France - Carburants : les distributeurs promettent des baisses rapides après une réunion à Bercy
- Réunis par le gouvernement face aux répercussions de la crise au Moyen-Orient, les distributeurs se sont engagés à répercuter rapidement la baisse des cours du pétrole, avec des réductions pouvant atteindre 30 centimes par litre
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Les distributeurs de carburants se sont engagés ce jeudi à répercuter rapidement la baisse des cours du pétrole sur les prix à la pompe, à l’issue d’une réunion organisée à Bercy par le ministre de l’Économie Roland Lescure, a annoncé le ministère dans un communiqué.
Selon cette source, les acteurs du secteur ont pris « un certain nombre d’engagements » visant à diminuer immédiatement les prix des carburants au bénéfice des consommateurs. Les mesures présentées reposent sur deux dispositifs principaux : pour certains distributeurs, une baisse rapide des prix à la pompe, et pour d’autres, un plafonnement des prix applicable à la fois au gazole et à l’essence.
Une baisse pouvant atteindre 30 centimes
Lors de la réunion de jeudi, convoquée à la demande du Premier ministre, les distributeurs ont présenté des propositions concrètes, incluant des baisses de prix comprises entre 10 et 30 centimes par litre pour certains opérateurs.
Le gouvernement a salué « une décision de responsabilité » prise par l’ensemble des acteurs dans une période marquée par des inquiétudes sur les prix de l’énergie.
L’État a également indiqué que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) maintiendra un niveau élevé de contrôles afin de garantir la transparence des prix et de s’assurer que les baisses soient effectivement répercutées aux consommateurs.
Une mobilisation internationale sur le pétrole
Le ministère souligne par ailleurs que cette action s’inscrit dans une mobilisation diplomatique plus large. À l’initiative de la France, plusieurs réunions du G7 ont été organisées ces derniers jours aux niveaux des ministres des Finances, de l’Énergie et des chefs d’État.
Cette coordination internationale a conduit l’Agence internationale de l’énergie (AIE), organisation intergouvernementale chargée de la sécurité énergétique des pays industrialisés, à décider de la libération coordonnée de jusqu’à 400 millions de barils de pétrole issus des stocks stratégiques.
Selon Bercy, cette mesure vise à stabiliser les marchés des carburants raffinés dans un contexte de forte volatilité des prix.
Pas de retour des aides publiques
Le ministère de l’Économie a toutefois écarté la réactivation de dispositifs d’aide aux consommateurs, comme ceux mis en place lors de la crise énergétique liée à l’invasion de l’Ukraine.
Selon Bercy, la situation actuelle est « très différente », notamment en l’absence de rupture d’approvisionnement et dans un contexte économique distinct, marqué à l’époque par une forte inflation alimentaire et un parc nucléaire français largement en maintenance.
Des incertitudes liées aux marchés pétroliers
Malgré ces engagements, plusieurs représentants du secteur ont souligné les difficultés à stabiliser durablement les prix. « Je ne connais pas cette baguette magique qui permettrait de baisser les prix », a déclaré Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians, à l’issue de la réunion.
Les cours du pétrole restent en effet soumis aux évolutions géopolitiques. Après une baisse temporaire en début de semaine, le prix du baril de Brent, référence mondiale du pétrole, a de nouveau franchi jeudi le seuil symbolique des 100 dollars dans un contexte de tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, axe stratégique pour le transport mondial d’hydrocarbures.
Vers 11h30 GMT, le Brent de la mer du Nord progresse de 5,7 % à 97,19 dollars le baril.
Des initiatives des distributeurs
En parallèle, certains groupes ont déjà annoncé leurs propres mesures. TotalEnergies a indiqué maintenir un plafonnement du prix de l’essence à 1,99 euro le litre dans ses stations-service, tout en relevant le plafond à 2,09 euros pour le gazole.
Dans la grande distribution, plusieurs acteurs ont également évoqué des baisses à venir, tout en mettant en garde contre de fortes fluctuations des prix liées à l’évolution des marchés pétroliers.
Ces variations pourraient également affecter d’autres secteurs, notamment le monde agricole, qui dépend du gazole non routier (GNR), un carburant utilisé pour les tracteurs et les machines agricoles.
Les autorités françaises assurent toutefois qu’aucune rupture d’approvisionnement n’est envisagée à ce stade. « Pour le moment, il n’y a aucun risque de pénurie », a affirmé mardi sur Public Sénat le ministre délégué à l’Industrie.
Selon un responsable français, la coordination engagée au sein du G7 vise avant tout à envoyer un signal aux marchés. « Il n’y a pas de pénurie de pétrole aujourd’hui, mais un problème de prix », a-t-il expliqué cette semaine, estimant qu’une action coordonnée permettrait de renforcer l’impact des décisions prises.
Dans ce cadre, les pays du G7 ont décidé mercredi de libérer jusqu’à 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques afin de contribuer à stabiliser les marchés énergétiques.
