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États-Unis : une Histoire à l’enseigne des massacres et des génocides

- L'Histoire retiendra des Etats-Unis le sang versé lors de ses forfaits, avec le génocide perpétré contre les Amérindiens et les Africains, ainsi que les massacres en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient

Övünç Kutlu   | 02.06.2021
États-Unis : une Histoire à l’enseigne des massacres et des génocides

Ankara

AA / Ankara / Ovunc Kutlu

La qualification controversée par le président américain, Joe Biden, des événements de 1915 entre Arméniens et Turcs en tant que ''génocide'', remet au premier plan les massacres qui ont marqué les 500 années de l'histoire américaine.

Le 24 avril, Joe Biden a qualifié les événements de 1915 de "génocide arménien", rompant ainsi avec la longue tradition des présidents américains qui se sont toujours abstenus d'utiliser ce terme.

Or, tout au long de l'histoire américaine, les États-Unis et leurs ascendants européens ont été impliqués dans de nombreux massacres et ont perpétré des génocides contre des peuples autochtones.

Le génocide est un acte commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, selon la Convention de Genève.

Dans cette optique, la conquête des Amériques en 1492 et la colonisation européenne qui s'en est suivie ont conduit à l'éradication systématique des peuples autochtones du continent.


- Le génocide des Amérindiens

La population des 13 colonies américaines est passée d'environ 2 000 personnes en 1625 à 2,4 millions en 1775, alors que les Amérindiens étaient contraints de quitter l'est de l'Amérique du Nord.

Après la déclaration d'indépendance des colonies vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1776 et la formation des États-Unis d'Amérique, les colons ont commencé à se déplacer vers l'ouest, se heurtant aux tribus Apache, Cherokee, Cheyenne, Chinook, Navajo et Sioux, qui furent alors décimées. Certains des noms de ces tribus sont aujourd'hui tristement attribués à des hélicoptères de guerre américains et à des véhicules sportifs.

La fête nationale de l'Action de grâce (Thanksgiving), célébrée en novembre, remonterait quant à elle aux années 1620. Il semble, selon certains historiens, qu’elle soit liée à un massacre d’indiens d’Amérique par des colons européens, qui après les avoir invités à un festin pour les remercier de leur aide et de leur accueil, les ont ensuite massacrés et remercié Dieu de leur avoir permis "d’éliminer les sauvages".

Les descendants survivants des tribus amérindiennes vivent dans la pauvreté dans des réserves indiennes octroyées par le gouvernement fédéral à travers les États-Unis.

Près de 100 millions d'autochtones de l'hémisphère occidental ont été tués ou sont morts prématurément du fait des Européens et de leurs descendants en cinq siècles, affirme l’historien américain et professeur à l'université d'Hawaii, David E. Stannard, dans son ouvrage intitulé "Holocauste américain : Christophe Colomb et la conquête du Nouveau Monde".

Environ 12 millions d'autochtones sont morts à l'intérieur des frontières géographiques actuelles des États-Unis entre 1492 et 1900, selon Russell Thornton, anthropologue américain de la nation Cherokee et professeur d'anthropologie à l'université de Californie à Los Angeles, dans son livre "Holocauste et survie des Indiens d'Amérique : Histoire de la population depuis 1492".


- L'esclavage et le génocide des Africains

Bien que les droits inaliénables - la vie, la liberté et la poursuite du bonheur - soient inscrits dans la Déclaration d'indépendance américaine, tous les habitants des nouvelles colonies ne sont pas considérés comme égaux.

Les colonies pratiquaient l'esclavage, introduit par les colons européens dans les Amériques depuis l'Ancien Monde (Europe), même si les protestants anglais se vantaient d'être puritains.

Selon une estimation prudente, 35 millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont été amenés d'Afrique vers le Nouveau Monde entre le 16e et le 19e siècle.

Selon la base de données sur la traite transatlantique des esclaves, quelque 12,5 millions de personnes amenées en Amérique du Nord ont été utilisées comme main-d'œuvre gratuite dans les champs et ont travaillé dans des conditions éprouvantes.

La répression systématique des Afro-américains par le gouvernement américain perdure encore aujourd'hui, dans l'application des lois, dans le système de santé et dans l'éducation.


- Les premières guerres des États-Unis

Un siècle avant d'obtenir des droits civiques et des libertés, les Afro-américains ont dû combattre au sein de l'armée américaine dans les guerres de l'homme blanc.

Plus de 200 000 Afro-Américains ont rejoint les forces de l'Union (Nord) pendant la guerre civile américaine, tandis qu'un nombre indéterminé d'Afro-Américains libres et esclaves ont été mobilisés pour des travaux manuels dans la Confédération (Sud). La guerre qui a débuté en 1861 et s'est poursuivie jusqu'en 1865 a fait 750 000 morts parmi les soldats et un nombre indéterminé de victimes parmi la population civile.

Malgré le renversement de la puissance coloniale qu’était la Grande-Bretagne, les États-Unis ont cherché à maintenir leurs intérêts coloniaux en Asie du Sud-Est à la fin du XIXe siècle.

Selon le "bureau de l'historien" du département d'État (Office of the Historian), environ 20 000 combattants philippins et jusqu'à 200 000 civils sont morts des suites des violences, de la famine et de la maladie pendant la guerre philippino-américaine qui a duré de 1899 à 1902.

