France : Le Mouvement des Kanaks réclame la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie et un État indépendant
- Selon le vice-président du Mouvement Kanak en France, Christian Fizin, la France « veut étouffer la revendication légitime d'un peuple pour le droit à l'indépendance et à l'autodétermination »
Ile-de-France
AA / Paris / Esra Taşkın
Le vice-président du Mouvement Kanak en France, Christian Fizin, a déclaré que les Kanaks de Nouvelle-Calédonie — colonie française dans la région indo-pacifique — souhaitent mettre fin à 172 ans d’occupation coloniale et disposer de leur propre État.
La tentative du gouvernement français de modifier l’accord de Nouméa, signé en 1998 avec la population autochtone de l’île et qui accorde un statut d’autonomie à la Nouvelle-Calédonie, a suscité de vives réactions.
Cette réforme vise en effet à permettre aux Français vivant sur l’île depuis au moins dix ans de voter aux élections locales, ce qui est considéré comme une violation de l’accord.
Des protestations contre cette réforme ont éclaté, le 13 mai 2024, et ont été réprimées par la force ; 13 personnes ont perdu la vie lors d’opérations menées par les forces de sécurité françaises.
Le ministre français des Outre-mer, Manuel Valls, a déclaré lors d’un discours prononcé à Nouméa, capitale de la Nouvelle-Calédonie, le 8 mai courant, que deux propositions concernant le statut de l’île étaient sur la table : l’une du gouvernement français et l’autre des opposants à l’indépendance. Le gouvernement propose un système de « souveraineté partagée avec la France », tandis que les opposants à l’indépendance souhaitent un système fédéraliste au sein de la République française. Aucun consensus n’a cependant été trouvé.
Christian Fizin a déclaré que les négociations se poursuivent entre le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS), les délégations anti-indépendantistes représentant des intérêts coloniaux, et l’État français, à propos du statut futur de l’île.
Fizin a souligné qu’ils ne savaient pas encore quelle forme prendrait la structure institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, mais qu’ils souhaitaient un accord pour l’indépendance. Il a affirmé que la France n’y était pas encore prête.
Il a également mentionné que la proposition de Valls sur une « souveraineté partagée » ouvrait une petite porte, et a insisté pour que la question de l’indépendance soit présente sur la table lors de futures négociations.
** Nous voulons avoir notre propre État
Fizin a exprimé le souhait des Kanaks de siéger à la même table que les autres nations du monde. « Le seul moyen de faire assurer ses droits à tout un peuple, c'est l'État-Nation », a-t-il déclaré.
Concernant l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Nouvelle-Calédonie, Fizin a qualifié cela de « poursuite de la pression coloniale ». Il a dénoncé l’usage de méthodes non conventionnelles par les soldats français sur l’île et a affirmé que les revendications du peuple sont toujours accueillies par la force et les armes.
Il a observé une augmentation significative du nombre de forces de sécurité françaises sur l’île, ce qui rappelle, selon lui, les événements des dix dernières années.
«Cet Etat (la France) veut étouffer la revendication légitime d'un peuple pour le droit à l'indépendance et à l'autodétermination», a-t-il dénoncé, en soulignant que le nombre de policiers est disproportionné par rapport à la population locale.
Fizin a rappelé que près de 100 militants indépendantistes arrêtés lors des manifestations depuis mai 2024 se trouvent actuellement dans des prisons en France. Sept responsables indépendantistes se trouvent également en France : cinq sont emprisonnés et deux assignés à résidence.
« Ces responsables politiques n'ont qu'une chose à se reprocher, c'est bien d'avoir porté une revendication politique, du coup ce qu'on peut leur reprocher c'est uniquement leur action politique. Ils n'ont aucun passé de délit ou de fait répréhensible par la loi en tant que tel, bien qu'on leur ait appliqué, tout de même un régime assez sévère qui est celui du régime des bandes organisées », a-t-il affirmé en soulignant que leur action légitime, menée au nom du peuple kanak, a été entièrement criminalisée.
** 172 ans d’occupation coloniale
Par ailleurs, Fizin a rappelé que 13 personnes, dont 11 jeunes et 2 gendarmes, ont perdu la vie dans le cadre des manifestations sur l'île depuis l'année dernière et a déclaré : « Aujourd'hui, nous voulons seulement mettre fin à 172 ans d'occupation coloniale. Aujourd'hui, nous voulons la création d'un nouvel État capable d'assurer une véritable justice ».
Le vice-président du Mouvement Kanak en France a affirmé que la justice devait s'appliquer à tous les habitants de l'île, quelle que soit leur origine ethnique, et a souligné qu'il souhaitait l'application du droit international et l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie.
* Traduit du Turc par Nursena Karakaya
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