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France / Elisabeth Borne : « Les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux »

- Au Palais Bourbon, la Première ministre française a tenu un long discours de politique générale, ce mercredi 6 juillet.

Ümit Dönmez   | 06.07.2022
France / Elisabeth Borne : « Les Français nous demandent de nous parler plus, de nous parler mieux »

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AA / Paris / Ümit Dönmez


La Première ministre française a pris la parole, jeudi, devant les députés français, pour prononcer son discours de politique générale.

Au cours d'un discours de plus d'une heure et demie, interrompu, de temps à autre, par les huées des députés d'opposition, Élisabeth Borne a présenté le programme de son gouvernement après que l'alliance présidentielle « Ensemble ! » a manqué d'obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale, à l'issue des élections législatives qui se sont tenues les 12 et 19 juin derniers.

"Nous mesurons tous l’ampleur de la tâche : les Français à protéger, la République à défendre, notre pays à rassembler, la planète à préserver", a-t-elle d'abord souligné.


- "Par le résultat des urnes, les Français nous demandent d'agir, et d'agir autrement"

La Première ministre française a commencé son discours en rappelant les récentes élections législatives, marquées par une forte abstention, alors que plus d'un Français sur deux inscrits sur les listes électorales ne s'était pas rendu aux urnes.

"Par le résultat des urnes, les Français nous demandent d'agir, et d'agir autrement, a-t-elle déclaré, avant de souligner que "l'abstention est le signe d'une démocratie malade".

"Les Français ont élu une Assemblée sans majorité absolue et nous appellent au dialogue et au compromis et à l'ouverture" a-t-elle ajouté, soulignant qu'une "majorité relative n'est pas et ne sera pas une action relative".

Élisabeth Borne a ensuite exprimé sa volonté de "constituer un gouvernement de projets" pour chacun desquels "nous entendrons et débattrons les propositions de chacun", tendant, ainsi, la main aux groupes parlementaires d'opposition.

"Je crois en trois choses : l'écoute, l'action et les résultats", a déclaré la Première ministre française.

"Trop longtemps notre vie politique n’a été faite que de deux blocs qui s’affrontent. Il est temps d’entrer dans l’ère des forces qui bâtissent ensemble", a-t-elle estimé.



- "Notre premier défi, c’est de répondre à l’urgence du pouvoir d’achat"

Élisabeth Borne a souligné que "notre premier défi est le pouvoir d'achat. Elle a annoncé que "dès demain, notre gouvernement proposera des textes d'urgence sur le pouvoir d'achat".

La Première ministre a rappelé le contexte d'une inflation annuelle qui dépasse les 5 % et atteindra les 7 % d'ici à la fin de l'année 2022 en France, dans le contexte de la guerre en Ukraine.

"Du fait du contexte, la croissance sera plus faible, l'inflation plus forte et la dette plus importante", a-t-elle rappelé avant de souligner que "face à l'inflation, il n'y aura pas d'augmentation des impôts". Elle a également indiqué que son gouvernement prévoit de supprimer la redevance audiovisuelle "dès cet été" et de mettre en place un mode de financement qui permettrait à l'audiovisuel public de "préserver son indépendance".

Borne a affirmé que "de nombreuses mesures" ont été prises par l'Exécutif "depuis l’automne dernier", sans lesquelles "les prix de l’électricité auraient augmenté d’un tiers", au lieu de 4 %, et ceux du gaz de 45 %, au lieu de "prix bloqués".

Grâce à l'action du gouvernement face à la hausse des prix, "notre inflation est la plus faible de la zone euro", s'est-elle félicitée, avant que souligner que "le plein emploi est mon autre priorité".

"Je suis convaincue que nous pouvons trouver des solutions communes, mais nous devrons garder en tête trois principes, la responsabilité environnementale d’abord. Nous devons prendre en compte l’impact environnemental de toutes nos mesures et remplacer dès que possible nos dépenses en faveur des énergies fossiles par des solutions décarbonées. La responsabilité budgétaire, ensuite, les mesures massives que nous avons mises en œuvre ont protégé les Français. Il fallait les prendre. Mais aujourd’hui, nous devons retrouver des perspectives claires pour l’amélioration nos comptes publics", a-t-elle estimé.

"En 2026, nous devons commencer à baisser la dette. En 2027, nous devrons faire baisser le déficit sous les 3 %", a souligné la Première ministre.

Élisabeth Borne a ensuite annoncé que son gouvernement proposera une "mesure de justice sociale et d'équilibre entre les droits et les devoirs", notamment pour les bénéficiaires du RSA. En clair, les bénéficiaires du Revenu de solidarité active devront travailler pour préserver leur droit à cette aide sociale.

Cette annonce a provoqué la réaction d'un grand nombre de députés d'opposition, notamment de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), qui ont interrompu le discours de la cheffe du gouvernement par des cris de colère.

"Nous consulterons plus encore les corps intermédiaires, les forces vives de notre pays", a assuré la Première ministre, et "nous mènerons chaque réforme en lien étroit avec les organisations syndicales et patronales". Borne a également rappelé le projet d’Emmanuel Macron d’un « Conseil national de la refondation » pour concevoir les réformes.

