De nouveaux dossiers Epstein relancent l’examen de son réseau et de ses contacts de haut niveau
- Des millions de documents publiés par le ministère américain de la Justice révèlent de nouveaux e-mails, des propos controversés et ravivent les interrogations sur les relations et l’influence du délinquant sexuel
Ankara
AA / Ankara
De nouveaux documents rendus publics aux États-Unis apportent un éclairage inédit sur l’affaire du délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein, révélant des communications jusqu’alors inconnues avec des personnalités de premier plan et ravivant le débat sur son réseau et ses relations.
Ces dossiers, publiés par le ministère américain de la Justice en vertu d’une loi adoptée l’an dernier, comprennent des millions de pages d’e-mails et de correspondances. Leur diffusion a suscité une forte attention en ligne et relancé les controverses autour de cette affaire tentaculaire.
Accusé d’avoir dirigé un réseau de trafic sexuel impliquant des mineures, Jeffrey Epstein avait été retrouvé mort dans sa cellule d’une prison de New York en 2019, alors qu’il attendait son procès. Il faisait face à des accusations d’abus sexuels visant des dizaines de jeunes filles, dont certaines âgées d’à peine 14 ans.
Des e-mails révèlent de nouveaux détails
Parmi les documents nouvellement rendus publics figure un e-mail de 2013 attribué à Epstein et adressé à l’ancien diplomate français Olivier Colom, dans lequel il écrit : « Sur mon île dans les Caraïbes, avec un aquarium plein de filles ».
Selon les dossiers, l’échange contenait des propos comparant les femmes à différentes créatures marines. Dans un autre message qui lui est attribué, Epstein aurait déclaré : « Elles sont comme des crevettes… on jette la tête et on garde le corps ».
La femme d’affaires britannique Nicole Junkermann est également mentionnée dans les documents. Dans un e-mail de 2010 cité dans les dossiers, elle aurait écrit à Epstein : « Veux-tu avoir un bébé avec moi ? Où est le meilleur endroit pour le faire ? ».
Au total, plus de trois millions de documents nouvellement publiés liés à l’enquête ont largement circulé sur les réseaux sociaux, intensifiant le débat public sur les relations d’Epstein et la conduite des personnes citées dans ces échanges.
Bill Gates
Le cofondateur et ancien directeur général de Microsoft, Bill Gates, se retrouve sous les projecteurs en raison d’allégations selon lesquelles il aurait tenté de dissimuler une infection sexuellement transmissible à son épouse de l’époque, Melinda Gates, à la suite de relations décrites comme impliquant des « filles russes ».
Niant ces accusations, Bill Gates a déclaré dans un communiqué que le fait d’avoir fréquenté Epstein avait été « une erreur » et a exprimé ses regrets de l’avoir connu.
Melinda Gates a confié à la radio publique NPR que ces accusations faisaient ressurgir des « moments douloureux » de leur mariage, qui a pris fin en 2021, évoquant également une « tristesse indescriptible ».
L’auteur Deepak Chopra nie toute implication
L’écrivain indo-américain Deepak Chopra, auteur de nombreux ouvrages de développement personnel, apparaît également dans les dossiers, mais a rejeté toute accusation sur le réseau social américain X.
« Je tiens à être clair : je n’ai jamais été impliqué ni participé à une quelconque conduite criminelle ou exploitante. Tout contact que j’ai pu avoir était limité et sans lien avec des activités abusives », a déclaré Chopra.
Un e-mail largement commenté en ligne montre Chopra écrivant à Epstein le 8 mars 2017 : « Dieu est une construction. Les jolies filles sont réelles ».
Un e-mail sur les Juifs et l’intelligence
Un autre message inclus dans les dossiers, envoyé à Epstein par une personne identifiée comme Masha Drakova, contient des propos controversés liant l’intelligence à l’identité juive.
Drakova y affirme avoir développé des critères pour identifier les personnes intelligentes et soutient qu’une ascendance juive plus élevée serait associée à une plus grande intelligence, ajoutant qu’Epstein serait juif à 98 % et donc « très intelligent ».
« Chasse au trésor de filles »
Un e-mail daté du 11 décembre 2002, dont l’expéditeur et le destinataire sont masqués, indique notamment : « Peut-on parler d’une chasse au trésor de filles sur l’île… Nous serons là le 4 janvier… Donne-moi ton numéro privé… Tu m’as manqué ».
Un autre message, daté du 1er janvier (année non précisée), avec expéditeur et destinataire dissimulés et intitulé « la chasse au snipe est terminée, grillons lunaires dans le sac », contient une insulte raciste visant des personnes noires.
Par ailleurs, un e-mail daté du 24 octobre 2016, également avec des identités dissimulées, comprend le message : « Reçu ! Incroyable vieux mâle et incroyable chasse !! Mes banquiers devraient être prudents… ».
Dans la même correspondance, un autre message, dont l’adresse e-mail est masquée mais portant le nom de la banquière française Ariane de Rothschild, remercierait pour cette chasse qualifiée de « passionnante ».
Des personnalités de premier plan citées
Des révélations antérieures issues de ces dossiers ont déjà mentionné de nombreuses personnalités, parmi lesquelles l’ancien prince britannique Andrew — qui a perdu ses titres à la suite des révélations — le président américain Donald Trump, l’ancien président Bill Clinton, l’ex-Premier ministre israélien Ehud Barak, l’ancien vice-président américain Al Gore, l’acteur Kevin Spacey, l’illusionniste David Copperfield, l’avocat Alan Dershowitz et Bill Richardson, ancien gouverneur de l’État américain du Nouveau-Mexique.
Le FBI a toutefois indiqué qu’après examen des éléments avec le ministère de la Justice, les enquêteurs n’avaient trouvé aucune preuve de l’existence d’une supposée « liste de clients » d’Epstein impliquant des personnalités influentes.
Les autorités ont également conclu qu’Epstein s’était suicidé dans sa cellule, rejetant les allégations selon lesquelles il aurait été assassiné pour dissimuler des faits impliquant des responsables politiques, des célébrités ou des milieux d’affaires.
La publication de ces nouveaux documents relance néanmoins le débat public sur les activités d’Epstein, l’ampleur de ses connexions et la question de savoir si son réseau a été entièrement mis au jour. Des survivants et des proches de victimes estiment que les documents publiés jusqu’à présent restent insuffisants et ne répondent pas pleinement aux exigences de la loi, laissant de côté des informations jugées essentielles.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
