Couvre-feux israéliens et attaques illégales de colons : la pression s’intensifie sur les civils en Cisjordanie
L’OCHA fait état de restrictions massives de circulation, de morts parmi les civils, de déplacements forcés et d’une insécurité alimentaire croissante,dans un contexte d’opérations militaires israéliennes et de hausse des violences de colons illégaux
Istanbul
AA / Istanbul / Lina Altawell
Les couvre-feux imposés par Israël, les raids militaires et l’escalade des attaques menées par des colons israéliens illégaux ont accentué la pression sur les civils palestiniens à travers la Cisjordanie, en restreignant les déplacements, en provoquant des déplacements de communautés et en aggravant l’accès aux services de base, selon le bureau humanitaire des Nations unies.
Environ 25 000 Palestiniens vivant dans la zone H2 d’Hébron ont été soumis à un couvre-feu et à de sévères restrictions de mouvement après le lancement, le 19 janvier, d’une opération de grande ampleur par les forces israéliennes, limitant fortement l’accès à l’alimentation, aux soins de santé et à l’éducation, a indiqué jeudi le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).
Les forces israéliennes ont affirmé que l’opération visait à démanteler des « infrastructures militantes » et à saisir des « armes illégales ».
Selon l’OCHA, les habitants ont été confrontés à des « routes bloquées », à des déploiements de tireurs d’élite sur les toits et à de nombreuses arrestations, tandis qu’environ 7 200 élèves ont basculé vers l’enseignement à distance.
Entre le 6 et le 19 janvier, deux Palestiniens, dont un adolescent de 15 ans, ont été tués par les forces israéliennes en Cisjordanie, tandis que 87 autres ont été blessés, précise le rapport.
Un Palestinien a notamment été abattu alors qu’il conduisait avec des membres de sa famille à Hébron. Les forces israéliennes avaient d’abord évoqué une tentative d’attaque à la voiture-bélier, avant d’indiquer par la suite qu’aucun élément ne venait étayer cette version et que l’incident faisait toujours l’objet d’un examen.
Un autre décès est survenu lors d’un raid dans le village d’Al Mughayyir, où les forces israéliennes ont tiré à balles réelles alors que des habitants sortaient de la prière du vendredi, selon des sources locales citées par le bureau de l’ONU.
Les forces israéliennes ont également mené plusieurs incursions à travers la Cisjordanie, dont une importante opération dans la vieille ville de Naplouse, où 26 Palestiniens ont été blessés. Des journalistes et des équipes médicales ont aussi été interpellés, a rapporté la Société du Croissant-Rouge palestinien.
L’OCHA indique que la poursuite des attaques et des actes d’intimidation de colons a entraîné, au cours des deux dernières semaines, le déplacement de plus de 100 familles bédouines et d’éleveurs palestiniens issues de cinq communautés, dont la majorité provenaient de Ras 'Ein al 'Auja, dans la région de Jéricho.
Au moins 77 ménages ont commencé à démonter leurs habitations après une intensification d’attaques nocturnes, de menaces et de dégradations de biens.
Par ailleurs, entre le 6 et le 19 janvier, l’OCHA a recensé au moins 55 attaques de colons ayant causé des blessures ou des dégâts matériels, faisant 30 blessés palestiniens et deux colons israéliens blessés.
D’après le bureau onusien, plusieurs de ces attaques ont visé des réseaux d’eau et des écoles, perturbant des services essentiels pour des dizaines de milliers de Palestiniens.
Durant la période couverte par le rapport, les autorités israéliennes ont aussi démoli 27 structures appartenant à des Palestiniens au motif d’absence de permis de construire, entraînant le déplacement de 50 personnes, dont 23 enfants.
Deux autres habitations ont été détruites pour des motifs punitifs, obligeant des familles à quitter leur domicile, ajoute également le rapport de l’agence.
Les tensions se sont en outre accentuées à Jérusalem-Est occupée après l’entrée de forces israéliennes dans un centre de santé de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), qu’elles ont ensuite fermé, ainsi qu’après la démolition de bâtiments au sein du siège de l’agence à Sheikh Jarrah.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné ces actions, déclarant : « Ces mesures constituent une violation de l’inviolabilité des locaux des Nations unies et un obstacle à la mise en œuvre du mandat clair de l’Assemblée générale garantissant la poursuite des opérations de l’UNRWA. »
L’impact humanitaire dépasse le seul cadre des incidents sécuritaires. Selon une enquête de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), citée par l’OCHA, plus de 72 000 familles d’agriculteurs et d’éleveurs, soit près des deux tiers de l’ensemble des ménages agricoles, ont un besoin urgent d’aide d’urgence en raison des pertes de revenus, des restrictions d’accès et de la hausse des coûts.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué que l’économie de la Cisjordanie s’est contractée de 13 % entre 2023 et 2025, tandis que le chômage a atteint 28,5 % fin 2025, réduisant le pouvoir d’achat des ménages et aggravant l’insécurité alimentaire, a noté l’OCHA.
Selon l’agence, la combinaison des opérations militaires, de la violence des colons, des démolitions et du déclin économique alimente des déplacements de grande ampleur et creuse davantage les besoins humanitaires à travers la Cisjordanie.
* Traduit de l'anglais par Adama Bamba
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