Istanbul
AA / Istanbul / Ahmet Esad Sani et Gizem Nisa Demir
Sweilem Sweilem, réalisateur et acteur palestinien vivant en Türkiye, utilise le théâtre pour transmettre au monde la tragédie qui se déroule à Gaza.
Connu en Türkiye sous le nom de « Selim le Palestinien », Sweilem s’est confié à Anadolu sur son parcours artistique, l’impact de la guerre sur sa famille et la création de sa pièce Gaza parmi les cendres, qu’il a écrite et mise en scène.
Né en Cisjordanie et ayant grandi en Palestine, Sweilem, 34 ans, explique avoir pratiqué le sport durant sa jeunesse, une période qui lui a permis d’acquérir discipline et esprit de lutte.
Son lien avec l’art s’est ensuite renforcé à travers le théâtre, ajoute-t-il. Toutefois, la dégradation de la situation sécuritaire et les pressions croissantes ont rendu impossible la poursuite de son travail artistique en Palestine.
« Je suis acteur, je faisais du théâtre en Palestine, mais sous l’ombre de la guerre, il n’y a plus de place pour l’art. Le cinéma, le théâtre, la production deviennent presque impossibles », confie-t-il.
En 2014, il s’installe en Türkiye, où il apprend le turc et poursuit sa formation artistique.
« Je suis venu en Türkiye pour être une source d’espoir pour les Palestiniens et pour faire entendre leur voix. La Türkiye est très précieuse pour moi », déclare-t-il. « Avec son héritage ottoman et sa position, elle a toujours été pour nous l’étendard du monde Islamique. »
Sweilem a suivi une formation en art dramatique et en diction à l’Atelier de théâtre artistique Emin Olcay et Hayat Olcay, avant de participer à des productions de TRT Documentary, à des courts-métrages, à la série télévisée Vefa Sultan, à des publicités et à plusieurs pièces de théâtre.
-Plus de 50 proches tués
Sweilem indique que la guerre à Gaza, depuis le 7 octobre, a laissé de profondes blessures au sein de sa famille.
« En tant que Palestinien, je me suis demandé comment expliquer au monde ce que subit ma famille là-bas », explique-t-il. « Le fils de mon oncle a été tué, et mon frère a été paralysé. »
Il affirme que plus de 50 membres de sa famille à Gaza ont été tués depuis le 7 octobre.
« Cette douleur est difficile à décrire, mais rester silencieux est encore plus lourd », dit-il.
Il souligne qu’en tant qu’artiste palestinien, il ne considère pas que le soutien matériel seul soit suffisant.
Convaincu que le théâtre est l’un des moyens les plus puissants pour dénoncer l’oppression, Sweilem explique que l’idée de la pièce est née d’une réflexion collective.
« Nous nous sommes assis avec des amis et nous nous sommes demandé : “Comment raconter cela ?” Et nous avons choisi le théâtre. C’est ainsi qu’est née Gaza parmi les cendres », précise-t-il.
« Le texte a été écrit par Emin Ozbey. J’en ai assuré la mise en scène et tenu le rôle principal. Nous l’avons portée ensemble sur scène. »
-Raconter l’histoire de Gaza en turc
Sweilem indique que la pièce a été jouée dans plusieurs salles à Istanbul et qu’elle a suscité un vif intérêt du public.
« Notre préoccupation est de raconter la douleur et l’oppression vécues en Palestine. Avec l’idée que “si tu vois une injustice, corrige-la par ta main ; si tu ne peux pas, par ta parole ; et si ce n’est pas possible, par ton cœur”, nous parlons à travers notre art », affirme-t-il.
En effet, il insiste sur l’importance de présenter la pièce en langue turque.
« Peut-être que pour la première fois en Türkiye, un Palestinien monte sur scène et raconte, en turc, ce que vit son peuple », souligne-t-il.
« Le peuple turc est déjà très sensible à la cause palestinienne, mais voir sur scène comment une famille vit sous une tente, assister directement à une vie sans électricité, sans nourriture ni maison, bouleverse profondément le public. »
-Plus qu’un théâtre, « une question d’humanité »
Sweilem explique que ses projets futurs visent à continuer de faire entendre la voix des Palestiniens à travers le théâtre et le cinéma.
« Quand je suis arrivé ici, on me disait qu’Istanbul était trop grande et que je m’y perdrais », raconte-t-il. « Mais je voulais être une source d’espoir pour les Palestiniens sans espoir. Je suis venu en Türkiye pour faire entendre ma voix. »
Il affirme avoir trouvé le succès après avoir appris la langue, créé des liens et bénéficié du soutien de ses amis.
« Mon objectif principal est d’être une voix et une source d’espoir pour les innocents en Palestine, en particulier pour ceux qui ont encore des rêves. Nous avons d’autres pièces de théâtre sur la Palestine », dit-il.
Sweilem indique également travailler sur des projets cinématographiques en arabe et en anglais, centrés sur les événements à Gaza, précisant que les contraintes matérielles retardent parfois leur concrétisation.
« Nous avons beaucoup écrit sur ce qui s’est passé à Gaza, mais lorsque les moyens manquent, il faut parfois attendre », explique-t-il.
Il ajoute collaborer à des projets de films communs avec des réalisateurs palestiniens et turcs.
« Le moment venu, le public verra tout sur scène et à l’écran », assure-t-il.
Il lance enfin un appel au soutien pour ses futurs projets.
Soulignant que les acteurs de Gaza parmi les cendres sont turcs, Sweilem conclut par un appel à la solidarité.
« Ce n’est pas seulement une pièce de théâtre, c’est une question d’humanité. Nous ne pouvons pas rester silencieux, car le silence est une complicité. Soit vous êtes contre l’oppression, soit vous la servez », déclare-t-il.
« Nous avons choisi de ne pas nous taire. J’ai donné vie à cette pièce avec mon propre budget et mes propres moyens. Nous avons besoin de soutien pour créer des œuvres plus grandes et plus fortes. »
* Traduit de l'anglais par Adama Bamba
