Nadia Chahed
03 Avril 2020•Mise à jour: 03 Avril 2020
AA/Tunis
Le coronavirus en Afrique "est en train de se diffuser de façon massive", a affirmé vendredi le professeur Éric Delaporte, médecin épidémiologiste et spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Montpellier (France).
Le spécialiste s’exprimait sur franceinfo.
Notant que le nombre de cas déclarés en Afrique "atteint près de 10 000 cas", il a alerté sur la difficulté pour l'Afrique de "s'approvisionner en tests réactifs".
A la question si on a une idée très précise de l'épidémie sur le continent africain, le spécialiste a répondu qu’on a "simplement le nombre de cas déclarés qui atteint près de 10 000 cas".
"C'est bien sûr une sous-estimation puisque c'est basé sur des cas symptomatiques. Ces cas ont été déclarés seulement depuis la fin février. C'est une déclaration relativement récente lorsqu'il y a eu vraiment une sensibilisation internationale", a-t-il noté.
S'agissant de la résistance du virus à la chaleur, Delaporte souligne qu'on "ne peut pas encore le constater. C'est vraiment une hypothèse. Et il n'y a rien pour soutenir cette hypothèse. On peut simplement dire qu'un certain nombre d'infections dues au coronavirus sont saisonnières et que lorsque arrivent les beaux jours, elles sont moins fréquentes... Est-ce qu'on va le voir pour le Covid ? On n'en sait strictement rien".
En revanche, "il peut y avoir d'autres facteurs environnementaux, des facteurs démographiques, qui pourraient faire, mais ça reste vraiment du conditionnel, que l'impact de la diffusion ne soit pas exactement la même chose sur le continent africain qu'ailleurs", a-t-il ajouté.
Il cite, notamment, la pyramide des âges différente de celle européenne et marquée par une majorité de jeunes. fait qui signifie, selon l'épidémiologiste, que les populations jeunes vont être potentiellement rapidement contaminées avec rapidement une séroconversion.
"Le fait que ces populations jeunes puissent être rapidement contaminées sans faire de pathologies graves pourrait créer une sorte de frein immunitaire par rapport au reste de la population. Mais encore une fois, c'est une hypothèse", a-t-il souligné.
Revenant enfin sur les systèmes de santé de certains pays africains, il a relevé qu'il y a des raisons de s'inquiéter dans la mesure où même si "les compétences sont là. Malheureusement, on n'est pas sûr que l'on va pouvoir les livrer en réactifs".
"Et c'est un vrai cri d'alarme, c'est-à-dire qu'il y a pas mal de tests qui sont mis sur le marché. Et quand on essaye de commander pour l'Afrique, la priorité, ce sont les États-Unis ou c'est l'Europe", a-t-il ajouté, notant que "ce sont les fournisseurs ou les pays qui leur donnent l'ordre de ne pas exporter et qui prennent la priorité, entre guillemets, nationale. Et donc, là, il y a un vrai souci pour que les pays africains puissent avoir accès eux aussi aux tests commerciaux".
Deuxième aspect par rapport au système de santé, c'est la prise en charge, poursuit le spécialiste.
"On sait qu'il y a 15% de personnes qui font des formes qui nécessitent une hospitalisation. Cette hospitalisation, on arrive à faire passer le cap de nos patients grâce à des respirateurs, de l'oxygénothérapie. Par exemple à Kinshasa [capitale de la RDC], pour une ville de plus de 10 millions d'habitants, il y a simplement 50 respirateurs. Cela veut dire que pour les formes graves, il va y avoir un vrai problème de prise en charge et c'est là qu'il risque d'y avoir une mortalité importante", explique-t-il.