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Brésil/Présidentielles: Jair Bolsonaro, peut-être bien lui...

-A la veille du premier tour des présidentielles brésiliennes, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro est le favori des sondages dans le cinquième pays, le plus peuplé du monde.

Nadia Chahed   | 06.10.2018
Brésil/Présidentielles: Jair Bolsonaro, peut-être bien lui... Jair Bolsonaro

Rio de Janeiro

AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Rien ne semble arrêter la progression du populiste Jair Bolsonaro, le candidat de l’extrême droite à la présidentielle brésilienne du 7 octobre prochain.

Ni l’attaque ratée au coup de couteau par un déséquilibré en plein bain de foule, ni son absence totale des débats télévisés durant trois semaines pour cause de convalescence, ni sa fragile base parlementaire - son parti n’existe que par lui et ses fils- ni la marche pacifique contre lui de milliers de femmes au Brésil et dans le monde, sous le hastag #elenao (#toutsauflui), ni l’énorme taux de rejet d’une grande partie de la population brésilienne: 46%.

Avec 32% des intentions de vote à la veille du 1° tour, c’est un tsunami ultra conservateur qui veut porter à la tête de 210 millions de Brésiliens, ce capitaine de réserve, peu cultivé et raciste.

Sa hiérarchie militaire via le colonel Carlos Alfredo Pellegrino a rappelé à son propos qu’il fallait sans cesse le réprimer, «pour son comportement agressif envers ses camarades autant que pour son manque de logique, d’équilibre et de rationalité dans la présentation de ses arguments».

Misogyne et homophobe, ce fils d’immigrés italiens est un nostalgique de la dictature, un partisan décomplexé de la torture et un évangélique. Son signe de ralliement est le geste du pistolet et de la mitraillette, le bras et les doigts pointés en avant.

Après 27 ans de mandat parlementaire sous la houlette de neuf partis différents -le PP, dernier en date détient le record de mises en examen pour corruption - 32 députés, le populiste Jair Bolsonaro est vendu comme le «Trump des Tropiques»!

Défenseur des valeurs de «la famille chrétienne», il est omniprésent sur les réseaux sociaux où il humilie les femmes indépendantes et incite à la haine. Ses détracteurs l’accusent de forger des «fake news». Le Parti des Travailleurs de l’ex-président de gauche Luis Inacio Lula da Silva, dit Lula, en est la cible privilégiée.

Durant la dernière manifestation des femmes, des fidèles de Bolsonaro ont brisé en deux la plaque commémorative dédiée à Marielle Franco, la conseillère municipale assassinée en mars dernier. Ces «casseurs» qui ont tiré leur selfie devant la plaque brisée sont des candidats au poste de député. Le Brésil élit le même jour le Président, les gouverneurs des 27 états, les 500 députés et les sénateurs.

Si Jair Bolsonaro est élu, les transformations seront immenses. En 13 ans de gestion du Parti des Travailleurs (2003-2016) , le Brésil était devenu un modèle à l’ONU pour avoir sorti de la misère 40 millions de Brésiliens grâce à des politiques sociales innovantes et pour avoir donné leur chance aux afro-descendants et aux amérindiens en leur ouvrant les portes des universités.

Sur la chaîne d’information en continu Globo News, Jair Bolsonaro a déjà conseillé aux pauvres d’aller apprendre à «réparer des machines à laver et des téléviseurs» plutôt que d’aller à l’université, «une vraie tare»! Même si en terme d’économie, il avoue ne rien y comprendre... Son mentor est Paulo Guedes, un économiste néo-libéral formé à l’école de Chicago.

Et ce dernier a déjà averti: la vente des fleurons nationaux s’accélérera, les géants de la construction, du minerai, du pétrole, de l’aéronautique...

Depuis la destitution de Dilma Rousseff en 2016 au profit de Michel Temer, le Brésil a perdu le contrôle de ses immenses gisements de pétrole pré-sel au large des côtes ainsi que de sa haute technologie avec la vente partielle d’ Embraer, le spécialiste mondial des moyen-porteurs à Boeing.

S’il est hermétique à l’économie, les problématiques de sécurité trouvent grâce aux yeux de Jair Bolsonaro. Et c’est cette ligne dure qui charme les marchés. Mercredi dernier, suite aux sondages en sa faveur, la bourse brésilienne a fait un bond de 4% et le dollar, de 5 réaux est redescendu à 3,5.

Les éleveurs de bétail, les planteurs de soja et les industriels de la canne à sucre se sont ralliés à lui. Les églises évangéliques aussi dont le pasteur Edir Macedo de l’Eglise Universelle du Règne de Dieu. Ils sont la base d’un système parlementaire nommé au Brésil le BBB- Boeuf, Bible, Balles.

Dans un pays où 78% des victimes d’assassinats sont noirs, les afro-descendants devraient se sentir menacés. Ce n’est pas toujours le cas! Interrogée à ce propos, la philosophe de gauche Marilena Chaui évoque le concept de «servitude volontaire» pour expliquer ce paradoxe.

Car ce mouvement réactionnaire porté par l’élite l’est aussi par une partie des pauvres et de la classe moyenne. Beaucoup ont adopté l’aversion des premiers au communisme.

Selon eux, Fernando Haddad du Parti des Travailleurs porte en lui cette menace. Le substitut de l’ex-président Lula toujours en prison, est lui un universitaire, fils d’immigrés libanais et l’ancien maire de Sao Paulo, une mégalopole de 25 millions d’habitants.

Jeté dans la mêlée en remplacement de l’ex-président Luis Inacio Lula da Silva empêché de se présenter, il avait bondi dans les sondages à l’officialisation récente de sa candidature. Mais depuis quelques jours, il stagne à 21% des voix, talonné par Ciro Gomes, un candidat de la gauche modérée venu du Nordeste qui en profite pour lui grignoter des voix.

Beaucoup d’indécis à gauche, ont en effet décidé de voter utile. Ils envisagent de lâcher Lula et Fernando Haddad pour reporter leurs voix sur Ciro Gomes, supposé moins radical. Ce scénario catastrophe rappellerait selon une chercheuse de l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine «les Présidentielles françaises de 2002 et le vote utile contre le Front National».

Reste qu’à la veille du premier tour, le sentiment qui prévaut au Brésil, c’est le découragement. Selon un sondage Data Folha, 79% des Brésiliens se disent «écoeurés» et 88% se sentent «en danger». Car Jair Bolsonaro a pris comme vice-président, un militaire de la ligne dure.

Mettant d’ailleurs en doute la fiabilité du système électoral brésilien, le candidat décomplexé de l’extrême-droite a déjà annoncé sans fards vendredi 28 sur TV Band : «Vu ce que je vois dans les rues, je ne vais accepter aucun autre résultat que ma propre élection». 


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