Parmi ces réformes, la Première ministre a fait référence au projet de réforme de la retraite, prévue pour 2023, dans le cadre de laquelle, l'âge de la retraite passerait de 62 ans à 65 ans à l'horizon 2030, provoquant de nouvelles réactions de colère de l'opposition et menant la Présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, à faire régner le silence au sein de l’hémicycle.

"Nous devrons travailler progressivement, un peu plus longtemps", a déclaré la Première ministre, avant de préciser que la réforme des retraites qu'elle entend mettre en place "n'est pas ficelée, à prendre ou à laisser, mais indispensable".


- "La transition écologique est mon autre priorité"

La Première ministre française a ensuite souligné que "la transition écologique est mon autre priorité".
Élisabeth Borne a poursuivi en soulignant que sa vision de l'écologie est celle d'une "écologie de progrès".

"Je ne crois pas un instant que la révolution écologique passe par la décroissance", a-t-elle estimé.

Elle a exprimé sa conviction que la France sera "la première grande nation écologique à sortir des énergies fossiles", associant protection du climat, souveraineté énergétique, pouvoir d’achat et création d’emplois.

"Dès le mois de septembre, nous lancerons une vaste concertation en vue d’une loi d’orientation énergie-climat", a annoncé la Première ministre.

Pour assurer une transition écologique qui ne laisse "personne sur le bord de la route, [...] nous investirons dans le nucléaire du futur et dans les énergies renouvelables", a-t-elle ajouté avant de signaler "l'intention de l'État de détenir 100 % du capital d'EDF", c'est-à-dire de nationaliser totalement le premier fournisseur d'électricité de l'Hexagone.

"Si la Russie coupait le gaz, nous serions touchés, nous aussi", a-t-elle rappelé, alors que la guerre continue de faire rage en Ukraine et que Bruxelles impose des sanctions à Moscou qui réagit par ses propres sanctions à l'encontre de l'Union européenne (UE).

"Nous ne pouvons pas faire croire que les décisions unilatérales de la Russie nous épargneraient", a-t-elle souligné, avant d'appeler les Français à "consommer moins". Borne a ensuite évoqué le dispositif du gouvernement pour la rénovation thermique des bâtiments.

Concernant les transports, la Première ministre a estimé que chacun doit avoir "accès à des transports propres, en ville comme dans la ruralité", décrivant le secteur ferroviaire comme la "colonne vertébrale des mobilités propres", et encourageant les "alternatives à la voiture thermique", notamment à travers la prime à la conversion et la location longue durée d’un "véhicule propre pour moins de 100 euros par mois".

Élisabeth Borne a ensuite souligné sa volonté de "protéger la biodiversité" face à la menace d'une "sixième grande extinction".


- Les autres "priorités" du gouvernement d'Élisabeth Borne

Parmi les autres priorités citées par la Première ministre, figurent l'enfance et l'éducation.

"Au cœur de mon gouvernement se trouve une volonté de briser les inégalités de destin, de n’accepter aucune assignation sociale ou culturelle, de permettre à chacun de choisir son avenir, de tracer les chemins de l’émancipation. La République de l’égalité des chances se construit dès la naissance. L’enfance sera une priorité de ce quinquennat", a-t-elle souligné avant d'ajouter que "notre école offrira aux enseignants la reconnaissance et la place qu'ils méritent.

"Ils sont le cœur battant de notre République", a-t-elle déclaré.

La Première ministre a également annoncé que son "gouvernement continuera à déployer le Service national universel".

Elle a noté que le système de santé constitue une autre des priorités de son gouvernement alors que la septième vague de la pandémie de Covid-19 met en alerte les autorités sanitaires du pays.

"Nous faisons face à un manque criant de professionnels de santé. Cette situation durera encore plusieurs années", malgré les mesures prise par l'Exécutif, a-t-elle déploré avant de souligner que "nous devons renforcer l'attractivité des métiers de la Santé et investir dans l'innovation".

La cheffe du gouvernement a annoncé des "consultations dès septembre", notamment pour lutter contre les déserts médicaux et recruter "plus de 50 000 infirmiers et soignants d’ici à 2027".

"Les solutions viendront des professionnels, des élus, des patients et du terrain", a estimé Élisabeth Borne qui a affirmé que "le Ségur de la santé a permis des revalorisations sans précédent des salaires des soignants et des moyens inédits pour l’hôpital.

Concernant le handicap, qui touche "12 millions de Français" selon elle, Élisabeth Borne a soutenu l'idée d’une "société inclusive" et annoncé une "réforme de l'Allocation adulte Handicapé (AAH)" qui inclura sa "déconjugalisation" car "c’est une question de dignité", a-t-elle souligné.

Dans un autre volet de son programme, la Première ministre française a exprimé sa volonté de "donner plus de poids aux élus locaux" et à la décentralisation, promettant "un cycle de discussions avec la Corse [...] dès les prochains jours", ainsi qu'avec "les Outre-mer".


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