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« Un coup dur porté à l’espoir » : la médecin marocaine Zineb Al-Mazabri témoigne de l’enfer sanitaire à Gaza

- Le système médical à Gaza est détruit, et le personnel soignant n'est plus en mesure de subvenir à ses besoins

Khalid Mejdoub  | 06.01.2026 - Mıse À Jour : 06.01.2026
« Un coup dur porté à l’espoir » : la médecin marocaine Zineb Al-Mazabri témoigne de l’enfer sanitaire à Gaza

Rabat

AA / Rabat / Khalid Mejdoub

La médecin marocaine Zineb Al-Mazabri, spécialisée en chirurgie et en gynécologie-obstétrique, a qualifié la situation sanitaire dans la bande de Gaza de « coup dur porté à l’espoir », soulignant que le système médical est détruit et que les équipements sont quasi inexistants, compliquant considérablement le travail des médecins locaux et des équipes médicales étrangères.

Elle a indiqué que les personnels médicaux palestiniens ne sont plus en mesure d’assurer leur subsistance, ajoutant que la simple présence d’un médecin venu de l’étranger leur redonne un sentiment d’espoir.

Al-Mazabri, première médecin marocaine à s’être rendue à Gaza en décembre dernier, a affirmé que la Palestine est une cause permanente, indépendante du temps, rappelant que les Marocains œuvrent constamment pour la soutenir et se tenir aux côtés de son peuple.

Dans un entretien accordé à Anadolu, elle a déclaré : « Je suis entrée dans la bande de Gaza par le point de passage de Rafah et j’ai découvert une ville entièrement détruite, où il est difficile de trouver un bâtiment encore debout ; tout a été rasé. »

Israël a lancé, le 8 octobre 2023, une guerre qualifiée de génocide dans la bande de Gaza avec le soutien des États-Unis, faisant plus de 71 000 morts palestiniens en deux ans et plus de 171 000 blessés.

Cette offensive a également provoqué la destruction d’environ 90 % des infrastructures civiles, y compris les établissements de santé, avec un coût de reconstruction estimé par les Nations unies à près de 70 milliards de dollars.

Évoquant la réalité vécue à l’intérieur du territoire, Al-Mazabri a indiqué que les habitants de Gaza vivent dans des lieux qui ne peuvent être qualifiés de véritables bâtiments, mais plutôt de restes de murs incapables de protéger de la chaleur ou du froid.

Elle a souligné la souffrance des enfants, affirmant : « Ils vivent dans des immeubles délabrés susceptibles de s’effondrer à la première frappe aérienne, tandis que d’autres habitent dans des tentes usées qui ne protègent ni de la chaleur estivale ni du froid hivernal. »

Elle a ajouté : « Des enfants marchent pieds nus, vêtus de haillons, aux corps frêles, dans des scènes qui suscitent un profond sentiment d’impuissance et d’oppression, alors que l’on perçoit dans leurs regards une tentative de résistance et de force. »

- Le secteur de la santé

La médecin marocaine a expliqué que le système de santé à Gaza est détruit dans ses fondements, précisant qu’environ 94 % des hôpitaux ont été totalement ou partiellement détruits, y compris l’hôpital Al-Shifa, le plus grand du territoire.

« Il ne s’agissait pas seulement d’une attaque contre le secteur de la santé, mais d’un coup dur porté à l’espoir lui-même, car cet hôpital représentait l’unique espoir de traitement pour de nombreuses personnes », a-t-elle déclaré.

Elle a également évoqué la destruction quasi totale des équipements médicaux, ce qui entrave gravement la mission des médecins, qu’ils soient palestiniens ou membres de délégations médicales étrangères.

Al-Mazabri a souligné l’incapacité à poser des diagnostics ou à réaliser des interventions médicales en raison de l’absence d’équipements essentiels, indiquant que sept appareils d’IRM ont été entièrement détruits, tandis qu’il ne reste que sept scanners sur un total initial de trente.

Elle a ajouté que les médicaments sont rares, voire inexistants, et que le personnel médical palestinien souffre d’un épuisement extrême, beaucoup vivant avec leurs familles dans des tentes et travaillant 24 heures sur 24 pendant de longues périodes.

« Même les salaires des équipes médicales ne sont plus versés régulièrement, lorsqu’ils existent encore. L’ensemble du système économique s’est effondré, et le médecin ou l’infirmier n’est plus en mesure d’assurer la subsistance de ses enfants ou de sa famille », a-t-elle poursuivi.

