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Brésil: La population des sans-abri ne cesse d’augmenter

Esma Ben Said   | 04.05.2018
Brésil: La population des sans-abri ne cesse d’augmenter ( Fabio Teixeira - Agencia Anadolu)

Rio de Janeiro

AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Avec l’équivalent d’une moitié de la France à loger, le Mouvement des Travailleurs sans Toit (MTST) qui lutte au Brésil depuis 20 ans pour une réforme urbaine et un toit pour tous, a encore du «pain sur la planche». Trente trois millions de brésiliens sont en effet sans domicile fixe selon les Nations Unies, la population totale du Pérou ou encore celle de l’Afghanistan, dont 24 millions uniquement dans les villes. Au total, ce sont 6 millions de familles sans abri.

«Si habiter est un privilège, alors occuper est un droit» clame Guilherme Boulos le président de ce mouvement social de grande envergure. Il est monté au créneau cette semaine lorsque l’actuel gouverneur de Sao Paulo a insinué que les victimes d’un mega incendie qui a fait 49 morts dans un immeuble squatté à Sao Paulo le 1er mai dernier... l’avaient un peu cherché.

«Nous ne pouvons pas accepter qu’un drame comme celui-ci soit utilisé pour criminaliser ceux qui luttent pour une vie digne. Nous répudions les commentaires tendancieux de la presse et la déclaration du gouverneur Marcio França qui culpabilisent les familles pour leur infortune» a déclaré le président du MTST.

«Les occupations ne sont pas un choix mais un manque de choix, l’unique solution pour des milliers de famille face à la grave crise du logement qui se répand dans le pays et à la défaillance des pouvoirs publics» .

«Habiter des bâtiments envahis, c’est vraiment vouloir chercher les problèmes» avait commenté Marcio Franco (PSB) le gouverneur de l’État de Sao Paulo, déclenchant l’indignation d’une partie des Brésiliens. Il avait ajouté qu’il s’agissait d’une «tragédie annoncée».

Situé en plein coeur de la capitale économique du Brésil, dans un quartier populaire, cet immeuble des années 60 appartenait à la police. Répertorié comme Monument Historique du fait de son architecture moderniste de verre et d’acier, il était désaffecté. Sans entretien, il avait été envahi par des SDF.

On estime que cet immeuble abritait 150 familles. La plupart ont eu le temps de s’enfuir alertées par un habitant qui avait parcouru tous les étages en courant mais 49 sont portés disparus dont un homme surnommé Tatouage remonté au dernier étage pour secourir des familles et qui a disparu avant d’être encordé par les pompiers, lorsque l’immeuble de 26 étages s’est écroulé en 8 secondes.

Il ne s’agissait pas de marginaux mais de travailleurs, des femmes avec enfants qui survivent pour la plupart de travaux informels de manucure ou employés de maison, de pères de famille, ouvriers du bâtiment et des immigrés. Les 150 familles rescapées de l’immeuble qui sont actuellement dans la rue étaient encadrées par une association mineure nommée Mouvement Social pour un Logement et fait choquant, elles payaient un loyer à cette association.

Un rescapé a expliqué à la chaine Globo News que les habitants avaient monté, entre les parois d’aluminum et de vitres, des baraquements qui leur servaient de logements. Il y en avait une dizaine par étage. Les séparations précaires étaient en bois et en contreplaqué.

Les ascenseurs avaient été retirés faisant de leurs cages, des immenses cheminées de 26 étages propices aux appels d’air.

Les principales personnalités politiques s’étaient rendues sur place ainsi que Michel Temer, actuel président du Brésil, présent à Sao Paulo. Conspué par le quartier et la foule hors d’elle, il avait du battre en retraite alors qu’il répondait à la presse.

Des habitants ont poursuivi sa voiture. Ils ont donné de violents coups de pieds dans la carrosserie profitant de son passage ralenti par la foule des curieux.

L’opposition n’a pas manqué de souligner le contraste entre ce bain de foule catastrophique et l’ex président Luis Inacio Lula da Silva porté en triomphe à Sao Bernardo dos Campos, la veille de son incarcération. Même en prison depuis près d’un mois, Lula caracole toujours en tête des sondages tandis que Michel Temer continue d’être très impopulaire.

Par l’intermédiaire d’une note, l’historique Mouvement des Travailleurs Sans Toits (MTST) a également fait savoir qu’il n’est pas à l’origine de cette occupation illégale, qu’il n’en a d’ailleurs aucune dans la capitale économique et qu’il ne pratique pas l’extorsion de familles en situation de précarité. Il a rappelé les dénonciations constantes faites par le MTST ces 2 dernières années à propos des coupes de budget opérées par le nouveau gouvernement.

«En 2017, le gouvernement Temer a mis en œuvre tout juste 9% des sommes initialement destinées au logement social. La population la plus touchée est celle qui gagne moins de 1800 réais, deux salaires minimums. Dans le même temps, cet organisme public de crédit – NDR équivalent en France de la Caisse de Dépôt et Consignations- a augmenté les financements aux immeubles de luxe, dans une inversion totale des priorités».

Selon l’Institut de Recherches Economiques Appliquées (IPEA), outre les 33 millions de sans-abris, 11 millions de brésiliens – dont 4 millions de mineurs- vivent dans les favelas, sur des terres appartenant initialement à l’État mais revendues illégalement par des citoyens sans scrupules qui falsifient des titres de propriétés. Le notaire au Brésil n’est pas totalement obligatoire: la vente peut se faire sur le bord d’une table avant d’être officialisée, ou pas, porte ouverte à toutes les malversations.

Pendant les quatre mandats du Parti des Travailleurs (2002/2014), beaucoup de ces constructions sauvages sur les terres de l’Union ont été légalisées et certains habitants des favelas qui construisent un étage chaque fois que leur famille s’agrandit, ont vu leurs rêves récompensés. Dans le même temps, le programme fédéral Ma Maison Ma Vie lancé en 2009, a facilité l’accession à la propriété des plus bas salaires.

Mais ces programmes résidentiels à bas prix se trouvent à la campagne ou en lointaine périphérie.

Pour ceux qui veulent être proches de leur travail, il ne reste que le squat. Le dernier recensement de l’IBGE (Institut Brésilien de Géographie et Statistiques) montre en effet qu’il y a plus d’appartements inoccupés au Brésil que de familles sans appartement: 7,2 millions d’appartements sont vides et 80% d’entre eux sont zone urbaine. En clair, il y a un excédent de logements, 1,2 million d’appartements de plus que de familles sans abri…

Dans la seule ville de Sao Paulo, 45 000 familles vivent dans 200 immeubles illégalement occupés sans parler de ceux qui, de plus en plus nombreux, dorment sous les ponts, les auvents de magasins, les squares, les entrées d’immeubles. Solidaire de Lula sur toutes les manifestations et doté lui-même d’un fort très charisme, Guilherme Boulos, le president du MTST se présentera sur ce thème là aux prochaines élections présidentielles. Il le fera sur la liste du PSOL, le parti auquel appartenait Marielle Franco, la conseillère municipale assassinée le 14 mars à Rio.

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