Politique, Monde

‘’Tout le monde ne peut pas mourir en martyr’’, dit Yoro Cissé cousin d'Aboubakar Cissé tué dans une mosquée de France

– « Il priait beaucoup, même la nuit. Parfois, il se levait à 1h ou 2h du matin pour faire sa prière et adresser des invocations », a souligné Yoro Cissé, en évoquant son cousin tué à coups de couteau dans une mosquée de France

Esra Taşkın  | 09.05.2025 - Mıse À Jour : 09.05.2025
‘’Tout le monde ne peut pas mourir en martyr’’, dit Yoro Cissé cousin d'Aboubakar Cissé tué dans une mosquée de France

Ile-de-France

AA / Paris / Esra Taşkın

Yoro Cissé, cousin d'Aboubakar Cissé, un jeune musulman tué à coups de couteau dans une mosquée de France, a décrit son proche comme un croyant assidu, soulignant que « Tout le monde ne peut pas mourir en martyr. »

Le 25 avril, dans la mosquée Khadija de La Grand-Combe, dans le département du Gard, Olivier H. a sollicité l’aide d’Aboubakar Cissé pour apprendre à prier. Reconnu pour son engagement et sa dévotion au sein de la communauté, le jeune homme a accepté la demande.

Selon la presse française, au moment où Aboubakar Cissé se prosternait, Olivier H. l’a poignardé à près de 50 reprises avant de publier la vidéo de l’attaque sur les réseaux sociaux. Après avoir pris la fuite, l’agresseur s’est rendu deux jours plus tard à un commissariat de la ville italienne de Pistoia.

Olivier H. aurait accepté son extradition vers la France.

La dépouille du jeune musulman, rapatriée dans son pays natal, le Mali, devait être inhumée ce jour. Yoro Cissé, ainsi qu’Hamza l’un des premiers à avoir trouvé le corps sans vie dans la mosquée ont témoigné auprès d'Anadolu.

Yoro Cissé a expliqué que son cousin avait reçu une longue éducation religieuse dans une madrassa au Mali.

Avant même de partir pour la France, il était profondément attaché à sa foi, accomplissant régulièrement ses prières, y compris durant la nuit.

« Aboubakar était quelqu'un qui aimait beaucoup la religion, il priait beaucoup. Même dans la nuit, il se levait à 1h, 2h du matin pour faire ses prières et faisait ses invocations. Il a toujours été comme ça, et quand il est parti là-bas (en France), c'est sur ce même chemin qu'il a continué », a-t-il déclaré.

Il a également raconté que, lorsqu’Aboubakar Cissé avait vu sa demande d’asile rejetée, Yoro Cissé lui avait proposé de venir le rejoindre, mais celui-ci avait répondu : « Frère, franchement j'aimerais bien, mais j'ai trouvé une communauté qui m'aime tellement, des frères musulmans qui sont vraiment adorables, donc j'aimerais rester ici un peu. Je viendrai vous rendre visite de temps en temps. »


– « Ce que fait Dieu est toujours bien »

Yoro Cissé a confié avoir appris la mort de son cousin Aboubakar Cissé par téléphone, une nouvelle qu’il a eu du mal à croire. ‘’J'accepte, c'est la volonté d'Allah. Ça m'a tellement choqué, ça m'a tellement bouleversé, mais tout ce que Dieu fait est bien."

Parce qu'en tant que bon musulman nous croyons en ce que Dieu a dit dans le Coran : ceux qui disent, quand un malheur les atteint : "Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons.’’

Donc, ‘’on accepte avec croyance, et tout ce que Dieu décide, il faut qu'on l’accepte,’’ a-t-il expliqué.

Il a ajouté : ‘’Ça ne m'étonne pas que tout le monde parle d'Aboubakar comme ça, ça ne m'étonne pas que Dieu l'ait choisi pour qu'il meure comme ça, parce qu'il était beaucoup aimé. Ce n'est pas tout le monde qui peut mourir en martyr.’’