Durant les deux années de guerre, l’armée israélienne a délibérément ciblé le système de santé en bombardant les hôpitaux, les infrastructures médicales, les dépôts de médicaments, en prenant pour cible les personnels de santé, en arrêtant certains d’entre eux et en empêchant l’entrée de médicaments et de fournitures médicales.

- Pénurie de personnel médical

La médecin marocaine a également évoqué une pénurie sévère de ressources humaines et d’équipements médicaux à Gaza, indiquant qu’elle était parfois contrainte de pratiquer des interventions chirurgicales avec des moyens extrêmement rudimentaires.

Elle a précisé que la majorité des cas arrivant dans les hôpitaux sont complexes et présentent des complications directement liées à la guerre, ajoutant que la malnutrition a fortement affecté les femmes enceintes, entraînant un affaiblissement notable des fœtus.

Elle a expliqué que les femmes en début de grossesse souffrent d’infections, de septicémies et d’autres complications en raison de l’absence de médicaments, d’eau et de conditions d’hygiène adéquates.

Al-Mazabri a souligné l’impact psychologique majeur sur les femmes enceintes, affirmant que « chaque femme enceinte que nous recevions avait perdu son mari, l’un de ses enfants, son père ou ses frères ; toutes avaient traversé la même épreuve que l’ensemble des habitants de Gaza ».

- Une histoire particulière

Selon la médecin marocaine, chaque Palestinien porte une histoire de souffrance particulière.
« Certains ont été extraits des décombres, d’autres ont perdu toute leur famille, d’autres encore vivent seuls en tant que déplacés. Il est rare de rencontrer une seule personne — parmi le personnel médical, les patients ou les autres Palestiniens — qui n’ait pas vécu une histoire douloureuse », a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté : « Je n’ai rencontré personne qui n’ait pas traversé une épreuve personnelle et difficile ; tous ont vécu la même crise, chacun racontant la même histoire sous des formes différentes. »

Al-Mazabri a appelé chaque médecin et chaque être humain à réfléchir à ce qu’il peut offrir aux Palestiniens, soulignant qu’ils ont besoin de tout, et avant tout d’espoir.

Elle a également indiqué que des milliers de blessés ont besoin de soins à l’étranger, mais que les procédures d’évacuation sont extrêmement difficiles, mettant la vie de certains en danger.

Elle a exhorté à exercer toutes les formes de pression possibles pour permettre l’entrée de fournitures et d’équipements médicaux, rappelant que « des milliers de patients ont un besoin urgent d’aide ».

La médecin marocaine a expliqué que l’une de ses motivations pour se rendre à Gaza était d’accomplir son devoir moral devant Dieu, affirmant avoir tenté de faire ce qu’elle pouvait.

« Quand je suis partie, je portais des blessures plus lourdes encore que celles avec lesquelles j’étais arrivée. Celui qui voit n’est pas comme celui qui entend ; là-bas, on ressent des émotions profondes, comme si l’on quittait sa famille sous les bombes, comme si l’on les trahissait en partant », a-t-elle confié.

Elle a insisté sur le fait que « les Palestiniens ont réellement besoin de nous ».

« Malgré les bombardements directs, je n’ai pas ressenti de peur à Gaza. Au contraire, je croyais que si le martyre m’était destiné sur cette terre bénie, j’aurais été parmi les gagnantes », a-t-elle ajouté.

Elle a précisé que sa véritable crainte n’était pas pour elle-même, mais pour les habitants de Gaza, craignant que des personnes soient ensevelies sous les décombres ou que des blessés ne puissent être évacués ou secourus.

Des milliers de Palestiniens redoutent pour la vie de leurs proches malades ou blessés, en raison de l’impossibilité de voyager à l’étranger pour recevoir des soins, dans un contexte de grave détérioration du système de santé à Gaza.

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu en octobre dernier, le ministère de la Santé à Gaza a tenté de relancer partiellement le système sanitaire en rénovant certains bâtiments hospitaliers, mais l’ampleur des destructions empêche un retour à un fonctionnement normal.

Cette situation est aggravée par une pénurie aiguë de médicaments et de fournitures médicales, en raison des restrictions israéliennes strictes et continues imposées aux points de passage.

*Traduit de l'arabe par Wafae El Baghouani

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