Monde, Sante

Covid-19 : un apparent manque de solidarité française au sein de l'UE soulève des questions

- Alors que la Turquie acheminait mercredi du matériel médical à destination de l’Italie et l’Espagne, durement frappées par la pandémie de nouveau coronavirus, la France réquisitionnait une autre livraison de matériel médical à ses voisins européens

Ümit Dönmez   | 01.04.2020
Covid-19 : un apparent manque de solidarité française au sein de l'UE soulève des questions

Ankara

AA - Besançon/France - Ümit Dönmez

Un avion-cargo militaire turc a livré, mercredi, du matériel médical à l'Italie et l'Espagne, deux pays durement frappés par la pandémie de nouveau coronavirus.

La cargaison acheminée par l'alliée de l'Italie et l'Espagne au sein de l'Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN) inclut notamment des masques et des combinaisons de protection, des solutions hydro-alcooliques et divers autres types de produits de première nécessité, conçus et fabriqués en Turquie.

Sur les colis envoyés on peut lire "avec amour de la part du peuple turc", ainsi qu'une citation du célèbre penseur et poète mystique Mevlana, traduite en italien et en espagnol : "Derrière le désespoir se cachent de nombreux espoirs. Derrière l’obscurité se cachent de nombreux soleils."

Les autorités italiennes et espagnoles n'ont pas tardé pour exprimer leur reconnaissance envers leurs alliés turcs, Luigi di Maio, le ministre italien des Affaires étrangères, déclarant sur le réseau social Twitter par une publication incluant un drapeau turc : "Aujourd'hui, un grand geste de solidarité envers l'Italie est arrivé de Turquie. Une solidarité que nous recevons de nombreux pays. Et nous en sommes reconnaissants. Notre activité diplomatique ne s'arrête pas. Nous continuons avec un effort maximum."

De leurs côtés, les autorités espagnoles exprimaient leur gratitude face à la solidarité de leurs alliés turcs, par une publication sur le compte Twitter pour l'OTAN de l'Espagne (@SpainNATO), portant également un drapeau turc accompagnant le drapeau de l'organisation de défense militaire mutuelle, et déclarant : "L'Air Force #A400M vient d'atterrir dans la base aérienne de #TorrejónDeArdoz chargée de tonnes de fournitures médicales pour combattre #Covid_19. Une nouvelle réponse à la demande à @BORN #EADRCC. La solidarité alliée en action! #WeAreNATO"

- La France a réquisitionné du matériel destiné pour l'Italie et l'Espagne

Alors que des signes de solidarité peuvent être observés parmi les alliés de l'OTAN, d'autre événements rapportés par la presse française inspirent le doute quant à l'ampleur réelle de cette solidarité, notamment de la part de la France, au sein de l'Alliance comme au sein de l'Union européenne (UE).

Selon l'information publiée mercredi par le journal français L'Express et reprise par les médias francophones, la France a réquisitionné, le jeudi 5 mars, un stock de quatre millions de masques appartenant à une entreprise suédoise, et destinés à l’Espagne et l’Italie, premiers pays européens à être massivement touchés par la pandémie de nouveau coronavirus.

Le gouvernement français ayant décidé le 3 mars de réquisitionner tous les stocks de matériel médical nécessaires et présents sur le sol français, quatre millions de masques appartenant à la société suédoise, Molnlyck auraient été saisis le 5 mars dernier à Lyon, après être arrivées de Chine en Europe, par le port de Marseille.

L'intervention du gouvernement suédois aurait finalement convaincu le Secrétariat français général de la Défense et de la Sécurité nationale "d'accepter de céder la moitié du stock" à ses deux voisins du sud, selon le quotidien français.

Cet événement n'est pas le seul fait de la sorte répertorié au sein des membres de l'OTAN, ou de l'UE, la France, l'Espagne et l'Italie étant membres de ces deux organisations.

La police tchèque avait réquisitionné le 23 mars une cargaison de centaines de milliers de masques et d'appareils respiratoires, alors que cette cargaison était destinée à l’Italie. La crise entre les deux pays avait pris fin avec l'envoi d'un nombre équivalent de masques à l'Italie par les autorités tchèques.

- La solidarité de la France au sein de l'UE soulève des doutes

"Face au Covid-19, l’Union doit faire la force. Nous ne surmonterons pas cette crise sans une solidarité européenne forte, au niveau sanitaire et économique", notait le Ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, dans un communiqué publié le mois dernier, et précisant que : "La France a été le premier pays à inciter l’Europe à prendre la mesure de la crise [...] en appelant à des mesures coordonnées aux frontières pour éviter le chacun pour soi."

Il y a encore, quelques jours, le Président français, Emmanuel Macron exprimait la "nécessité d'une réaction européenne coordonnée", et ajoutait que dans cette crise sanitaire et économique, "La France se tient avec l'Italie".

L’Allemagne, la Suisse et le Luxembourg ont proposé d’accueillir dans leurs hôpitaux des patients français en soins intensifs hospitalisés notamment dans la région du Grand Est de la France, durement touchée par l’épidémie.

"Au total, plus de 120 offres d’accueil ont été reçues et tout a été mis en œuvre pour transférer rapidement les patients", note le ministère français à l'Europe qui exprime sa gratitude envers ses voisins européens.

Alors que l'exemple de la solidarité turque aujourd'hui envers ses alliés ne passe pas inaperçu, ainsi que la solidarité, restant néanmoins partielle et limitée, des voisins européens de l'Hexagone, le manque de solidarité de la France envers ses alliés de l'OTAN et l'UE se remarque également. Mais la France peut-elle s'aider elle-même ?

L'Espagne et l'Italie sont les deux pays du monde à dénombrer le plus de morts du Covid-19.

Le nombre total des morts du nouveau coronavirus dans ces deux pays représente environ la moitié du bilan global des décès, de plus de 46 000 personnes.

La pandémie affecte également lourdement la France, où plus de 4 000 décès en milieu hospitalier ont été enregistrés des suites du Covid-19, selon le dernier bilan officiel établi par le Directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

Selon les déclarations de professionnels français de la santé, du fait notamment de l'insuffisance des lits de réanimation et d'autre matériel médical en France, les professionnels de santé sont souvent poussés à prioriser certains patients aux dépens d'autres, généralement plus âgés, et qui meurent, abandonnés à eux-mêmes, sans avoir eu une réelle chance de survivre, ou subi les soins appropriés.

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