Affaire Albanese: la CNCDH appelle la France à « rectifier » ses accusations et dénonce une « ingérence inacceptable »
- La CNCDH rappelle que la critique des politiques d'un gouvernement, « y compris celui d'Israël », relève de la liberté d'expression et « ne saurait être assimilée à de l'antisémitisme »
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a exprimé sa « vive préoccupation » après les déclarations du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, visant la Rapporteure spéciale de l'ONU Francesca Albanese, et accuse le gouvernement d’avoir déformé ses propos et de menacer l’indépendance des procédures onusiennes.
Dans une lettre datée du 14 février et consultée par Anadolu, le bureau de la CNCDH condamne les critiques formulées le 11 février à l’Assemblée nationale par le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot à l’encontre d'Albanese, chargée de la situation des droits de l'Homme dans les territoires palestiniens occupés.
La CNCDH rappelle que la critique des politiques d'un gouvernement, « y compris celui d'Israël », relève de la liberté d'expression et « ne saurait être assimilée à de l'antisémitisme ». Confondre critique politique et haine d'un peuple porte atteinte au débat démocratique et « vide de leur sens les efforts légitimes et nécessaires de lutte contre l'antisémitisme », prévient la lettre.
« Déformation manifeste »
L'institution estime que les accusations portées contre l'experte reposent sur une « déformation manifeste » de ses propos tenus lors d'un forum d'Al Jazeera à Doha le 7 février. Selon la Commission, Albanese n'a jamais qualifié Israël d'« ennemi commun de l'humanité », mais visait « le système qui a permis le génocide en Palestine ». La commission affirme qu'Albanese a dénoncé le système international qui permet la poursuite de violations graves du droit international.
La CNCDH souligne qu'une clarification a été publiée dès le 9 février par la Rapporteure, précisant cette distinction. « Cette manipulation des propos d’une experte indépendante de l’ONU est d’une gravité extrême en ce qu’elle porte atteinte à l’intégrité du débat public », souligne le bureau de la Commission, présidé par Jean-Marie Burguburu.
Menace sur l’indépendance de l’ONU
La Commission s’alarme également des remises en cause de l’expertise et de l’indépendance d'Albanese, qualifiée par le ministre de « militante politique qui agite des discours de haine ». Pour la CNCDH, ces attaques visent à « délégitimer » les constats documentant des violations graves des droits de l'Homme.
Elle rappelle que la Rapporteure, dont le mandat a été reconduit en avril 2025, agit selon des procédures rigoureuses du Conseil des droits de l'Homme. « Contester leur légitimité au motif qu'ils accomplissent leur mission constitue une attaque directe contre le système onusien de protection des droits de l'Homme », insiste le texte.
Un « précédent dangereux »
La CNCDH met en garde contre la demande de démission formulée par Paris, y voyant une « ingérence inacceptable » et ajoute que « si cette démarche devait aboutir, elle créerait un précédent extrêmement dangereux ». Selon l'institution, une telle démarche pourrait fragiliser l'ensemble des procédures spéciales de l'ONU (torture, liberté d'expression, environnement), exposant les experts à des pressions dès lors que leurs rapports déplaisent aux États.
L'institution estime que « cette démarche est d'autant plus préoccupante qu'elle émane d'un État membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, membre du Conseil des droits de l'Homme et d'un pays qui se présente comme un défenseur du multilatéralisme » et que la France porterait une « responsabilité historique » dans l'affaiblissement des mécanismes de protection internationale.
En conclusion, la CNCDH appelle le gouvernement français à renoncer à sa demande de démission et à « rectifier publiquement les propos inexacts » attribués à Albanese.
Une « campagne coordonnée » selon l’UNRWA
Le Commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, s'est également exprimé sur les réseaux sociaux, dénonçant des « campagnes coordonnées visant à discréditer et à faire taire » ceux qui signalent des violations des droits humains à Gaza.
Pour le chef de l'agence onusienne, ces attaques cherchent à « affaiblir les mécanismes indépendants limités de reporting ». Une inquiétude partagée par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), qui s'est alarmé du « harcèlement et des pressions » croissants exercés par certains États membres contre les rapporteurs.
