Monde, Sante

Espagne / Covid-19 : Le confinement "discriminatoire" de Madrid est entré en vigueur

- Certains des quartiers les plus pauvres et les plus cosmopolites de la ville sont désormais isolés

Mourad Belhaj   | 21.09.2020
Espagne / Covid-19 : Le confinement "discriminatoire" de Madrid est entré en vigueur

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AA / Oviedo, Espagne

En dépit des multiples réactions de protestation, qualifiant de "discriminatoire" le plan de Madrid visant à endiguer la propagation de la Covid-19, les nouvelles mesures sont entrées en vigueur lundi - divisant ainsi la capitale espagnole.

Environ 850 000 personnes, vivant dans 37 zones de Madrid, ne peuvent plus quitter leur quartier pour des raisons autres que le travail, l'école ou d'autres tâches essentielles. Les personnes non résidentes ne peuvent quant à elles y pénétrer que pour des raisons justifiées.

Les entreprises et les écoles de ces quartiers resteront ouvertes. Les bars et restaurants en intérieur pourront servir à 50 % de leur capacité, toutefois les parcs ont été fermés.

La police a mis en place des contrôles aléatoires pour encadrer le flux de la population, alors que la nouvelle loi est diffusée par les haut-parleurs des voitures de patrouille.

Toutes les zones touchées ont une chose en commun : la transmission communautaire non contrôlée du coronavirus, plus d'un habitant sur cent ayant été testé positif au cours des deux dernières semaines.

Mais ces quartiers de la ville ont aussi d'autres caractéristiques en commun. Selon une analyse du quotidien espagnol El Pais, ce sont des quartiers relativement pauvres et densément peuplés, où vivent près de deux fois plus d'immigrants que dans le reste de la ville.

En début de semaine, la présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Ayuso, a déclaré que "le mode de vie des immigrés à Madrid" était l'une des raisons pour lesquelles la ville est confrontée à l'une des pires épidémies de Covid-19 en Europe.

Certains des quartiers les plus multiculturels de la ville, comme Lavapies, ne sont cependant pas confinés.

Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue le même week-end qui a suivi l'annonce de ces mesures, les qualifiant de mesures de ghettoïsation et appelant à la démission de la présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Ayuso.

"Nos politiciens irresponsables veulent diviser Madrid, briser son unité et créer un apartheid où les travailleurs oublient qu'ils ont des droits", a tweeté Juan Carlos Monedero, professeur et membre fondateur du parti Unidas Podemos.

Plusieurs études menées en Espagne et ailleurs ont montré que le virus a été plus dévastateur parmi les populations défavorisées, où de nombreuses personnes sont des travailleurs essentiels et vivent dans des conditions de promiscuité.

À Madrid, les habitants des zones les plus touchées sont plus susceptibles d'utiliser les transports en commun et le virus continue de se propager aux heures de pointe.

En partie organisées par le parti d'extrême gauche Unidas Podemos, les manifestations mettent en évidence la polarisation croissante en Espagne.

Les politiciens de droite à Madrid ont critiqué les manifestations, avertissant qu'elles pourraient aggraver la situation sanitaire.

Des manifestations avaient éclaté, en mai dernier, dans les quartiers les plus privilégiés de Madrid, les habitants réclamant la fin du confinement. À l'époque, les politiciens de gauche ont dénoncé les éventuels effets néfastes de ces rassemblements sur la santé.

Néanmoins, les experts se demandent si les nouvelles mesures vont suffisamment loin pour lutter contre la propagation à Madrid, où les systèmes de traçage et de test ont pris beaucoup de retard, où les services d’urgences sont débordés et où les hôpitaux sont submergés de patients atteints de Covid-19.

*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj

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