– « Je disais toujours qu’il était un ambassadeur de l’islam »

Hamza, un habitant de La Grand-Combe âgé de 57 ans, qui préfère garder l’anonymat, raconte être arrivé à la mosquée vers 11h15 le jour du drame.

Il a découvert Aboubakar Cissé allongé au sol : « Je lui ai dit “salam”, il n’a pas répondu. En m’approchant, j’ai vu qu’il baignait dans son sang, qu’il avait des coups de couteau dans le cou et au bas du dos, et qu’il ne bougeait plus. »

Espérant encore un signe de vie, il a vérifié s’il respirait, mais ne voyant aucun signe, il a immédiatement alerté ses amis. Les pompiers et la gendarmerie sont ensuite arrivés sur place.

Hamza décrit Aboubakar comme une personne très respectueuse, appréciée de tous dans la commune.

« Je travaille dans les écoles, et il ne se passait pas un jour sans que les enfants croisent Aboubakar sur le chemin. Ils l’appelaient tous par son prénom. Je disais toujours qu’il était un ‘ambassadeur de l’islam’. Si quelqu’un voulait se convertir, il n’avait qu’à regarder Aboubakar. C’était vraiment quelqu’un de bien’’, a souligné Hamza.

Et d'ajouter : « À midi, quand nous emmenions les enfants à l’école, il n’y a pas eu un seul jour où nous ne l’avons pas croisé sur le chemin. Tous les enfants l’appelaient simplement “Aboubakar”. Je disais toujours de lui qu’il était un “messager de l’islam”. Si quelqu’un voulait se convertir, il lui suffisait de regarder Aboubakar pour le faire. Ce que je peux dire de lui : c’était vraiment une très bonne personne. »

Hamza a déploré l'absence de soutien psychologique depuis l’attaque du 25 avril : « On nous a laissés comme ça, ignorés jusqu’à aujourd’hui. C’est difficile à vivre.»

Il raconte que le suspect Olivier H. est arrivé dans la commune dix jours avant le meurtre. « Olivier H. et sa famille vivaient volets fermés, parlaient peu avec les voisins. On ne les voyait pas, ils étaient tout le temps cachés, toujours en groupe. On ne les a jamais vus à la mosquée, parce qu’ils n’étaient pas musulmans », a-t-il confié.

Hamza dit aussi douter que la personne remise à la police en Italie soit réellement le suspect. « Les habitants de La Grand-Combe doutent fortement que l’individu actuellement en Italie soit véritablement Olivier H.’’, a-il fait observer.


– « S’il y avait eu plus de monde, cet homme aurait commis un massacre »

Hamza a indiqué que le transfert du suspect arrêté en Italie vers la France pourrait prendre plusieurs semaines. Il décrit la scène glaçante du crime : « Le suspect, après avoir commis le meurtre, s’est assis sur un banc dans la mosquée, a fumé une cigarette, a repris son vélo et est reparti comme il était venu. »

Hamza affirme que l’assaillant a poignardé Aboubakar plus de 57 fois et que les caméras de la mosquée ont enregistré la scène.

Il précise que l’attaque a duré quatre minutes avant que l’agresseur ne commence à filmer tout en continuant à poignarder sa victime. Selon lui, Aboubakar a été agressé alors qu’il enseignait la prière à l’assaillant.

Hamza rapporte aussi que l’homme portait un sac lourd et était en possession d’une arme. « S’il y avait eu plus de fidèles dans la mosquée, cet homme aurait commis un véritable massacre. Il n’est pas venu uniquement pour tuer Aboubakar ou un seul musulman », a-t-il dit.

Depuis l’attaque, une surveillance est assurée à l’extérieur pendant les prières à la mosquée Khadija : « Nous avons peur que quelqu’un se tienne derrière nous [pendant la prière] », conclut-il.


*Traduit du turc par Sanaa Amir

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
A Lire Aussi
Bu haberi paylaşın