Le chef d’état-major français juge l’allié américain « de moins en moins prévisible »
- Fabien Mandon regrette l’absence de concertation de Washington sur l’Iran, sur fond d’inquiétudes françaises pour la sécurité de ses forces et ressortissants
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a estimé ce mardi que les États-Unis étaient un allié « de moins en moins prévisible », regrettant l’absence de concertation de Washington avant son entrée en guerre contre l’Iran.
S’exprimant à l’ouverture du Forum de stratégie et de défense de Paris, le haut gradé a déclaré que la relation avec les États-Unis demeurait « très forte », tout en déplorant que les Américains aient décidé d’intervenir « au Proche et au Moyen-Orient sans nous prévenir ». Il a ajouté que cette situation avait « un impact sur notre sécurité » et « sur nos intérêts ».
Le général Mandon a rapproché cet épisode du retrait américain d’Afghanistan, qu’il a également présenté comme une décision prise sans concertation avec les alliés. Il a souligné que, dans le cas du conflit avec l’Iran, les forces françaises avaient dû réagir dans l’urgence afin de protéger les intérêts nationaux dans la région.
La ministre déléguée chargée des Armées, Alice Rufo, a pour sa part insisté sur la nécessité de la coordination au sein d’une alliance, en particulier pour la protection des ressortissants, les citoyens présents à l’étranger, des forces déployées et des partenaires de la France dans la région.
Elle a rappelé que la crise en cours avait eu des conséquences directes pour la France, évoquant des pertes et des blessés parmi les militaires français déployés dans la zone.
Organisé à l’École militaire à Paris, le Forum de stratégie et de défense réunit responsables politiques, militaires et experts autour des grands enjeux de sécurité. À cette occasion, Alice Rufo a également mis en avant plusieurs évolutions de la conflictualité contemporaine, parmi lesquelles la fragilisation du droit international, l’élargissement des champs de confrontation, notamment dans les domaines cyber, spatial et énergétique, et le rôle croissant des sociétés civiles dans les questions de défense.
Ces déclarations interviennent dans le contexte de la guerre déclenchée le 28 février par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, suivies de représailles de Téhéran par drones et missiles, qui ont étendu le conflit à plusieurs pays du Moyen-Orient.
Selon les Nations unies (ONU), plus d’un million de personnes ont été déplacées au Liban, dont environ 367.000 enfants, à la suite de l’intensification des frappes israéliennes. L’organisation a également fait état de frappes ayant touché des zones résidentielles à Beyrouth ainsi que des infrastructures de santé, dont trois hôpitaux publics endommagés.
La FINUL a signalé une dégradation marquée de la situation sécuritaire, évoquant des échanges de tirs intensifs et une intensification des opérations militaires. L’ONU appelle l’ensemble des parties à éviter une escalade et à respecter la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en 2006 pour mettre fin aux hostilités entre Israël et le Hezbollah.
Selon les autorités libanaises, les violences ont fait au moins 912 morts et plus de 2.200 blessés.
