Actions d’Israël en Palestine : « aboutissement de décennies d’échec moral et politique », selon un rapporteur de l’ONU
- « Par des actions illégales et des omissions délibérées, trop d’États ont armé, financé et protégé l’apartheid militarisé d’Israël dans le territoire palestinien occupé », a déclaré Francesca Albanese
Ontario
AA / Hamilton / Merve Aydogan
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés (TPO) a déclaré mardi qu'Israël commettait un génocide dans la bande de Gaza.
Francesca Albanese a qualifié ces attaques de « point culminant de décennies d'échec moral et politique » et a condamné la complicité des pays qui continuent d'armer et de soutenir Israël.
« Au 751e jour du génocide à Gaza, je tiens tout d'abord à rendre hommage aux victimes et aux survivants de tous les génocides, passés et présents », a déclaré Mme Albanese dans un discours virtuel prononcé devant la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations Unies.
Elle a ajouté que son rapport sur les TPO révèle que « ces horreurs ne sont pas une aberration, mais l'aboutissement de décennies d'échecs moraux et politiques au sein d'un ordre mondial colonial résilient, soutenu par un système mondial de complicité ».
Notant que de nombreux pays ont facilité l’offensive d’Israël contre Gaza, elle a déclaré : « Par des actions illégales et des omissions délibérées, trop d’États ont armé, financé et protégé l’apartheid militarisé d’Israël dans le territoire palestinien occupé, permettant à son entreprise coloniale de se transformer en génocide — le crime ultime contre le peuple autochtone de Palestine. »
Elle a indiqué que « plus de 240 000 personnes ont été tuées ou blessées, des milliers sont portées disparues, ensevelies sous les décombres ou détenues dans les prisons israéliennes », ajoutant que Gaza « reste étouffée, affamée et dévastée ».
Albanese a également critiqué les États-Unis pour les sanctions imposées à son encontre.
« Je regrette profondément de ne pas pouvoir présenter ce rapport en personne, en raison de sanctions illégales et malveillantes imposées à mon encontre par les États-Unis pour avoir rempli mon mandat onusien », a-t-elle déclaré.
« Ces mesures constituent une attaque contre l’ONU elle-même — contre son indépendance, son intégrité et son âme même », a-t-elle ajouté.
Appelant les États à passer à l’action, elle a déclaré : « Les États doivent obtenir un cessez-le-feu permanent à Gaza, le retrait total d’Israël de chaque parcelle du territoire palestinien occupé et le démantèlement des colonies. »
Elle a averti qu’en cas de blocage persistant du Conseil de sécurité de l’ONU, « cette assemblée devra agir dans le cadre de la résolution “Unis pour la paix”, de manière plus ferme qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent. »
« Des ruines de Gaza et de l’espérance venue d’Afrique du Sud, à travers la résilience du peuple palestinien — puisse émerger un nouveau multilatéralisme : non pas une façade, mais une architecture vivante des droits et de la dignité du plus grand nombre, et non des privilèges de quelques-uns », a-t-elle déclaré.
Albanese a aussi réagi à l’attaque virulente du représentant israélien auprès de l’ONU, Danny Danon, qui l’a accusée de pratiquer la sorcellerie dans son discours.
« Il est grotesque et franchement délirant qu’un État génocidaire soit incapable de répondre au fond de mes conclusions, et que la meilleure riposte qu’il trouve soit de m’accuser de sorcellerie. Soit. C’est vous qui êtes accusés de génocide ; si le pire que vous puissiez me reprocher est la sorcellerie, je l’accepte », a-t-elle dit. « Si j’avais le pouvoir de lancer des sorts, je ne l’utiliserais pas pour me venger. Je l’utiliserais pour mettre fin à vos crimes une fois pour toutes et faire en sorte que les responsables finissent derrière les barreaux. »
Le président du comité a réprimandé Danny Danon pour son attaque virulente.
Albanese a ensuite tenu une conférence de presse virtuelle au sujet de son rapport, soulignant l’importance de soutenir la décision de l’Afrique du Sud d’intenter une action pour génocide contre Israël devant la Cour internationale de Justice (CIJ).
« Il ne s’agit pas seulement de la Palestine. Il s’agit de la survie des Nations unies selon leurs valeurs et leurs normes fondamentales », a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité de « forger un nouveau multilatéralisme, non pas au service de quelques-uns, mais du plus grand nombre, fondé sur la dignité humaine, l’égalité des droits et la justice ».
Interrogée sur les attaques personnelles dont elle fait l’objet, elle a répondu qu’elle ne les ressentait « presque » plus.
« Ce que j’entends le plus fort, c’est le cri pour la fin de la brutalité et du génocide à Gaza, la fin du nettoyage ethnique en Cisjordanie, le cri des peuples qui en ont assez et sont écœurés par le génocide en cours, y compris dans mon propre pays », a-t-elle déclaré.
Au sujet du refus d'entrée sur le territoire américain, Albanese a déclaré : « Il n'y a pas grand-chose à dire, si ce n'est que cela a été fastidieux. »
« Je ne suis pas là pour me disputer avec les États-Unis à propos de ma présence à New York. J’étais heureuse d’être en Afrique du Sud, parmi des personnes qui méritent ma présence », a-t-elle ajouté.
Répondant à une question sur « l’échec » de la Cour pénale internationale (CPI) à émettre davantage de mandats d’arrêt, Albanese a décrit la Cour comme étant « étouffée ».
« J’aimerais savoir si, dans cinq ou dix ans, si les choses continuent ainsi, la CPI existera encore », a-t-elle déclaré, ajoutant : « Nous ne parlons pas d’un futur dystopique ; nous vivons déjà un moment dystopique, où des États membres, des États influents, ne respectent clairement plus les règles et affirment ouvertement qu’ils n’ont plus besoin du système international. »
Soulignant que « la Palestine est un test », elle a critiqué l’ONU pour son échec à Gaza et déclaré : « L’ONU a été créée pour protéger la paix et la stabilité, pour prévenir les conflits à long terme. Elle parvient à éviter au moins une guerre nucléaire, mais à Gaza, elle a échoué lamentablement. »
« Elle a échoué à faire appliquer le droit international, ce qui, pour moi en tant que juriste, est la responsabilité la plus grave », a-t-elle poursuivi, accusant l’ONU de devenir « de plus en plus insignifiante ».
*Traduit de l'anglais par Ben Amed Azize Zougmore
