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Brésil / Elections 2018 : Marina Silva, éternelle médaille de bronze (Portrait)

Nadia Chahed   | 28.12.2017
Brésil / Elections 2018 : Marina Silva, éternelle médaille de bronze (Portrait)

Rio de Janeiro

AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Trois femmes politiques de gauche sont dans la course aux Présidentielles de 2018 au Brésil. Mais une seule a de la visibilité internationale et la faveur des milieux d’affaires éclairés. Dans un pays polarisé entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite, elle voudrait être la troisième voie.

De son Amazonie natale, cette sénatrice de 58 ans arbore les colliers de plumes ou de graines. De son séjour chez les missionnaires, le chignon du spartiate. Beaucoup la croient indigène. Marina Silva est afro-brésilienne, comme des millions de métis du Nordeste venus coloniser «le Poumon du Monde».

Sa voix est aigrelette et il lui arrive de pleurer en public. Mais ceux qui travaillent avec elle, la disent autoritaire. Elle passe du temps dans les avions, d’où sa manie des châles.

Challenger à la Présidentielle de 2018, Marina Silva a commencé sa vie politique en 1985 avec le Parti des Travailleurs (PT) , un parti crée à la sortie de la dictature, grâce à l’union sacrée des syndicalistes, des catholiques de gauche et des militants de la lutte armée.

Aux Présidentielles de 2010, déçue par les «affaires» qui entachent la réputation du PT – et disent certains, déçue de ne pas être choisie comme l’héritière par Lula qui lui préfère Dilma Rousseff, sa Chef de cabinet, alors que Marina est Ministre de l’Environnement- elle claque la porte du PT et va militer chez les Verts. Ils en font leur candidate. Score pour cette première présidentielle: 19,1% des voix. Médaille de bronze.

Le Partido Verde est une formation politique sans consistance qu’elle lâche finalement pour s’associer avec les socialistes du PSB aux Présidentielles de 2014. Elle s’y présente comme numéro 2, derrière un candidat, héritier d’une grande famille du Nordeste qui meurt dans un accident d’avion, en pleine campagne présidentielle.

Dans le traumatisme national qui suit cet accident, la côte de Marina atteint des sommets qui la propulsent, semble-t-il, à la Présidence. Mais elle s’effondre. Score pour cette deuxième campagne: 21,1% des voix du Brésil. Nouvelle médaille de bronze.

Si elle passe mal chez les pauvres qui la connaissent peu et dont elle a perdu les manières, elle est une star, la future «Obama brésilienne» sur la planète internationale des ongs et des artistes. Lula, l’ex-Président du Brésil est resté un prolétaire quand Marina Silva, sa ministre de l’Environnement est devenue une bourgeoise bohème. Conservatrice pour la gauche car elle est «évangéliste» et «cubaine» pour la droite car elle est issue du Parti des Travailleurs, Marina Silva pourrait pourtant sortir son pays de la polarisation qui le paralyse depuis 3 ans et bouleverser la donne. C’est en tous cas son ambition. Et le fait est: indépendamment des partis qu’elle traverse, Marina Silva existe.

Comme représentante de la forêt amazonienne, elle devra partager les feux de la rampe de la planète écolo avec Sonia Guajajara, un Indienne de 43 ans qui vient elle aussi d’Amazonie. La candidature à la Présidence de cette femme indigène est sans espoir. Au sein d’un petit parti d’extrême-gauche, le PSOL connu pour son éthique, elle vise à donner de la visibilité aux populations indigènes qui représentent 0,3% de la population. Or ils sont menacés par une loi, la PEC 215 qui souhaite en finir avec les démarcations et les légalisations de terres indigènes.

Comme évangéliste, Marina Silva devra chasser sur les terres de Jair Bolsonaro, considéré comme le «sauveur du pays» par l’extrême-droite. Il est le favori des masses urbaines, souvent évangélistes (32% de la population). Son beau-père est Edir Macedo, le patron de l’Église Universelle du Royaume de Dieu, qui bâtit des églises de 100 000 m2 pour recevoir 100 000 fidèles. Bolsonaro n’aime pas payer ses impôts. Elu, il dissoudra le Congrès. Machiste, homophobe, et raciste, il est partisan de la torture. Son parti, c’est lui plus son fils. Il est à la recherche des 3 députés nécessaires pour arriver à 5, le minimum pour participer aux débats télévisés.

Comme pauvre issue d’une région pauvre du Brésil, Marina partagera enfin la vedette avec Lula. Deux fois élu Président du Brésil en 2002 et 2006, l’ex-syndicaliste est un fondateur du Parti des Travailleurs. D’une famille de 7 enfants, il a vu mourir ses deux épouses. Enfant, il est cireur de chaussures et vendeur de cacahuètes. Adulte et métallurgiste, il perd un doigt. Venu au Sud avec les colonnes de migrants du Nordeste, une région semi- désertique, l’homme qui s’est fait tout seul est maintenant crucifié sur l’autel de la lutte anti-corruption et du show télévisé permanent.

Diabolisé par les uns, victimisé par les autres, il est l’homme de la Bourse Famille, de la Bourse Forêt, du programme social Faim Zéro - qui a fait sortir le Brésil de la carte mondiale de la Faim, l’homme de la Nouvelle Classe Moyenne - qui a fait monter 40 millions de pauvres en classe moyenne, l’homme des Brics – organisateur du 1er sommet des pays émergents en 2010 à Brasilia. Il bénéficie de 30% des intentions de vote et pourrait être élu au 1er tour, après 8 ans d’absence de la Présidence. A moins qu’il ne soit décrété inéligible le 24 janvier prochain…

En 2018, Marina Silva tentera la magistrature supérieure pour la 3eme fois. C’est le chemin que Lula avait pris avant elle en 1989, 1994, 1998. Or une partie de l’électorat féminin n’a pas digéré l’éviction musclée de Dilma Rousseff, la première femme élue Présidente du Brésil, par son numéro 2 Michel Temer. Cet électorat se souviendra que l’unique femme de poids dans la mêlée a aussi voté pour son exclusion. En 2018, le monde sera dans le compte à rebours des questions de climat. Marina Silva a les faveurs des institutions internationales car elle est le seul candidat à pouvoir poser les enjeux environnementaux avec clarté. L’écologiste, l’évangéliste, la femme, l’héritière…

Pour vaincre, son parti devra définir son idéologie, pour l’instant à géométrie variable. Elle flirte avec les doctrines néo-libérales, notamment sur la question des retraites. L’un de ses soutiens, héritière de la plus grande banque privée du pays lui a donné 1 million pour sa campagne en 2010. Son autre allié est un homme d’affaires, fondateur d’une grande marque bio de cosmétiques. Il lui a donné 11 millions. Faute de quoi, cette militante de l’ écologie restera une outsider, dans un pays où les arbres et le climat comptent peu face à la corruption et à la violence.

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