Engrais : l'UE s'oppose à la demande de Paris de suspendre la taxe carbone aux frontières
- La ministre française de l'Agriculture avait indiqué qu'elle demanderait à l'UE de suspendre l'application de la taxe carbone aux frontières pour les engrais, en raison de la hausse des prix liée à la guerre américano-israélienne contre l'Iran
AA / Istanbul / Mariem Njeh
La Commission européenne a de nouveau résisté lundi à la demande de la France et d'autres pays de suspendre la taxe européenne sur les émissions de CO2 applicable aux engrais importés, une mesure que ces gouvernements estiment nécessaire pour aider les agriculteurs confrontés à la hausse des prix.
S'exprimant lors d'une réunion des ministres européens de l'Agriculture à Bruxelles, le commissaire européen à l'Agriculture, Christophe Hansen, a déclaré que les prix élevés des engrais constituent « une source de préoccupation pour le secteur agricole », mais que la suspension de la taxe carbone aux frontières « risque d'aggraver la dépendance aux importations. Et donc nous devons être très prudents sur cette question. »
L'UE travaille sur un plan pour résoudre les problèmes sur les marchés des engrais, et convoquera une réunion « urgente » le 13 avril avec l'industrie pour examiner des mesures visant à soutenir la production européenne d'engrais et à réduire les dépendances, a indiqué Hansen.
Lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion, Hansen a déclaré qu'il examinerait l'impact d'une éventuelle suspension, mais qu'il estimait qu'une meilleure option serait de consacrer les recettes collectées par la taxe à la stabilisation des prix pour les agriculteurs.
— La taxe carbone aux frontières de l'UE
La taxe carbone aux frontières de l'UE, entrée en vigueur le 1er janvier, impose une redevance sur les émissions associées aux produits importés, notamment les engrais, l'acier et le ciment. Ce système, le premier du genre au monde, vise à protéger les industries européennes contre la concurrence de produits moins chers provenant de pays appliquant des règles climatiques moins strictes.
La France, l'Italie et la Croatie figurent parmi les pays ayant appelé à sa suspension pour les engrais.
- La France invoque la guerre en Iran
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, avait indiqué vendredi qu'elle demanderait formellement lundi à l'UE de suspendre l'application de la taxe carbone aux frontières pour les engrais, en raison de la hausse des prix liée à la guerre américano-israélienne contre l'Iran.
Lundi, Genevard a déclaré que les perturbations des expéditions causées par la guerre en Iran aggravaient la situation en faisant monter le coût de l'urée, un composant essentiel des engrais.
« Les coûts de production ont augmenté, il y a donc une impasse économique pour les producteurs », a déclaré Genevard, ajoutant que la France demandait une suspension « temporaire » de la taxe.
Le gouvernement français, qui a fait face à des protestations régulières des agriculteurs au cours des deux dernières années, notamment nourries par la crainte d'une concurrence déloyale liée à des accords commerciaux comme le Mercosur, avait déjà demandé l'exemption pour les engrais en janvier.
- Opposition des producteurs européens
Les producteurs européens d'engrais se sont opposés à la suspension de la taxe.
Si Bruxelles a refusé une pause à court terme, les pays de l'UE négocient actuellement un amendement à la taxe aux frontières qui pourrait permettre des exemptions temporaires dans les années à venir, une fois l'amendement entré en vigueur.
