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Brésil : ce que révèle la mise en examen du «tucano»

Esma Ben Said   | 02.05.2018
Brésil : ce que révèle la mise en examen du «tucano»

Rio de Janeiro
AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Alors qu’Aécio Neves, principal acteur politique du centre droit vient d’être mis en examen, à Brasilia, la Cour Suprême essuie une fronde de la part du juge régional Sergio Moro.

On les appelle les «tucanos» du nom du toucan, cet oiseau exotique au large bec et plumage jaune et bleu, venu de la Forêt Atlantique, sur le littoral brésilien.

Le jaune et bleu sont les couleurs de leur parti et le toucan, leur emblème.

Les «tucanos» ce sont les membres du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira), un parti de centre droit crée à la sortie de la dictature lors de la re-démocratisation et devenu depuis l’un des principaux acteurs politiques du pays.

Le sénateur Aécio Neves en était il y a peu le Président. Il était également le candidat malheureux contre Dilma Roussef aux dernières présidentielles de 2014.

Mais en 2017, il a du démissionner de la présidence de son parti.

Rattrapé par les «affaires», il a été formellement mis en cause par «les rois de la viande», une multinationale brésilienne de l’agro-alimentaire.

Pourtant et contre toute attente, ce qui surprend c’est qu’il passe finalement devant les juges.

En effet, sa mise en examen prévue depuis plus d’un an était en permanence repoussée. Dirigée par le juge régional Sergio Moro, la tentaculaire opération anti-corruption dans laquelle son procès s’insère, souffrait de discrédit pour cette «sélectivité», auprès d’une partie de la population.

Il y a quelques jours, le journal populaire O Dia faisait remarquer qu’en 4 ans, depuis les débuts de l’Opération Lava Jata, aucun membre du parti «toucano», n’a été emprisonné ou même condamné.

Pourtant dans ses rangs, nombreux sont ceux, hormis Aécio Neves, qui font l’objet d’une inculpation pour corruption, financement occulte de campagne ou détournement d’argent public.

Par exemple, le sénateur José Serra, ex-ministre des affaires extérieures du gouvernement Temer, dont le procès a été archivé ou l’actuel gouverneur de l’État de Sao Paulo, Geraldo Alckmin, pré-candidat aux prochaines Présidentielles, poursuivi pour «quartel» dans les transports.

En nombre de membres poursuivis, le PSDB est même le 4ème parti du Brésil. Pourtant pas un de ces membres à ce jour n’a été condamné.

Selon le journal O Dia, les raisons sont claires: «la connivence entre Aécio Neves et le juge Moro est notoire» .

A contrario, 16% des accusés à peine appartiennent au Parti des Travailleurs mais ce sont eux qui ont été condamnés en premier, y compris sa figure la plus emblématique, Lula lui-même.

La méga opération anti-corruption dite «Lavage Express» qui pour le meilleur et pour le pire a détruit le Brésil, en est aujourd’hui à sa cinquantième phase.

Derrière ces différentes phases, aux noms de code cinématographiques tels Casablanca, Jugement Dernier, Corrosion, Radioactivité, My Way, Patmos, Sothis, se cachent l’ensemble de la classe politique ainsi que les principales multinationales brésiliennes, de l’énergie (Petrobras, Iesa Oleo e Gaz, Engevix) , du bâtiment (OAS, Odebrecht, Camargo Correia, Querioz e Galvao ) ou de l’agro-alimentaire (J&F, BRF).

Les chiffres de «Lava-Jato» contre cette corruption «systémique» donnent le vertige.

En 4 ans, depuis mars 2014, près de 1800 dossiers ont été instruits, quelque 1000 perquisitions et mandats d’amener ont été exécutés et 160 accords de délation récompensée ont été signés.

Onze milliards d’euros (43 milliards de réais) dont 5 milliards d’euros uniquement pour Petrobras ont été détournés des coffres publics. Un quart a été récupéré et une partie (moins d’un milliard de réais) a été rapatriée de comptes suisses.

Selon la Police Fédérale elle-même, 188 personnes ont été inculpées et le cumul des peines prononcées avoisine à ce jour près de 2 000 années de prison.

Mais le juge régional de première instance Sergio Moro qui a déclenché cette nécessaire opération de moralisation de la vie publique est également critiqué pour sa très grande partialité.

Auto-érigé en justicier, il est souvent juge et partie, faisant à la fois l’instruction des procès et les jugements.

Outre qu’il n’a pu éviter la mise en examen d’Aécio Neves, il essuie maintenant un revers de la part de sa héirarchie.

Responsable du tentaculaire dossier de corruption «Lava-Jato» (Lavage Express), il vient en effet d’être dessaisi d’une partie de cette enquête par la Cour Suprême.

Le STF, cour de «sages» sise à Brasilia vient en effet de demander au petit juge de province en Première Instance de lui transmettre le volet «Lava-Jato» concernant l’entreprise du bâtiment et travaux publics Odebrecht.

Ce volet du dossier entend faire rebondir les supposées affaires de corruption autour de Lula, en l’occurence une propriété à la campagne. L’ex-président Luis Inacio Lula da Silva nie en être le propriétaire.

Mais que le juge Moro s’acharne à décrire cette maison de campagne comme un pot de vin offert par Odebrecht à la famille de Lula.

La Cour Suprême semble gênée par ce harcèlement, devenu visible et sur le discrédit que le juge Moro pourrait jeter à terme sur le système juridique brésilien.

Pourtant le juge de Curitiba n’en a cure. Sans plus de protocole, il vient de faire savoir à la Cour Suprême qu’il refusait de lui répondre.
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