Détroit d'Ormuz : la France prépare une mission navale défensive et appelle à « une coalition internationale »
- Paris coordonne ses efforts avec ses alliés européens pour rétablir la liberté de navigation ; Téhéran met en doute la neutralité des initiateurs
Istanbul
AA /Istanbul / Mariem Njeh
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % des flux pétroliers mondiaux, est au cœur d'une intense activité diplomatique et militaire. Alors que la France et ses alliés européens accélèrent la mise en place d'une coalition navale, l'Iran réfute toute perspective de sécurisation du passage.
Le E5 se coordonne
La ministre française des Armées Catherine Vautrin a annoncé mercredi avoir échangé avec ses homologues du E5, le britannique John Healey, l'italien Guido Crosetto, l'allemand Boris Pistorius et le polonais Władysław Kosiniak-Kamysz, afin de « coordonner les efforts pour contribuer à la désescalade au Proche et Moyen-Orient, protéger les ressortissants et aider les partenaires à se défendre ». Elle a plaidé explicitement en faveur de la mise en place d'une coalition internationale destinée à rétablir la liberté de navigation dans la région.
Le ministre délégué chargé de l'Europe, Benjamin Haddad, a réaffirmé sur CNN que la priorité de Paris est « claire » : « construire une coalition capable de maintenir la liberté de navigation et de circulation dans le détroit d'Ormuz ». Il a cité la mission européenne Aspides en mer Rouge, menée contre les Houthis avec la participation active de la France et de la Grèce, comme modèle de coopération à reproduire.
Le président Emmanuel Macron avait annoncé que la France et ses alliés préparent une mission navale « purement défensive » visant à rouvrir le détroit et à escorter les navires, une fois que la phase la plus intense du conflit au Moyen-Orient se sera atténuée.
Face aux proposes du président français, l'Iran avait répondu par une fin de non-recevoir. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, a déclaré qu'il est « peu probable » que la sécurité soit rétablie dans le détroit d'Ormuz dans le contexte de la guerre en cours dans la région. « Il est peu probable qu'une quelconque sécurité soit assurée dans le détroit d'Ormuz au milieu des feux de la guerre allumés par les États-Unis et Israël dans la région », a-t-il écrit sur le réseau social américain X.
Larijani a ajouté que cela serait particulièrement le cas si la tentative de sécurisation est « conçue par des parties qui n'étaient pas loin de soutenir cette guerre et de contribuer à l'alimenter ».
Les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie ont convenu mercredi de libérer 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques, marquant ainsi la plus grande mise sur le marché coordonnée de l'histoire, dans le but de stabiliser les marchés énergétiques.
Le détroit d'Ormuz fermé : une décision aux répercussions mondiales
Après que les États-Unis et Israël ont lancé des attaques contre l'Iran le 28 février, malgré les négociations en cours entre Téhéran et Washington, le général de brigade Ebrahim Jabbari, conseiller du commandant en chef des Gardiens de la révolution iraniens, a déclaré tard le 2 mars que les navires ne seraient pas autorisés à transiter par le détroit d'Ormuz, avertissant que tout navire tentant de le traverser serait pris pour cible.
Cette déclaration, qui concerne un détroit par lequel transite environ un quart du commerce pétrolier mondial, a ravivé les craintes sur l'approvisionnement énergétique mondial et provoqué de vives turbulences sur les marchés.
Le ministère irakien du Pétrole a également annoncé avoir décidé de suspendre la production pétrolière dans le champ de Rumaila à Bassora, à la suite de la décision iranienne de fermer le détroit d'Ormuz.
Par ailleurs, le président américain Donald Trump a déclaré avoir donné des instructions pour que des assurances contre les risques politiques et des garanties soient fournies à un coût raisonnable afin d'assurer la sécurité financière de l'ensemble du commerce maritime transitant par le Golfe, en particulier les expéditions d'énergie.
Les marchés se concentrent également sur les craintes que le conflit au Moyen-Orient puisse peser sur le commerce mondial et raviver les pressions inflationnistes.
Le détroit d'Ormuz, situé à l'entrée du Golfe Persique, relie les exportations de pétrole et de GNL du Moyen-Orient aux marchés mondiaux via la mer d'Arabie et l'océan Indien.
Les grands producteurs, dont l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, l'Irak et le Qatar, dépendent largement de ce passage. Les marchés européens et les grandes économies asiatiques telles que la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud en dépendent pour leurs importations énergétiques.
Les analystes avertissent que la hausse des prix de l'énergie pourrait alimenter l'inflation et compliquer davantage les décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui est restée prudente face aux hausses de prix découlant des droits de douane.
Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
