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Crise de coronavirus : L'Union européenne échoue au test de solidarité

Dans l’UE, qui est devenue l’épicentre de la pandémie de Covid-19, la solidarité a été suspendue par des intérêts contradictoires des États membres et des intérêts de l’Union

Mona Saanouni  | 29.03.2020 - Mıse À Jour : 30.03.2020
Crise de coronavirus : L'Union européenne échoue au test de solidarité

Brussels Hoofdstedelijk Gewest

AA/Bruxelles/Şerife Çetin

Tandis que les institutions de l’Union Européenne tentent en vain de résoudre une grave crise, les pays de l’Union, qui sont devenus le centre de l’épidémie du nouveau coronavirus (Covid-19), gardent le silence face aux appels à l’aide des uns et des autres, ignorant le principe de la « solidarité » qui constitue pourtant la base de l’Union.

Selon les informations recueillies par le correspondant AA, le Covid-19, qui a touché tous les pays de l’UE, a causé environ 19 000 décès et infecté plus de 300 000 personnes.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déclaré l’Europe épicentre de l’épidémie et avait appelé à la solidarité.

L’esprit de solidarité est mort

« La santé » dans l’UE fait partie des domaines relevant de la compétence des pays. Bien qu’il n’existe pas de politique de santé commune dans toute l’Union, les pays doivent agir avec un principe de "solidarité et coordination".

La Commission européenne, qui est son organe exécutif, doit assumer cette tâche de coordination.

Toutefois, la situation actuelle au sein de l’UE montre clairement que les agissements des États membres ne sont pas conformes à l’esprit de solidarité et que la Commission ne peut pas jouer correctement son rôle de coordinateur.

Les États membres réagissent unilatéralement et dans une forme de panique, fermant leurs frontières, lançant des contrôles aux frontières intérieures, mettant en œuvre des politiques d’isolement sans consultation et agissant sans coordination, ce qui indique que l’esprit de solidarité dans l’Union est mort.

Mécontentement de l’Italie

L’Italie, pays le plus durement frappé en Europe, a été l’un des membres qui a exprimé son insatisfaction ouvertement face au manque de solidarité.

Alors que la situation se détériorait dans le pays, le gouvernement italien a demandé l’aide des autres membres de l’Union. La Commission a également appelé les États membres à aider l’Italie.

Des pays comme l’Allemagne et la France ont déclaré avoir mis en place des restrictions aux exportations de matériel médical, tandis que d’autres membres n’ont simplement pas réagi du tout.

L’appel à l’aide de l’Italie a d’abord été entendu par la Chine, à des milliers de kilomètres de là. La Chine a envoyé une tonne de fournitures médicales à Rome le 12 mars, peu après avoir annoncé qu’elle vendrait 2 millions de masques, 1 000 ventilateurs pulmonaires et 20 000 combinaisons de protection à l’Italie.

L’Allemagne avait annoncé qu’elle pourrait fournir 1 million de masques à l’Italie.

L’ambassadeur italien auprès de l’UE, Maurizio Massari, a déclaré dans un article après que les États membres aient rejeté la demande d’aide de l’Italie : « L’UE doit échanger des points de vue et prendre des mesures rapides, concrètes, efficaces et urgentes au-delà des réunions. Rome ne doit pas être laissée seule pour faire face à cette crise. Il s’agit d’une crise qui nécessite une réponse mondiale et en priorité une réponse européenne »

L’ambassadeur Massari a fait valoir que l’Italie était laissée seule, tout comme dans la crise des demandeurs d’asile, "cela donne un mauvais signal à la solidarité européenne".

"La solidarité n’est pas en marche"

Une réaction similaire est venue du chancelier autrichien Sebastian Kurz. Kurz, l’un des premiers à prendre des mesures fortes dans son pays et qui a mis en place des contrôles aux frontières pour cause d’épidémie, avait annoncé : "Alors que la situation est grave, nous constatons que la solidarité en Europe ne fonctionne pas."

M. Kurz a ajouté que la situation actuelle débouchera sur de sérieux débats à l’avenir.

De son côté, le Premier ministre tchèque Andrej Babis, qui a rapidement fermé les frontières de son pays à 15 pays, a déclaré : « Ces derniers jours, les pays européens n’ont pas été en mesure de coordonner leur approche. Nous avons demandé aux entreprises de fermer. Nous n’avons pas besoin d’attendre que Bruxelles nous donne des « conseils ».

Des propos de Babis qui ont également visé la présidente de la Commission européenne, « Ursula von der Leyen, s’inquiète du marché intérieur. Pour moi, la priorité est de protéger la santé de nos citoyens ».

La Serbie, qui négocie son adhésion, a également critiqué l’UE. Le président serbe Aleksandar Vucic a déclaré : "Nous avons vu qu’il n’y a pas de solidarité européenne. Je fais confiance à la Chine. La Chine est le seul pays qui peut nous aider. Quant aux autres, merci pour rien ».

L’UE encore en retard

La Commission, qui a pour rôle de coordonner, de planifier, d’avertir, de formuler des recommandations et de prendre des mesures concrètes telles que la réglementation et la présentation, a réagi avec du retard, tout comme elle l’a fait lors de la crise des demandeurs d’asile en 2015.

Réitérant ses appels à des "précautions", la Commission, qui organise de nombreuses réunions, a demandé aux pays de ne pas fermer leurs frontières et de ne pas imposer de contrôles.

Mais malgré tous les appels de la Commission, 22 pays, à l’exclusion de 5, ont soit fermé leurs frontières soit renforcé les contrôles aux frontières intérieures de l’Union conduisant de facto à la suspension de l’Accord de Schengen, qui prévoit la libre circulation des personnes dans l’Union Européenne.

Par ailleurs, la Commission a décidé de fermer temporairement ses frontières extérieures aux citoyens de pays tiers. Annonçant qu’elle fournirait également un fonds de 7,5 milliards d’euros pour se remettre d’une éventuelle stagnation économique, la Commission a aussi annoncé tardivement qu’elle assouplirait les règles de soutien aux États.

Le président de la Commission européenne, Von der Leyen, a admis que les mesures avaient été prises tardivement, déclarant : « Nous n’avons pas pleinement prédit les effets du coronavirus, nous les avons sous-estimés. »

La pandémie du nouveau type de coronavirus a une fois de plus montré que l’UE et sa lourde bureaucratie sont trop lentes à réagir en « temps de crise » et que les intérêts nationaux restent prioritaires aux intérêts de l’Union

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