Environnement : Le périple toxique des déchets plastiques dans la chaîne alimentaire
- Selon un expert, l'exposition aux toxines peut entraîner divers problèmes de santé tels que les maladies cardiovasculaires, le cancer et la porphyrie

Ankara
AA / Ankara / Burak Bir
Selon une étude récente, les produits chimiques toxiques contenus dans les déchets plastiques empoisonnent les gens en s'infiltrant dans les œufs de volaille contaminés par des produits chimiques dangereux à base de dioxine.
Selon un rapport publié la semaine dernière et réalisé conjointement par Arnika, une organisation non gouvernementale (ONG) environnementale tchèque, et le Réseau international pour l'élimination des polluants (IPEN), un réseau mondial d'organisations environnementales et de santé publique œuvrant pour un avenir exempt de substances toxiques, divers produits chimiques toxiques ont été décelés dans des œufs de poules élevées en liberté à proximité de sites et d'installations de traitement des déchets plastiques.
Les œufs, collectés par des ONG dans 14 pays - République tchèque, Biélorussie, Cameroun, Gabon, Ghana, Chine, Indonésie, Kazakhstan, Kenya, Mexique, Philippines, Tanzanie, Thaïlande et Uruguay - ont été analysés pour vérifier leur niveau de contamination par les dioxines. Les dioxines sont des sous-produits hautement toxiques issus de la combustion à l'air libre, du recyclage du pétrole brut, de la production chimique et des technologies d'incinération.
À l'issue du processus, il a été découvert que même de petites quantités de ces additifs chimiques plastiques et de ces émissions de sous-produits présents dans les œufs peuvent causer des dommages aux systèmes immunitaire et reproducteur, des cancers, une altération des fonctions intellectuelles et/ou des retards de développement.
Dans un entretien accordé à l'Agence Anadolu, Jindrich Petrlik, directeur exécutif du programme sur les substances toxiques et les déchets de l'Arnika et l'un des coauteurs du rapport, a déclaré que les dioxines sont des tueurs lents et silencieux, car leurs effets sur la santé humaine, compte tenu des teneurs présentes dans les œufs, ne sont visibles qu'après des années de consommation d'œufs contaminés.
"Il peut s'agir de maladies cardiovasculaires, de diabète, de cancer, de porphyrie, d'endométriose, de ménopause précoce, d'altération de la testostérone et des hormones thyroïdiennes et de modification de la réponse du système immunitaire, entre autres", a-t-il noté.
Petrlik a en outre indiqué que l'exposition aux toxines peut également entraîner des malformations congénitales et des interruptions de grossesses ou d’accouchements d'enfants mort-nés.
- Autres voies de contamination
Jindrich Petrlik explique que la contamination de la chaîne alimentaire par les dioxines issues des déchets plastiques peut affecter tous les animaux amenés à se nourrir dans des environnements contaminés par des dioxines et d'autres polluants organiques tenaces.
Donnant un exemple de ce phénomène, il a souligné que la contamination est également transmise du sol aux vaches, qui la transmettent à leur tour au lait.
Tout en notant que les différences de conditions climatiques n'affectent généralement pas la contamination, Petrlik a déclaré que la transmission de produits chimiques toxiques peut se produire plus largement dans un climat chaud.
"La différence ne concerne que le devenir et la propagation des produits chimiques toxiques dans l'environnement, notamment de la terre à l'air. Mais les dioxines sont assez stables, tandis que les polychlorobiphényles sont plus volatiles. Nous pouvons donc nous attendre à ce que leur transmission se fasse à plus grande échelle dans un climat chaud", a-t-il ajouté.
Soulignant que si les substances toxiques continuent de contaminer les produits nutritifs essentiels, la santé de l'ensemble de la population humaine s'en ressentira, Petrlik a préconisé l'adoption de normes communes et de règles plus strictes à l'échelle mondiale pour les déchets tels que les dioxines ou les retardateurs de flamme bromés.
"Ce qui est étrange, c'est que l'Autorité européenne de sécurité des aliments, par exemple, fixe des limites plus strictes pour l'absorption de dioxines par la nourriture, alors que les autres agences de l'UE et surtout les politiciens des États membres préconisent des limites très faibles pour les dioxines dans les déchets, ce qui entraîne une perte de contrôle sur les flux de gros volumes de dioxines qui finissent par contaminer la chaîne alimentaire", a-t-il noté.
- Les générations futures risquent d'être empoisonnées
Réitérant les risques posés par la dioxine, Sedat Gundogdu, expert en déchets plastiques, a souligné que la dioxine peut facilement intégrer la chaîne alimentaire, notamment par le biais de la production agricole, en contaminant le sol, puis les eaux de surface et les eaux souterraines.
"En outre, s'il y a une production agricole ou une installation humaine à proximité des zones où la dioxine est présente, elle peut s'introduire dans la chaîne alimentaire à la fois avec les produits manufacturés et par l'intermédiaire des êtres humains et d'autres êtres vivants par la respiration", a déclaré Gundogdu, qui est également maître de conférences à l'université Cukurova d'Adana, dans le sud de la Turquie.
Faisant remarquer que ces polluants se rencontrent même chez les créatures polaires, il a souligné que les polluants inclus dans un écosystème peuvent être transportés jusqu'au point le plus éloigné du monde, puisque les écosystèmes sont interconnectés.
Abordant les effets négatifs des substances chimiques toxiques présentes dans la chaîne alimentaire, pouvant aller jusqu'à la mort, Sedat Gundogdu a indiqué que les pays du Sud sont confrontés à de graves problèmes environnementaux et sanitaires, le transfert de déchets s'effectuant principalement des pays développés vers les pays les moins avancés.
La pollution chimique est une forme de pollution à caractère cumulatif, a-t-il déclaré, soulignant que ces polluants, impossibles à collecter et à éliminer, empoisonneront même les générations futures à long terme.
"Si cela continue, la situation qui en résultera ne sera pas durable et ne sera ainsi pas vivable", a-t-il averti.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj