Colère agricole : la Coordination rurale réclame un moratoire sur les contrôles et maintient la pression à Paris
- Des agriculteurs de la Coordination rurale ont mené jeudi des actions au cœur de Paris, réclamant un moratoire sur les contrôles dans les exploitations et dénonçant les normes jugées excessives
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Des agriculteurs membres de la Coordination rurale ont convergé ce jeudi avant l’aube au cœur de Paris avec des tracteurs, menant des actions symboliques notamment près de l’Arc de Triomphe et de la tour Eiffel, afin de faire entendre les revendications d’une profession mobilisée depuis plusieurs mois, alors que les principaux syndicats ont multiplié les prises de position et les rendez-vous institutionnels pour réclamer des mesures rapides en faveur du secteur.
Selon le ministère de l’Intérieur, environ une centaine de tracteurs ont été recensés en Île-de-France, dont une majorité bloqués aux portes de la capitale par un important dispositif de sécurité. La préfecture de police a indiqué que 11 personnes ont été interpellées depuis le matin, avec 65 verbalisations et 12 mises en fourrière, précisant qu’aucun de ces faits n’était survenu dans Paris intra-muros.
Selon plusieurs témoignages relayés par des médias, des agriculteurs ont expliqué avoir utilisé des applications de navigation comme Waze pour contourner les barrages et atteindre la capitale en petits groupes. La Coordination rurale affirme avoir mobilisé jusqu’à 500 tracteurs, un chiffre contesté par les autorités.
Sur le terrain, des agriculteurs membres de la Coordination rurale ont convergé vers plusieurs sites emblématiques de la capitale, malgré un arrêté préfectoral interdisant les rassemblements non déclarés à proximité des institutions politiques, de l’Élysée au Parlement, ainsi qu’aux abords du marché de Rungis et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire à Maisons-Alfort.
Le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, a réclamé un « moratoire » sur les contrôles dans les exploitations agricoles jusqu’à l’élection présidentielle de 2027, condition qu’il a présentée comme déterminante pour une levée des actions. Il a estimé que cette décision relevait du Premier ministre et de la ministre de l’Agriculture.
Le syndicat réclame également la fin de l’abattage systématique des troupeaux bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, ainsi que la suppression de certaines agences environnementales. La stratégie sanitaire adoptée par l’État sur cette maladie avait ravivé, début décembre, la colère du monde agricole.
À l’issue d’entretiens avec la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et le président du Sénat, Gérard Larcher, le président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), Arnaud Rousseau, a demandé l’ouverture « d’un créneau d’ici mars-avril » pour une loi spéciale destinée à apporter des réponses « concrètes » aux difficultés des agriculteurs. Il a également appelé les parlementaires à voter le budget de l’État pour 2026 et à accélérer la publication des décrets d’application de la loi d’orientation agricole et de la loi dite Duplomb.
Les agriculteurs protestent notamment contre le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse et ce qu’ils jugent être un excès de normes administratives, en particulier européennes, accusées de favoriser une concurrence déloyale.
Dans ce contexte, le président de la République, Emmanuel Macron, a estimé jeudi que l’Europe devait « accepter de mieux protéger ses frontières », en référence aux négociations commerciales avec le Mercosur, appelant à « écouter nos producteurs » sur ces sujets.
Malgré un arrêté préfectoral interdisant jusqu’à vendredi les rassemblements non déclarés à proximité de sites sensibles, dont l’Élysée, Matignon, le Parlement, le ministère de l’Agriculture ou le marché de Rungis, plusieurs agriculteurs sont parvenus à atteindre la capitale, en contournant les barrages des forces de l’ordre.
Les débats parlementaires sur le projet de budget pour 2026 ont par ailleurs repris jeudi en commission. La commission des Finances de l’Assemblée nationale a rétabli l’indexation sur l’inflation du barème de l’impôt sur le revenu pour l’ensemble des tranches, adoptant un amendement des Républicains et rejetant ainsi un gel partiel du barème.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a reçu ce jeudi après-midi les représentants des agriculteurs mobilisés, alors que la Coordination rurale avertit que, sans annonces jugées significatives, la poursuite des actions reste envisagée.
