Monde

France / Impôt sur le revenu : la ministre des Comptes publics dément Éric Lombard sur les très hauts patrimoines

- « Ils [les plus fortunés] ne paient aucun impôt sur le revenu », avait déclaré l'ancien ministre de l'Économie. Gabriel Zucman a, de son côté fustigé une « rupture du principe fondamental d'égalité devant l'impôt » en France

Ben Amed Azize Zougmore  | 14.01.2026 - Mıse À Jour : 14.01.2026
France / Impôt sur le revenu : la ministre des Comptes publics dément Éric Lombard sur les très hauts patrimoines

Istanbul

AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore

La ministre française des Comptes publics, Amélie de Montchalin a démenti, mercredi, les propos d’Éric Lombard, ancien ministre de l’Économie et des Finances, selon lesquels « des milliers » de contribuables très riches ne paieraient aucun impôt sur le revenu.

« Il n’existe aucun document à Bercy confirmant que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paient pas l’impôt sur le revenu », a-t-elle affirmé « les yeux dans les yeux » devant les députés, lors de la séance des Questions au gouvernement.

« Et si c’était le cas, cela fait bien longtemps évidemment que cette situation aurait été dénoncée et corrigée », a-t-elle poursuivi, reconnaissant toutefois que certaines pratiques, via des sociétés holdings, peuvent réduire le taux d’imposition effectif des plus riches, et que le gouvernement prévoit d’y remédier dans le cadre du projet de budget 2026.

Ce démenti intervient alors que les déclarations d’Éric Lombard, faites dimanche 11 janvier dans Libération. L’homme de 67 ans qui ne sera resté ministre qu’à peine neuf mois, et parti en même temps que François Bayrou, avait alors déclaré : « Ils ne paient aucun impôt sur le revenu ! Au lieu de payer des charges sociales sur leur salaire, ils se font rémunérer dans les holdings ».

L'économiste français Gabriel Zucman a, de son côté fustigé une « rupture du principe fondamental d'égalité devant l'impôt » en France, affirmant que les 1 800 plus grandes fortunes du pays bénéficient d'un taux de prélèvement réel deux fois inférieur à celui des autres catégories sociales.

Selon Gabriel Zucman, le poids réel des plus grandes fortunes dans les recettes de l'impôt sur le revenu est devenu marginal. À tel point que leur départ massif du territoire national n'aurait quasiment aucune incidence comptable : « Si elles partaient toutes demain s'installer aux îles Caïmans, leurs factures fiscales baisseraient à peine. Les recettes fiscales de la France baisseraient à peine, de l'ordre de 0,03% du PIB », a-t-il affirmé.

Ces révélations avaient provoqué un émoi politique immédiat, notamment à gauche. Éric Coquerel de (La France insoumise) et Elsa Faucillon (Parti communiste français) avaient demandé au ministère de fournir toutes les notes et analyses disponibles sur le sujet.

Le Sénat a également saisi le dossier. Claude Raynal et Jean-François Husson, respectivement président et rapporteur général de la commission des finances, demandent « l’ensemble des documents fiscaux » pour vérifier les affirmations de l’ancien ministre. Ils souhaitent notamment connaître le nombre exact de foyers fiscaux situés dans le dernier centile (1 %), le dernier millième (0,1 %) et le dernier dix-millième (0,01 %) des patrimoines français, ainsi que leur département de résidence et leur activité professionnelle. Des rencontres avec la direction générale des finances publiques sont prévues dès la semaine du 19 janvier.

Cette controverse relance le débat sur la fiscalité des très hauts revenus et sur la lutte contre l’optimisation et l’évasion fiscale, alors que le gouvernement, déjà dans une situation délicate notamment marquée par l’instabilité politique et institutionnelle, promet transparence et mesures correctives.

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.