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Brésil: Qui était Marielle Franco, la conseillère municipale exécutée en plein Rio ?

Esma Ben Said   | 17.03.2018
Brésil: Qui était Marielle Franco, la conseillère municipale exécutée en plein Rio ?

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AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Le Brésil est sous le choc de l’assassinat, probablement politique, d’une conseillère municipale de Rio, Marielle Franco,. Une manifestation est d'ailleurs prévue à Paris ce week-end à l’appel de 3 500 associations brésiliennes ainsi qu’à Lisbonne et Berlin.

L ex-présidente du Brésil, Dilma Rousseff destituée en 2016 a appelé le pays à réagir: « Le Brésil doit se lever pour montrer toute son indignation contre ce crime».

«Ce qui se passe à Rio est l’effrayante combinaison des inégalités, de la corruption et de la médiocrité» résume Luis Roberto Barroso, juge de la Cour suprême (STF). L’ONU demande que toute la lumière soit faite et l’Union Européenne qui s’apprêtait à signer un accord de libre échange, avec le Mercosul, a suspendu les négociations.

Mercredi soir 14 mars 2018, Marielle Franco, noire et conseillère municipale de la ville de Rio de Janeiro a été abattue de 13 coups de feu. Le crime a eu lieu à proximité du stade de foot Estácio.

Elle sortait d'une réunion du Mouvement Noir lorsqu'elle a été prise pour cible dans sa voiture, Son chauffeur est mort aussi. Seule l’assistante parlementaire qui s’est baissée au moment des tirs a survécu.

Passées au peigne fin sur les 5 kilomètres du parcours, les caméras de sécurité des immeubles privés ont parlé.

Elles montrent deux véhicules stationnés au pied de l’immeuble où le débat se termine. Les criminels attendent que la conseillère monte sur le siège arrière et ils la prennent en chasse. Sur les lieux du crime, on a retrouvé les cartouches de 9 mm qui ont perforé la voiture comme une passoire. Elles proviennent d’un lot livré aux Polices Fédérale et Militaire il y a 10 ans.

Marielle Franco représentait la nouvelle gauche brésilienne, élue avec 46 000 voix sous la bannière du PSOL (Parti Socialiste pour la Liberté), un parti de gauche dissident du Parti des Travailleurs.

Elle avait eu le 5ème meilleur score municipal en matière de votes et elle était très populaire chez les jeunes carioca.

Elevée dans l'une des 17 favelas du complexe de la Maré, cette jeune femme de 38 ans, noire et moderne, était le symbole d’un renouveau politique, dans un univers majoritairement masculin, riche et blanc.

II y a quelques jours, elle avait dénoncé sur Twitter, les exactions de groupes paramilitaires venus «nettoyer» la favela do Acari avec deux nouvelles exécutions.

Elle rappelait le génocide commis sur les Noirs: 71% de victimes d’homicides sont noires selon l’Institut National de la Sécurité. Mère d’une fille de 19 ans, elle donnait voix aux populations noires, aux femmes, LGBT et minorités.

Le 28 février, elle avait été élue rapporteur de la Commission Municipale visant à contrôler les dérapages de l'Intervention Militaire à Rio. Cette main mise de la Sécurité de Rio par l’armée avait pris tout le monde de court.

Marielle Franco s’opposait à la présence des chars et des militaires aux abords des favelas et dans ses ruelles. Elle dénonçait la criminalisation des pauvres et défendait que les problèmes soient résolus avec l’éducation et la santé.

Alors que les militaires «fêtaient» vendredi un mois de leur présence dans la ville, Rio déplorait 397 affrontements violents, soit 13 par jours.

Pas beaucoup moins qu’en janvier: 513 échanges de coups de feu.

"J'entends encore le bruit du tank tout près de ma maison. Cette peur, ce désespoir qui fait pleurer quand on est atteint dans sa propre chair.." disait-elle dans une vidéo postée après l’intervention, en référence aux mois où la Complexe de la Maré avait été occupée en permanence par l’armée, lors des JO de 2016 et de la Coupe du Monde de 2014.

Vendredi soir, le journal national de TV Globo annonçait que le lot de balles appartenant à la Police Fédérale aurait été vendu partiellement à des bandits, suite au détournement d’un employé fédéral.

La géographie de la violence au Brésil prend différentes formes. D’une part des mafias régionales qui s’affrontent au gré des intérêts des vendeurs d’armes, de drogue, machines à sous ou trafics de chargements de camions.

D’autre part, des milices paramilitaires formées de pompiers et policiers, parfois retraités parfois en exercice qui, auto-promus justiciers, exécutent les bandits dans les favelas, alléguant que la justice ne fait pas son travail.

Entre les deux, les différentes forces de police, civiles, militaires, fédérales et municipales également en conflit, mal payées, mal formées et mal équipées : la moitié de leur flotte automobile est à la casse.

Marielle Franco avait pour sa part dénoncé il y a quelques jours, les groupes paramilitaires d'extermination qui sévissent dans 170 des quelque 500 favelas de Rio.

Comme la juge Patricia Accioli assassinée en 2015 selon le même mode opératoire, elle luttait contre les polices parallèles qui rançonnent les habitants et exécutent les petits délinquants.

Au delà du charisme personnel et de la représentativité de cette élue noire que les Brésiliens, jeunes et moins jeunes ont pleuré jeudi dans les capitales brésiliennes, c’est encore une femme et une femme noire qui vient de tomber.

Les afro-descendantes représentent en effet 65% des victimes d’homicides de sexe féminin. Entre 2005 et 2015, le nombre des crimes commis sur ces femmes a augmenté de 22%.

Dans un article posthume publié en première page du Journal do Brasil , Marielle Franco écrivait « Le week-end dernier, cinq personnes sont mortes et quatre ont été blessées dans la périphérie de Rio. Quatre étaient des femmes».

«Le Géneral Braga Netto dit que Rio est un laboratoire pour le Brésil. Ce que nous voyons, ce sont des cobayes, noirs et noires, de périphérie et de favelas, tous travailleurs. La vie ne peut servir de «modèle» aux politiques de sécurité».

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