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France : Grève des médecins libéraux contre le budget de la Sécurité sociale

- Cabinets fermés, blocs opératoires à l’arrêt et hôpitaux sous tension : les médecins libéraux observent une grève nationale du 5 au 15 janvier

Şeyma Erkul Dayanç  | 05.01.2026 - Mıse À Jour : 06.01.2026
France : Grève des médecins libéraux contre le budget de la Sécurité sociale

Istanbul

AA / Istanbul / Seyma Erkul Dayanc

La grève des médecins libéraux, entamée le lundi 5 janvier et prévue jusqu’au mercredi 15 janvier, s’annonce comme l’une des plus suivies de ces dernières années, selon plusieurs sources médiatiques françaises. Cabinets fermés, blocs opératoires à l’arrêt dans certaines cliniques privées, hôpitaux sous tension : le mouvement, soutenu par l’ensemble des syndicats médicaux, les coordinations, les internes, les étudiants en médecine et la Fédération de l’hospitalisation privée, vise à dénoncer plusieurs mesures contenues dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026, mais aussi une orientation jugée de plus en plus coercitive à l’égard de la médecine libérale.

Selon la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), premier syndicat du secteur, la mobilisation devrait dépasser les 85 % de participation parmi ses adhérents, d’après un sondage interne cité par France Inter. Sur la plateforme mise en place pour permettre aux grévistes de se déclarer, plus de 15 000 médecins s’étaient déjà inscrits dès les premières heures du mouvement. Une ampleur que son président, Franck Devulder, qualifie de « très suivie », tout en reconnaissant les conséquences pour le système de soins et pour les patients.

« Un système libéral très attaqué »

Invité lundi sur France Inter, radio publique française, Franck Devulder, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), a appelé les patients à la compréhension. « On sait bien que quand on fait un mouvement de grève, on met l’hôpital sous tension et on met la population dans une situation plus inconfortable », a-t-il reconnu, soulignant toutefois le caractère « relativement inédit » de cette mobilisation. Selon lui, « le système libéral est aujourd’hui très attaqué » et, en fragilisant la médecine de ville – qui assure environ deux millions de consultations par jour – c’est l’accès aux soins de l’ensemble de la population qui est menacé.

Au cœur de la contestation figure le budget de la Sécurité sociale pour 2026, adopté définitivement par le Parlement le 16 décembre. Les syndicats dénoncent un texte qu’ils estiment insuffisant financièrement et porteur de mesures qu’ils jugent répressives, traduisant, selon eux, une défiance croissante des pouvoirs publics à l’égard des médecins libéraux.

Le dossier médical partagé, symbole des tensions

Parmi les dispositions les plus critiquées figurait l’article 85 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), qui prévoyait des sanctions financières contre les praticiens n’utilisant pas le dossier médical partagé (DMP), comme l’ont expliqué France Info et plusieurs organisations syndicales. Cet outil, destiné à améliorer la coordination des soins et à limiter les prescriptions redondantes, est jugé par de nombreux médecins comme peu ergonomique et d’une utilité limitée dans sa version actuelle.

Bien que cet article ait finalement été censuré par le Conseil constitutionnel le 30 décembre, la mesure a cristallisé la colère du corps médical, selon France Info. « Trouver les quatre dernières prescriptions, ça va. Mais pour le reste, le DMP est bien trop difficile à consulter », expliquait récemment Patricia Lefébure, présidente de la Fédération des médecins de France.

La ministre de la Santé a promis des améliorations, assurant que l’outil évoluerait pour devenir plus simple et plus efficace, sans pour autant dissiper totalement les inquiétudes.

Tarifs, remboursements et crainte d’une gestion « autoritaire »

Le budget de la Sécurité sociale comporte également une disposition prévoyant la suppression, à partir du 1er janvier 2027, des remboursements de l’Assurance-maladie pour les prescriptions émanant de médecins non conventionnés, dits de secteur 3. Les syndicats dénoncent une mesure qu’ils jugent incohérente et pénalisante pour les patients, estimant que le remboursement d’un soin devrait dépendre de son utilité médicale et non du statut du praticien.

Autre point de crispation majeur : la possibilité, prévue par la loi, d’une « baisse autoritaire » des tarifs de certains actes techniques. Selon les organisations syndicales, cette faculté donnée au directeur de l’Assurance-maladie de modifier unilatéralement les remboursements, sans négociation préalable, crée une instabilité économique pour les cabinets et menace les investissements nécessaires au maintien de l’offre de soins. La ministre de la Santé a tenté de rassurer, affirmant qu’elle n’y aurait pas recours tant qu’elle serait en fonction.

Arrêts de travail et lutte contre la fraude

La colère des médecins ne se limite pas au budget de la Sécurité sociale. Le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude sociale et fiscale, actuellement en discussion au Parlement, alimente également les tensions. Le texte prévoit la mise sous objectifs des médecins prescrivant davantage d’arrêts de travail que leurs confrères « comparables », avec la possibilité de sanctions financières en cas de non-respect.

Les syndicats estiment que ce dispositif pourrait entraîner une sous-prescription des arrêts maladie par crainte de sanctions, au détriment de patients nécessitant, selon eux, un arrêt médicalement justifié. « Les médecins ne sont pas des fraudeurs », martèle Franck Devulder, qui déplore l’amalgame entre prescription médicale et fraude. Il appelle à des contrôles systématiques ciblant les arrêts de travail de longue durée, non pas pour sanctionner, mais pour accompagner les patients et analyser des situations souvent complexes.

Liberté d’installation et déserts médicaux

À ces revendications s’ajoute une opposition de longue date aux propositions de loi visant à restreindre la liberté d’installation des médecins afin de lutter contre les déserts médicaux. Portés par des parlementaires de différents bords, ces textes sont perçus par les syndicats comme une remise en cause fondamentale de l’exercice libéral. Les débats parlementaires ont été qualifiés de « coercitifs » par plusieurs organisations, qui dénoncent une logique de contrainte et de défiance au détriment du dialogue.

Un appel au dialogue

Face à la mobilisation, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a affirmé que le dialogue avec les médecins « n’est pas rompu » et a exprimé le souhait que le mouvement « dure le moins longtemps possible », dans des déclarations faites lundi sur France 2, chaîne de télévision publique française.

Elle a également rappelé que la loi permet, en cas de nécessité, la réquisition de médecins. « S’il y a besoin, nous allons regarder territoire par territoire. Il y a quelques endroits où il faut demander à des médecins de ne pas se mettre en grève », a-t-elle déclaré.

Par ailleurs, la ministre a adressé un message au corps médical, affirmant être « la ministre de tous les médecins » et assurant qu’aucune réforme durable ne se ferait sans eux ni contre eux, dans un message publié sur le réseau social professionnel LinkedIn, basé aux États-Unis.

Alors que la grève se poursuit jusqu’au 15 janvier, le mouvement met en lumière des tensions persistantes entre les médecins libéraux et les pouvoirs publics. Les syndicats maintiennent leurs revendications, tandis que le gouvernement appelle au dialogue dans le cadre des dispositifs légaux existants.

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