Sur le front intérieur au début du 20e siècle, le massacre racial de Tulsa, Oklahoma en 1921 a vu des civils Blancs attaquer le quartier Afro-américains de la ville (Greenwood) et brûler les commerces et les maisons.

Près de 300 personnes afro-américaines ont été tuées et plus de 800 ont été blessées lors de ce massacre qui a laissé plus de 10 000 Afro-américains sans abri.

Joe Biden a déclaré mardi qu'il ne s'agissait pas d'une émeute, mais d'un "massacre" alimenté par la haine raciale, ajoutant : "Aussitôt après, un effort évident a été fait pour l'effacer de notre mémoire collective, des actualités et des conversations de tous les jours."


- La bombe atomique et les coups d'État durant la guerre froide

Les États-Unis, avec leurs alliés britanniques et français, ainsi que l'Union soviétique, sont sortis vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale contre l'Allemagne nazie. Mais cette fin de guerre a été marquée par le massacre américain contre le Japon dans le Pacifique et l'avènement de la bombe atomique.

Les Japonais ont subi environ 110 000 pertes lors de la bataille d'Okinawa, la plus importante et la plus sanglante de la guerre.

Pour mettre fin à tout cela, les États-Unis ont largué deux bombes atomiques sur le Japon en 1945, qui ont tué environ 140 000 personnes à Hiroshima et 74 000 à Nagasaki, selon la campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires, une coalition de la société civile mondiale.

Après la guerre, les États-Unis sont devenus l'une des deux superpuissances restantes sur la scène politique mondiale et ont étendu leur champ d'action à l'Amérique du Sud, au Moyen-Orient, à l'Europe occidentale et à l'Extrême-Orient.

La première guerre par procuration de la guerre froide s'est déroulée en Corée de 1950 à 1953, avec plus de 930 000 morts parmi les Coréens et les forces chinoises. Du côté des civils, plus de 1 550 000 Nord-Coréens et 990 000 Sud-Coréens ont trouvé la mort, ce qui porte le nombre de victimes à près de 3,5 millions.

Afin d'exercer un contrôle sur les ressources pétrolières iraniennes, les États-Unis et le Royaume-Uni ont fomenté un coup d'État en 1953 pour renverser le premier ministre démocratiquement élu de l’époque, Mohammad Mosaddegh et renforcer le régime monarchique du shah Mohammad Reza Pahlavi. Le coup d'État a fait 300 morts, et on estime que 10 000 personnes ont été exécutées dans les années qui ont suivi.

Pendant la guerre froide, les États-Unis considéraient les pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud comme leur arrière-cour, de manière à tenir les gouvernements à l'écart du socialisme et du communisme.

En 1954, un coup d'État au Guatemala a déposé, avec le soutien des États-Unis, le président guatémaltèque démocratiquement élu, Jacobo Arbenz, et instauré la dictature militaire de Carlos Castillo Armas. Le Guatemala a sombré par la suite dans une guerre civile qui a duré trois décennies et a fait 200 000 morts.

Le coup d'État de 1973 au Chili, qui a renversé le gouvernement d'Unité Populaire du président Salvador Allende, a vu le général Augusto Pinochet prendre le pouvoir avec le soutien des États-Unis. Un rapport de la Commission vérité et réconciliation, publié en 1991, a révélé que plus de 2 000 personnes avaient été tuées pendant ces événements.

Entre 1977 et 1978, les États-Unis ont vendu pour plus de 120 millions de dollars d'équipement militaire à l'Argentine dans le cadre de l'opération Condor, qui a fait au moins 60 000 morts.


- La guerre du Vietnam

La guerre la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis a sans doute été celle du Viêt Nam, où Washington voulait contenir la propagation du communisme en Asie du Sud-Est. Le conflit a duré deux décennies et s'est également étendu au Cambodge et au Laos voisins.

Le nombre de civils vietnamiens morts est estimé à 2 millions, auxquels s'ajoutent 1,8 million de morts pendant les combats. Environ 18,2 millions de gallons d'agent orange ont été pulvérisés par des avions de guerre américains entre 1961 et 1971. Le gouvernement vietnamien a affirmé que 400 000 personnes ont été tuées par ce produit chimique et que 500 000 enfants sont nés avec des handicaps congénitaux.

Alors que la guerre civile cambodgienne a fait 300 000 morts, la guerre civile laotienne en a fait plus de 60 000. Cela porte le bilan du massacre à près de 4,2 millions de personnes.


- Irak et Afghanistan

Après l'Asie, les États-Unis ont jeté leur dévolu sur le Moyen-Orient dans les années 1990, avec la guerre du Golfe. La présence de Washington dans la région s'est intensifiée à la suite des attaques terroristes du 11 septembre aux États-Unis et a changé tout le paysage du Moyen-Orient.

La guerre du Golfe a fait environ 5 000 morts parmi les civils, mais ce sont les guerres suivantes qui ont vu le nombre de victimes augmenter de façon exponentielle.

Depuis le début de l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003, en passant par l'insurrection et la guerre civile, on estime que plus d'un million de personnes ont été tuées.

Environ 240 000 personnes sont mortes dans la zone de guerre des États-Unis en Afghanistan et au Pakistan depuis 2001.

En avril 2021, plus de 71 000 civils afghans et pakistanais auraient perdu la vie en conséquence directe de la guerre, selon l'université Brown.


*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj

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