Australie : L’Adelaide Festival menacé de paralysie après l'éviction de la palestino-australienne Randa Abdel-Fattah
- Parmi les défections les plus notables figurent l'ancienne Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, ainsi que les auteurs de renommée mondiale Zadie Smith, Percival Everett, Yanis Varoufakis
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
L'édition 2026 de l'Adelaide Writers’ Week (AWW) traverse une crise institutionnelle sans précédent, marquée par l’effondrement de sa direction et un boycott massif de la part de la communauté littéraire internationale.
La « cohésion communautaire » invoquée par le Conseil
Cette situation fait suite à la décision du conseil d'administration, annoncée le 8 janvier 2026, de déprogrammer l'autrice australo-palestinienne Randa Abdel-Fattah pour des raisons de « sensibilité culturelle » liées à la récente tragédie de Bondi. Dans un communiqué publié jeudi le Conseil a déclaré avoir agi au nom du rôle du festival dans la « promotion de la cohésion communautaire ». Se disant « choqué et attristé par les événements tragiques de Bondi », l'organisme a expliqué que le « deuil national » et « l'exacerbation significative des tensions » ont imposé une révision de ses opérations. Le Conseil a ainsi « formé le jugement qu'il ne souhaitait pas donner suite à la participation prévue » de la Dr Abdel-Fattah. Bien que le Conseil précise qu'il « ne suggère en aucune façon que la Dre Randa Abdel-Fattah ou ses écrits aient un quelconque lien avec la tragédie de Bondi », il estime qu'en raison de ses « déclarations passées », il ne serait pas « culturellement sensible » de maintenir sa programmation « si peu de temps après Bondi ».
Un boycott international d'une ampleur inédite
Le mouvement de protestation contre cette éviction a pris une dimension mondiale, entraînant le retrait de plus de 180 participants, selon The Guardian. Parmi les défections les plus notables figurent l'ancienne Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, ainsi que les auteurs de renommée mondiale Zadie Smith, Percival Everett, Yanis Varoufakis.
Parallèlement, dix-sept leaders du monde des arts ont signé une lettre ouverte exigeant la réintégration de l'autrice, alors que l'historien Henry Reynolds dénonce une « reddition inexcusable » face aux pressions politiques.
Condamnations politiques : « Un précédent glaçant »
La réaction politique ne s'est pas fait attendre. La sénatrice australienne Lidia Thorpe a apporté un soutien à l'autrice, qualifiant la décision du Conseil d'« intrinsèquement raciste ».
Selon la sénatrice, amalgamer l'identité et l'œuvre de Randa Abdel-Fattah avec l'attaque de Bondi « favorise activement la désinformation, la division et la violence raciale ».
Thorpe a dénoncé lundi, sur le réseau social américain X, l'utilisation de la tragédie de Bondi pour légitimer une campagne contre les protestations pacifiques, qualifiant cette dérive de « précédent glaçant ». Elle a également salué tous les participants ayant boycotté le festival et a exigé des excuses officielles ainsi qu'une compensation financière pour l'autrice.
Le boycott de Yanis Varoufakis a également déclenché un débat de fond au sein de la diaspora grecque en Australie. Interpellé par un citoyen d'origine hellénique qualifiant son retrait d'« effroyable » et défendant l'éviction d'un discours jugé incompatible avec les valeurs démocratiques, l'ancien ministre grec Varoufakis a nié lundi sur le réseau social américain X, toute incitation à la haine de la part de l'autrice. Il a affirmé que Randa Abdel-Fattah prône simplement l'égalité de tous devant la loi et que les défenseurs des institutions australiennes devraient être « scandalisés » par le silence imposé à l'autrice.
Effondrement de la direction et vide juridique
Le festival subit une décapitation de son instance dirigeante avec la démission immédiate de la présidente du conseil, Tracey Whiting, ainsi que de trois autres membres : Daniela Ritorto, Donny Walford et Nick Linke. Ce départ place l'organisation dans une impasse légale critique : selon l’Adelaide Festival Corporation Act 1998, le conseil doit impérativement compter au moins deux hommes et deux femmes pour siéger valablement. Or, le départ de Linke laisse Brenton Cox comme seul représentant masculin, privant potentiellement le conseil de son autorité légale pour prendre des décisions concernant l'événement de 2026, affirme la presse locale.
Tensions internes et accusations de censure
Les documents révèlent que cette crise couvait depuis plusieurs mois. En octobre 2024, le membre du conseil Tony Berg avait déjà démissionné pour protester contre la programmation de Randa Abdel-Fattah, accusant la directrice du festival, Louise Adler, de favoriser des auteurs aux positions « anti-israéliennes ». En réponse, l’autrice, qui a envoyé une mise en demeure juridique au festival, a qualifié son éviction de « racisme anti-palestinien flagrant » et a dénoncé une tentative « méprisable » de l’associer à la tragédie de Bondi, soulignant que les institutions culturelles ne tolèrent les voix palestiniennes que lorsqu'elles sont « silencieuses et invisibles ».
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