriété chuter d’une dizaine de points.

Les chiffres tombent comme une sentence : après une baisse spectaculaire en juillet, la popularité du président subit une nouvelle érosion (-7). D'après le baromètre YouGov du mois d'août réalisé pour le HuffPost et CNews, la cote de popularité de Macron est passé de 43% d'opinions favorables à son action à 36 % en un mois.

Côte de popularité, côte de confiance, quelque soit l’indicateur utilisé par les Instituts, le résultat reste le même : Emmanuel Macron décline. Il est même doublé par son Premier ministre Édouard Philippe (- 2) qui le devance d'un point avec 37 % d'avis favorables, d’après la même enquête.

Il accuse ainsi une chute de popularité quasi inédite sous la Ve République comparé à ses prédécesseurs qui se trouvaient à 56% pour François Hollande en juillet 2012 et à 66% pour Nicolas Sarkozy en juillet 2007.

« Pour Emmanuel Macron, l'entrée dans l’atmosphère est brutale », observait Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'Ifop, fin juillet dans le Journal Du Dimanche (JDD). « Il subit le contrecoup de griefs divers, provenant de secteurs différents de la société », dit-il.

Le locataire de l’Elysée paie en effet, le prix d’un été difficile avec une succession de polémiques qui ont marqué le début de son quinquennat, provoquées notamment par la baisse des budgets ministériels pour cadrer le déficit français et particulièrement celui de la Défense ayant conduit au départ du Chef d’état-major des armées, insatisfait de la politique exécutive.

La récente altercation De Villiers-Macron avait été fortement médiatisée et avait suscité des sueurs froides lors des différentes objections allant jusqu’à la démission du chef d’état-major le 19 juillet 2017 dernier.

Pour Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique et Professeur de Relations Internationales et Science Politique à la UDLAP au Mexique, «le conflit entre Macron et le général de Villiers a été particulièrement mal perçu par les Français jugeant l'attitude du président de la République abusive et non adaptée (le président a « recadré » publiquement le général, ndlr) ».

Outre ce conflit, « la brutalité de la réforme par ordonnance du code du travail en plein été, a également eu des répercussions sur sa côte de popularité, déjà en baisse », note le professeur.

Enfin, d’autres "affaires" ont contribué à sa perte de notoriété, notamment les différentes défections du gouvernement, ajoute-t-il.

En effet, après la démission du ministre de la Cohésion des territoires, Richard Ferrand (qui a préféré briguer la présidence de la tête du groupe de la majorité présidentielle, En Marche, à l’Assemblée Nationale), les départs successifs du ministre de la Justice François Bayrou et de la ministre des Affaires européennes Marielle de Sarnez, tous deux issus du MoDem, visé par une enquête sur des soupçons d'emplois fictifs, ont suscité l’interrogation des Français et naturellement nuit au président.

Par ailleurs, ajoute El Yattioui, "Emmanuel Macron bien qu'il ait acquis son poste de présidence de façon exemplaire, est éminemment marqué par une absence d'expérience en matière sécuritaire".

D’après les médias français, depuis les sondages ayant été réalisés avant l’annonce de la baisse de cinq euros des APL (aide personnalisée au logement), et le coût de rabot de 300 millions d’euros pour les collectivités territoriales, la cote de popularité du président français n’a fait que s’effriter.

En outre, l’un des sujets phares de la campagne électorale du candidat Macron avait été la suppression de la taxe d’habitation qui, après le discours de politique général du Premier ministre, avait finalement été remise en question, installant une tension entre électeurs "modestes" et électeurs "aisés".


• Des catégories salariales et populaires mécontentes

Les différents sondages révèlent que les mécontentements sont issus de divers catégories populaires parmi lesquelles se trouve la fonction publique, catégorie la plus "déçue" (et qui enregistre une baisse importante de dix huit points contre dix en moyenne).

Les mesures gouvernementales adoptées, telles que le retour du jour de carence pour les salariés du secteur public mais également l’annonce du gel du point d’indice ont été des éléments décisifs dans la baisse de confiance au chef d’État, ces mesures étant considérées comme « vexatoires » et particulièrement mal vécues par cette catégorie salariale.

« Tout le monde est d'accord pour les économies en général mais jamais en particulier, (...) c’est normal que ça râle », commentait jeudi dernier Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, sur la chaîne de BFM TV.

La deuxième catégorie "mécontente" concerne en outre, les retraités, qui, avec la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG), expriment leurs inquiétudes. Ce qui s'accompagne d'une chute de 11 points du quota de popularité d’Emmanuel Macron.

• Une politique gouvernementale sujette aux critiques

À toute cette situation mouvementée «s'ajoutent, plutôt dans l'électorat de gauche, des critiques sur la réception en grande pompe à Paris de Vladimir Poutine et Donald Trump. D'une manière générale, Emmanuel Macron sort de l'état de grâce pour rentrer dans l'atmosphère et assumer le coût politique de ses arbitrages », conclut le politologue Jérôme Fourquet.

Nuance toutefois. Selon le baromètre des TPE (très petites entreprises) publié lundi, les patrons des petites entreprises estiment que l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée va permettre de "favoriser le développement" de leurs sociétés.

C'est une première depuis 2007 pour ces patrons qui estiment être guidés par un fort niveau de confiance dans le nouvel exécutif, selon un sondage Fiducial/Ifop.

Si le président français reste un séducteur et un communicant hors pair pour certains, il lui en faudra beaucoup plus pour regagner la confiance des Français qui l'attendent sur de nombreux dossiers dès la fin de l'été.

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