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Brésil: Le "roi de la viande" se met à table

Nadia Chahed   | 02.05.2018
Brésil: Le "roi de la viande" se met à table

Rio de Janeiro
AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Au centre de plusieurs procès pour corruption, Joesley Batista surnommé le «roi de la viande» a signé un accord avec la police fédérale et il doit apporter de nouvelles preuves.

C’est peut-être un virage, le signal d’une rupture dans le feuilleton politico-judiciaire qui secoue le quotidien de 210 millions de Brésiliens depuis 2014.

Le sénateur Aécio Neves ennemi juré des ex-présidents Lula et Dilma et l’un des instigateurs de leur chute, a été mis en examen dans le cadre de l’opération «Lava-Jato» pour corruption passive et obstruction à la justice.

Il est accusé d’avoir reçu des pots de vin de la part de Joesley Batista, le propriétaire de JBS, une multinationale brésilienne de l’agro-alimentaire qui vend du poulet dans le monde entier.

A la tête du parti de droite PSDB (Parti pour la Social Démocratie Brésilienne), Aécio Neves aurait également cherché à ralentir son procès grâce à l’intervention du Président de la République Temer.

Michel Temer est également mis en cause par les «rois de la viande».

Au centre du plus notoire rebondissement de l’opération anti-corruption depuis que les révélations sur Petrobras ont commencé en 2014, Joesley Batista et son frère jumeau Wesley, dirigent J&F un empire familial fort de 20 entreprises - dont JBS.

Ils détiennent une quarantaine de marques et comptent aujourd’hui 225 000 salariés pas seulement au Brésil mais aussi en Uruguay, au Paraguay, en Argentine et aux Etats-Unis.

Outre l’agro-alimentaire, leur métier d’origine et les poulets halal et kasher dont ils sont devenus les maitres incontestés sur les marchés du Proche et du Moyen Orient mais aussi en Europe, ils oeuvrent dans l’éolien, le solaire, la cellulose, la banque en ligne, la télé, la radio, les cosmétiques, l’hygiène et ils sont les heureux propriétaires des célèbres tongs multicolores Havaianas.

Tombé dans les filets de la Police Fédérale, leur groupe J&F a approuvé le plus important accord au monde déjà signé avec la police. Et quand les jumeaux sortent l’artillerie lourde, ça fait mal.

Il y a un an, ceux qu’on appelle encore «les rois de la viande» ont divulgué une conversation privée avec l’actuel Président de la République. Enregistré à son insu, Michel Temer leur demande d’acheter le silence d’Eduardo Cunha, le président de l’Assemblée législative, à l’époque.

Tous deux sont en effet les instigateurs de l’éviction de la présidente Dilma Rousseff, élue par 56 % des Brésiliens. Aécio Neves était lui, leur candidat déçu, jusqu’ici à la tête du PSDB.

En 2014, il avait échoué de peu au second tour des Présidentielles face à Dilma. Lui aussi a été piégé par un enregistrement caché des frères Batista.

L’authenticité de ses audios, un temps contestée par les intéressés a été confirmée dans les laboratoires de la Police Fédérale.

Les patrons de l’agro-alimentaire JBS affirment avoir livré 110 millions de réais (30 millions d’euros) au sénateur du PSDB outre une mensualité régulière de 50 000 réais (12 000 euros).

Toutes ces délations récompensées ont été faites il y a un an, en mai 2017 dans le cadre de l’opération Patmos, l’un des nombreux dédoublements de l’opération «Lava-Jato».

Pour la première fois, la Police Fédérale s’est servie de prévenus pour piéger des suspects: des enregistrements sonores mais aussi un suivi électronique des valises de billets livrées par Joesley.

Ce sont d’autres preuves que «les rois de la viande» sont maintenant en train d’apporter: en moyenne, une tous les quinze jours depuis le début de l’année. En mai, 9 dépositions sont prévues au programme de cette méga- délation qui se trouve chaque jour renforcée.

Outre Aécio, elle touchent plusieurs hommes politiques «en affaire» avec les dirigeants de l’entreprise JBS ainsi que l’actuel Président de la République en personne…

Joesley Batista a raconté en détail sa rencontre avec Michel Temer dans le palais du Jaburu il y a un an. Et il confirme aujourd’hui ses accusations.

Détail pittoresque, il précise que le Président aurait fait du bout de ses doigts, le signe de l’argent, tout en demandant s’il était possible de laisser cet aspect entre les mains d’un homme de paille.

Or c’est justement cet homme de paille, cité par l’actuel Président brésilien dans son audio qui a été rattrapé par la police fédérale. Il avait des valises pleines d’argent en provenance de JBS.



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