AA / Beyrouth / Rabii Damj
Au moment où la majorité des gens ont abandonné les livres pour plonger dans les réseaux sociaux, le libanais Abdullah Halabi, a décidé d'aller à contre-courant en transformant sa modeste boutique de commerce de légumes en bibliothèque.
Décision par laquelle l'homme a défié une réalité existentialiste exigeant un projet rentable et assurant un bénéfice matériel et à travers duquel il a couru le risque de faire confiance à la copie en papier du livre pour résister à l'avancée électronique.
Créer une bibliothèque a été pour Halabi le rêve qu’il caressait depuis sa tendre enfance et au moment où il voyageait à travers le pays, achetant les livres qui retenaient son attention.
Aujourd'hui, à l'âge de 53 ans, il a décidé de transformer son mini market en une petite bibliothèque.
La réalisation de ce rêve n’a pas été chose difficile. Cependant, cela avait été possible à la faveur de sa profonde conviction quant aux plaisirs de la lecture et à l'autorité du livre qui étaient plus puissants que les bénéfices générés par sa boutique.
Mais en ce qui concerne les livres et les recueils qui étaient exposés habituellement dans les bibliothèques générales, Halabi s’est fait aider par les œuvres qu’il a amassées pendant sa jeunesse et au cours de ses voyages en dehors du Liban.
En effet, à travers ses différents déplacements, il tenait à acquérir uniquement les livres qui lui plaisaient, les conservaient chez lui dans sa bibliothèque personnelle, tout en saisissant chaque occasion pour acheter des livres et des journaux de son pays, ce qui lui a permis de réunir une importante composition de connaissances.
Concernant son expérience unique avec les livres, Halabi a déclaré à Anadolu: "J’ai décidé avec ma famille de transformer le local qui nous garantissait des gains financiers en une bibliothèque gratuite".
"Une bibliothèque gratuite", tel était le grand rêve de Halabi. Une grande bibliothèque visitée par les chercheurs du plaisir de feuilleter un livre et de le lire, ainsi que par ceux qui croient que la feuille de papier demeure le joyau de la véritable connaissance.
Dix mille copies imprimées de livres, de journaux, de revues arabes et étrangères ont été archivées en faveur de l'expérience de la connaissance et de la lecture depuis les années 1940 du siècle dernier par Halabi dans sa maison et dont 17000 sont exposées dans sa bibliothèque.
Un "joyau" de connaissance installé dans le quartier populaire de Kaskas à l'ouest de la capitale libanaise Beyrouth, et qui ouvre ses portes quotidiennement pour accueillir des dizaines d'amoureux de lecture, de chercheurs et d'autres personnes.
Étant donné qu’il n’a pas pu fournir d’indications précises sur le nombre de ses visiteurs par jour, il demeurait toutefois certain que sa bibliothèque est la destination privilégiée pour des lecteurs de différents âges et professions, parmi lesquels certains viennent feuilleter des livres gratuitement ou pour en photographier quelques pages.
Il a ajouté avec un accent empreint de fierté : "il n y a pas d'âge ou de sexe précis de nos visiteurs mais les étudiants en constituent la frange la plus importante".
** Entre les dimensions culturelle et matérielle
La question évidente que posent plusieurs personnes quand il s'agit d’un projet culturel est de savoir comment un homme comme Halabi arrive-t-il à satisfaire les besoins de sa famille en se basant sur un projet non rentable.
Pour toute réponse, Halabi a indiqué qu’un bon nombre de visiteurs nationaux ou étrangers viennent acheter des livres. Il a ajouté qu’"un nombre important de clients communiquent avec nous par l'intermédiaire de nos pages spéciales ou par Facebook, et nous nous chargeons de leur faire parvenir et là où ils sont, les livres qu’ils demandent".
De surcroît, Halabi qui reçoit à titre d’aide des livres que lui fournissent certaines personnes, n'hésite pas à effectuer de longs déplacements quand le besoin se fait sentir, pour en disposer et les ajouter à sa bibliothèque.
Bien que l'aspect matériel ait une place prépondérante dans la vie de l’Homme, Halabi estime cependant qu’il existe d’autres aspects humains qui peuvent le dépasser tel que "le plaisir culturel ", selon son expression.
Dès son entrée dans sa bibliothèque, Halabi s'empresse d'offrir le café ou le thé à ses visiteurs avant de leur présenter les choix qui sont disponibles. Certains préfèrent monter au palier supérieur et s'isoler avec leurs livres tandis que d'autres choisissent de s'installer sous la lumière « a giorno » et écouter la musique douce et classique pour aller au cœur des histoires qui les amènent loin.
** Le parfum des livres ; Un vrai plaisir
Un nombre important de visiteurs de la bibliothèque sont unanimes pour dire que l'odeur des feuilles des livres a une caractéristique spéciale et différente de toute autre ; on y sent une âme et une chaleur que l’on ne retrouve pas dans les copies électroniques qui sont dénuées de toute vie.
Khadija Wahb, une jeune libanaise de 18 ans a déclaré à Anadolu qu’elle tient à visiter la bibliothèque dès l'ouverture de ses portes et à choisir ce dont elle a besoin en livres anciens et nouveaux. Elle a ajouté : "malgré mon jeune âge, j'adore le genre classique comme j'apprécie l’odeur des livres quand j’en feuillette les pages".
Khadija, qui était accompagnée par une de ses amies, a estimé que les livres ont une valeur importante chez les enfants de sa génération et ce, en dépit de l’image stéréotypée que diffusent les mass médias modernes et surtout les réseaux sociaux et qui présentent les nouvelles générations d'aujourd'hui comme vivant loin des livres.
Pour elle, tout ce qui est dit à ce sujet n’est absolument pas vrai et que des jeunes de son âge dévorent les livres et jugent que c’est un vrai plaisir dans la vie. Pour sa part, Houda Menimna (54 ans) a confié qu’elle trouve tout son bonheur dans la recherche de vieux et rares livres dans la bibliothèque de Halabi.
Houda juge que cette bibliothèque est un fait rare au Liban eu égard au nombre et à la variété des livres qu’elle recèle, ajoutant que "tout livre a une valeur que ne pourra égaler un mécanisme de recherche ou un site électronique".
Houda réserve deux ou trois jours par semaine pour visiter la bibliothèque à la recherche d’une information, d’une nouvelle ou d’un article archivé ou encore des œuvres rares sur l'histoire ou la littérature.
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