France : le Sénat rejette la proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France
- Macron avait érigé la sidérurgie en symbole de la triple bataille pour l'emploi, le climat et la « souveraineté européenne », face à la concurrence internationale
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le Sénat français a rejeté mercredi, en première lecture, la proposition de loi visant à la nationalisation d’ArcelorMittal France, un texte qui avait été adopté par l'Assemblée nationale fin novembre dernier à l'initiative de La France insoumise (LFI).
Cette proposition de loi avait pour objectif affiché de « préserver la souveraineté industrielle de la France ».
Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a déclaré que le gouvernement n'était « pas opposé par principe à la question de la nationalisation », mais il a dénoncé ce texte comme étant une proposition de loi « d’affichage ».
- Une mobilisation syndicale et politique
Le rejet par le sénat est intervenu alors qu'une mobilisation des salariés d’ArcelorMittal se tenait mercredi matin devant le Sénat pour appuyer l'adoption du texte, selon les indications du Parti communiste français (PCF).
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a alerté sur l'urgence de la situation.
« C’est un enjeu de souveraineté nationale qui doit dépasser les clivages partisans », a-t-elle affirmé. Plus tôt dans la journée, sur la radio France Inter, elle avait prévenu : « Si l’on ne nationalise pas ArcelorMittal aujourd’hui, on n’a plus d’acier en France et probablement en Europe d’ici à 2030. »
Pour la responsable syndicale, il est nécessaire de « convertir les aides publiques en prises de participation » afin de permettre à l'État d'influer sur les stratégies du groupe sidérurgique.
- L'indignation de la gauche
L'échec du texte au Sénat a suscité des réactions à gauche. Sur le réseau social américain X, le groupe La France insoumise a accusé le Sénat de tenter de « bloquer la nationalisation » et a appelé le gouvernement à donner « le dernier mot à l'Assemblée » pour sauver « la vie de milliers de salariés et 80 000 emplois menacés ».
La députée LFI Alma Dufour a dénnoncé la position de « la majorité de droite du Sénat », tandis que Thomas Portes (LFI), a indiqué être présent aux côtés des salariés sous le slogan « Du métal sans Mittal », a défendu « une loi d’intérêt général au service de la bifurcation écologique et de notre souveraineté industrielle ».
De son côté, le PCF a dénoncé sur X « l’hypocrisie de ceux qui prétendent défendre l’industrie française mais refusent d’agir concrètement », accusant ces derniers de choisir « les intérêts financiers » au détriment de l'intérêt national.
- Un contexte industriel sous tension
L'examen de cette proposition de loi de nationalisation (adoptée en première lecture à l'Assemblée le 27 novembre par 127 voix pour et 41 contre) intervient dans un climat d'inquiétudes sociales. Selon la CGT, la direction Europe d’ArcelorMittal envisagerait une nouvelle phase de délocalisation en Inde, susceptible d’entraîner environ 600 suppressions de postes en France.
Cette incertitude contraste avec les annonces faites le 10 février dernier à Dunkerque par le président Emmanuel Macron et la direction du groupe. ArcelorMittal avait alors confirmé un plan d'investissement de 1,8 milliard d'euros pour la décarbonation du site nordiste (notamment via la construction d'un four à arc électrique), soutenu par des contrats énergétiques de long terme négociés avec l'État français.
Lors de cette visite, Emmanuel Macron avait érigé la sidérurgie en symbole de la triple bataille pour l'emploi, le climat et la « souveraineté européenne », face à la concurrence internationale.
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