Diplomatie : Iran, Ukraine, Europe, Washington… Jean-Noël Barrot dessine les lignes rouges françaises
- Dans un entretien, le chef de la diplomatie française évoque le risque d’escalade avec l’Iran, le soutien à l’Ukraine face à la Russie, la place de l’Europe entre Washington et Pékin, ainsi que les dossiers commerciaux
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
L’Iran doit engager des « concessions majeures » et modifier « radicalement » sa posture s’il veut éviter des frappes américaines, estime le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot dans un entretien accordé au quotidien Libération.
- Iran : un choix entre négociation et escalade
Selon le ministre, les États-Unis « se sont mis en situation de lancer une opération militaire contre l’Iran » tout en proposant une voie diplomatique. Il juge impératif que Téhéran s’en saisisse. Paris considère que l’Iran doit cesser d’être une menace régionale et pour les intérêts de sécurité européens.
La France a annoncé, fin janvier, des sanctions visant 21 individus et entités liés à la répression en Iran et a soutenu l’inscription du Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste européenne des organisations terroristes. Paris réclame la fin de la répression, la libération des prisonniers, l’arrêt des exécutions et le rétablissement d’Internet.
Jean-Noël Barrot indique avoir multiplié les échanges avec son homologue iranien, notamment pour la libération de ressortissants français et sur les dossiers nucléaire, balistique et le soutien à des groupes armés. Faute d’accord, la France et ses partenaires ont décidé, fin septembre, de rétablir les embargos onusiens sur les armes, le nucléaire et le secteur bancaire.
- Ukraine-Russie : soutien européen et absence de signes d’ouverture
Interrogé sur les critiques exprimées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le ministre affirme que l’Europe assure désormais l’essentiel de l’aide financière à l’Ukraine ainsi qu’une part majeure du soutien militaire et du renseignement. Il souligne le lancement, à l’initiative de la France et du Royaume-Uni, d’une planification militaire conjointe destinée à garantir la sécurité de l’Ukraine en cas de paix.
Concernant la Russie, Jean-Noël Barrot estime que Vladimir Poutine ne manifeste « aucune volonté réelle d’avancer vers la paix ». Il évoque des frappes contre des infrastructures civiles et des attaques qualifiées de crimes de guerre, tout en relevant l’absence de changement de posture du Kremlin malgré les discussions évoquées autour d’un éventuel cessez-le-feu.
La France affirme poursuivre son soutien à l’Ukraine, notamment face à l’urgence énergétique, avec des livraisons de générateurs et la mobilisation de partenaires européens et du G7. Paris n’exclut pas par principe des échanges avec la Russie, sous réserve de transparence avec Kiev et les partenaires européens, et à condition que ces échanges servent les intérêts européens, indique le ministre.
- Europe, États-Unis et Chine : l’autonomie stratégique comme cap
Évoquant les tensions récentes avec Washington, Jean-Noël Barrot juge que l’Europe doit accélérer sa montée en puissance stratégique et militaire afin d’assurer sa sécurité et son autonomie, face à la Russie, à la Chine et à un partenaire américain jugé moins prévisible.
Il souligne le rôle de l’unité européenne pour défendre ses intérêts, notamment après les débats autour du Groenland, et appelle l’Union européenne à se tenir prête à activer l’ensemble de ses instruments de protection, y compris économiques et politiques.
À propos des déplacements récents de dirigeants européens en Chine, le ministre estime que la rivalité sino-américaine constitue le défi géopolitique majeur du siècle. Selon lui, l’Europe peut peser en refusant l’alignement automatique et en promouvant une « troisième voie » fondée sur l’indépendance, la coopération et le multilatéralisme.
- États-Unis : inquiétude après Minneapolis
Sans s’immiscer dans les affaires intérieures américaines, Jean-Noël Barrot se dit « heurté » par les images de violences à Minneapolis et souligne que la priorité des autorités françaises reste la protection des ressortissants français sur place. Paris dit suivre la situation d’une vingtaine de Français en situation irrégulière aux États-Unis.
- Mercosur et accords commerciaux : la ligne française
Enfin, le ministre défend l’opposition française à l’accord UE-Mercosur au nom de la souveraineté alimentaire, tout en réfutant tout isolement de Paris au sein de l’Union. Il estime en revanche que l’accord conclu avec l’Inde est compatible avec l’objectif de souveraineté européenne et s’inscrit dans une diversification des partenariats.
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