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Brésil: Jair Bolsonaro élu Président

- L'extrême-droite l'emporte face au Parti des travailleurs qui a gouverné pendant 4 mandats, jusqu'à la destitution de Dilma Roussef en 2016.

1 23   | 29.10.2018
Brésil: Jair Bolsonaro élu Président

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AA / Rio de Janeiro / Kakie Roubaud

Jair Bolsonaro, le candidat de l’extrême-droite a été élu président du Brésil, dimanche, à l’issue d’une courte campagne, atypique et très dure, émaillée de «fake news».

Avec 55% des voix, ce militaire de réserve, venu d’un parti qui avait juste quelques députés, a gagné avec une large avance sur le très grand Parti des Travailleurs.

Le PT de Lula avait gouverné le Brésil pendant 4 mandats, jusqu’à la destitution de Dilma Rousseff en 2016.

Selon Dora Kramer, analyste politique de la radio Band News, l’ancien parachutiste, malgré cette avance, «ne connaîtra pas de lune de miel avec le pays».

D'ores et déjà le Brésil est départagé entre deux tendances : d’un côté, l’ordre, la famille traditionnelle, l’ultra-libéralisme et la Bible, de l’autre les partisans d’un Etat laïc, interventionniste, protecteur des plus pauvres et des minorités.

Mais pour pacifier le pays, le président Bolsonaro devra, selon certains points de vue, faire amende honorable et tenter de faire oublier des menaces qu’il a lui-même adressées à ses adversaires.

Il avait déclaré récemment : «Les criminels Rouges seront bannis. Ils devront partir ou ce sera la prison».

Dans un Brésil revenu à la démocratie, il y a juste 30 ans, cette promesse imminente d’une chasse aux sorcières, ajoutée à bien d’autres, avaient provoqué la stupeur, la colère et la peur.

Plus que son parti, le PSL (Parti Social Libéral) construit de toutes pièces pour soutenir sa candidature, c’est sa personnalité, dure et décomplexée qui a séduit ses supporters, les tenants du «dégagisme».

«Il a vendu l’idée d’un renouvellement politique, même s’il est lui-même député, au Congrès depuis 27 ans », explique Hervé Thery, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste du Brésil.

«Il a promis d’assouplir le port d’armes. Les actions de Taurus, l’entreprise brésilienne qui équipe la police et l’armée ont grimpé en flèche», ajoute-t-il.

Selon le journal Valor, des vendeurs d’armes dont une entreprise venue des Emirats Arabes Unis frappent déjà à la porte du Brésil.

Jair Bolsonaro a aussi promis aux «citoyens du Bien» la tolérance zéro et l’auto-défense.

Sa maxime: «Les droits de l’homme sont pour les hommes «droits». Avec 65 000 assassinats par an, l’insécurité atteint déjà des taux record.
Hervé Thery donne une image frappante de cette violence: «C’est l’équivalent d’un Boeing 737 qui s’écraserait tous les jours». Les noirs sont les plus touchés.

Mais ce sont les blancs, de souche européenne qui ont le plus peur. «La carte des électeurs de Jair Bolsonaro, c’est la carte du soja» explique Hervé Thery.

«Dans le centre-ouest, les fermiers ont le sentiment d’avoir défriché la terre, de s’être faits tout seuls. Il ne faut pas que le Gouvernement les embête trop avec des problèmes d’environnement. Et il faut être armé car il y a des panthères qui traînent et des indiens qui revendiquent la terre».

Neli Aparecido de Melo, une géographe brésilienne, professeure à l’Université de Sao Paulo, analyse, elle aussi, à partir du territoire, l’énorme succès de l’extrême-droite ainsi que son rejet «Le Nord-Est est l’unique région du Brésil qui échappe au raz de marée de Jair Bolsonaro. Ici vivent les plus pauvres».

«Comme ils dépendent de la Bourse Famille, explique-t-elle, une allocation du Gouvernement donnée aux plus démunis. Ils ont voté pour Fernando Haddad, du PT, en rupture avec le reste du pays».

Ils sont aussi à contre-courant de l’évangélisation galopante. La carte montre que cette région, grande comme le Soudan, résiste mieux que les autres, aux deux phénomènes.

«Le protestantisme et le capitalisme fonctionnent ensemble» commente Hervé Théry. C’est justement une Bible sur la table de la salle à manger, que Jair Bolsonaro, a prononcée depuis sa maison de Rio, son discours à la nation. Les premiers mots ont donné la température «Tu connaîtras la vérité et la vérité te libèrera. J’ai toujours senti la présence de Dieu et du peuple brésilien».

Dans son programme pour le Brésil de ces 4 prochaines années nommé «Le Brésil au-dessus de Tout et Dieu au-dessus de Tous», le mot Dieu apparaît 80 fois dans les 80 pages. Ses supporters ont fêté cette élection à grands renforts de pétards, sur la plage des nouveaux riches de Barra.

Dans le même temps, à Niteroi la riche ville voisine située de l’autre côté de la Baie, commençait un défilé de camions militaires qui paradaient sous les vivas d’une foule en délire, vêtue de jaune.

Jair Bolsonaro n’a jamais caché être un nostalgique de la torture et de la dictature militaire.

Le futur président n’a jamais manqué non plus l’occasion de criminaliser les partisans du Parti des Travailleurs, faisant appel à une rhétorique de guerre froide. Ces derniers ont posté sur leurs pages Facebook «Bienvenue en 1964» date du dernier coup d’État.

Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS (Institut de Recherches Internationales et Stratégiques) commentait récemment pour Anadolu: « La tentation autoritaire, c’est la normalité au Brésil. L’exception, c’était la tentation démocratique. »

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