Énergie : la France fixe son cap 2025-2035, avec un nucléaire consolidé et des renouvelables encadrées
- La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, adoptée par décret, acte la relance de l’atome, ajuste les objectifs solaire et éolien et prévoit une clause de réexamen dès 2027
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le gouvernement a présenté ce jeudi la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), document stratégique qui fixe les objectifs énergétiques de la France pour la période 2025-2035, avec un accent renforcé sur le nucléaire et une évolution plus mesurée des énergies renouvelables.
Dévoilée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, la nouvelle feuille de route vise à répondre aux enjeux de souveraineté, de compétitivité, de pouvoir d’achat et de décarbonation. Elle prévoit une hausse de la production énergétique décarbonée, notamment électrique, pour atteindre une progression comprise entre 19,5 % et 27,4 % en dix ans.
- Nucléaire, une place centrale
Le nucléaire, qui fournit environ les deux tiers de l’électricité française, occupe une place centrale dans cette stratégie. La PPE confirme la construction de six réacteurs de type EPR2 et prévoit de décider en 2026 du lancement éventuel de huit réacteurs supplémentaires. La trajectoire précédente prévoyant la fermeture de quatorze réacteurs est abandonnée. Les nouveaux EPR2 ne devraient toutefois pas contribuer aux objectifs de 2035, le premier étant attendu au mieux à l’horizon 2038.
- Energie renouvelables, un appel plus modéré
Les énergies renouvelables poursuivront leur développement, mais avec des objectifs différenciés selon les filières. La capacité installée de solaire photovoltaïque pourrait atteindre 48 gigawatts en 2030 et entre 55 et 80 gigawatts en 2035, contre près de 30 gigawatts en 2025. Le gouvernement prévoit un rythme d’appels d’offres plus modéré afin d’éviter d’éventuelles surcapacités.
- Eolien terrestre, renouvellement des parcs existants
Pour l’éolien terrestre, les objectifs sont revus à la baisse, avec une cible de 35 à 40 gigawatts en 2035, contre 45 gigawatts dans la précédente programmation. L’accent est mis sur le renouvellement des parcs existants. L’éolien en mer vise quant à lui une puissance installée de 15 gigawatts en 2035.
- Une hausse des capacités hydroélectriques
La feuille de route prévoit également une augmentation de 2,8 gigawatts des capacités hydroélectriques, dont 1,7 gigawatt pour les stations de transfert d’énergie par pompage. Elle fixe en outre un objectif de réduction de la part des énergies fossiles dans la consommation finale d’énergie à 40 % en 2030, contre 58 % en 2023.
Concernant les filières bas carbone non électriques, la production de chaleur renouvelable et de récupération devrait passer de 172 térawattheures en 2023 à entre 328 et 341 térawattheures en 2035. La production de biométhane est attendue entre 47 et 82 térawattheures en 2035, contre 9 actuellement. Les biocarburants pourraient atteindre entre 70 et 90 térawattheures. Pour l’hydrogène, les capacités d’électrolyse sont fixées à 4,5 gigawatts en 2030 et 8 gigawatts en 2035.
La programmation comporte pour la première fois une clause de réexamen dès 2027, destinée à ajuster la trajectoire en fonction de l’évolution de l’offre et de la demande, notamment d’électricité.
Faute de consensus parlementaire, la PPE sera adoptée par décret et publiée au Journal officiel. Les objectifs présentés demeurent indicatifs et pourront être ajustés après l’élection présidentielle de 2027.
La publication du texte a suscité des réactions critiques à droite et à l’extrême droite. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a appelé à suspendre la publication du document et a plaidé pour un arrêt des soutiens publics aux énergies renouvelables. Marine Le Pen a estimé qu’une publication constituerait une « lourde faute » du Premier ministre.
Sur le réseau social américain X, Sébastien Lecornu a déclaré avoir signé la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, affirmant que « la France ne vivra pas d’hésitations permanentes basées sur des querelles arriérées et hors-sol pendant que le monde se réorganise énergétiquement ».
