Ümit Dönmez
25 Juillet 2023•Mise à jour: 25 Juillet 2023
AA / Paris / Ümit Dönmez
Le Président français Emmanuel Macron a confirmé, ce mardi, la nécessité d'un "changement de la Constitution" française pour assurer l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.
En marge de sa visite sur l'archipel du Pacifique, entamée ce lundi, le chef de l'État français a accordé un entretien radiotélévisé à « Nouvelle-Calédonie la 1ère » et d'autres médias locaux. Emmanuel Macron a tenté d'apporter des réponses aux attentes des indépendantistes, tout en donnant des gages à ceux qui s'opposent à cette ultime phase de la décolonisation, en Nouvelle-Calédonie, comme dans l'Hexagone.
"Je vais ouvrir des chemins d’avenir, mais je pense qu’il faut le faire de façon consensuelle. Donc, en engageant l’ensemble des forces politiques, des coutumiers, l’ensemble de la population, pour bâtir ce projet d’avenir", a d'abord souligné le chef d'État français, avant d'expliquer que "les visions ne sont pas les mêmes", mais qu'elles ne sont pas "incompatibles".
"Je pense d'ailleurs qu’il n’y a pas d’avenir possible pour qui que ce soit, dans quelque projet que ce soit, si on reste dos à dos et que chacun reste replié sur une part de vérité. L’acquis des dernières décennies, c’est la paix", a-t-il ajouté.
"Le degré de la réforme, son ambition, dépendent à la fois du calendrier et de ce sur quoi on se mettra d’accord. Mais il y aura de toute façon, pour permettre au moins cette avancée, et peut-être davantage, une réforme constitutionnelle", a encore souligné le chef d'État français.
Il a également évoqué la question de la modification du corps électoral, alors que des élections provinciales doivent se tenir sur l'archipel en 2024. En vertu de l’accord de 1998 de Nouméa, seuls les natifs et les résidents de longue date peuvent participer aux élections provinciales et aux référendums, afin de préserver l’équilibre entre la population kanake et les autres résidents arrivés plus récemment.
Paris, ainsi que les loyalistes, voudraient ouvrir ce corps électoral aux résidents vivant sur l’archipel depuis un certain nombre d’années, alors que les indépendantistes y sont opposés. Des négociations ont été engagées par le Gouvernement français, mais celles-ci bloquent sur le nombre d’années requis pour obtenir ce droit de vote, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin évoquant sept ans, les indépendantistes réclamant dix ans, et les loyalistes en exigent trois.
Pour rappel, la Première ministre française, Élisabeth Borne, a entamé, en avril, des discussions sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, comme prévu par les Accords de Nouméa de 1998 qui arrivent à expiration. Cet accord, signé sous l'égide de Lionel Jospin, Premier ministre français à l’époque, prévoit le transfert de certaines compétences de la France vers la Nouvelle-Calédonie dans plusieurs domaines, à l'exception de ceux de la défense, de la sécurité, de la justice et de la monnaie.
À l'issue de cette démarche, trois référendums sur l'indépendance de l’archipel, colonisé en 1853 et disposant d'importantes réserves de nickel, ont été prévus par cet accord en cas de vote négatif pour les deux premiers. Le dernier référendum a été organisé le 12 décembre 2021, soit à la date prévue malgré la demande de report formulée par les indépendantistes. Lors de cette dernière consultation, le "non" l'a emporté avec 96,50% des voix et un taux de participation de 43,90 %. Les indépendantistes avaient boycotté le référendum, invoquant l'impossibilité d'organiser "une campagne équitable" due à l’épidémie de coronavirus.
La Nouvelle-Calédonie a connu différents statuts : colonie française jusqu'en 1946, territoire d’Outre-mer jusqu'en 1999 et enfin collectivité "à statut particulier" d’Outre-mer.