France / Budget 2026 : le redressement des comptes repose principalement sur des hausses d’impôts
- Adopté après plusieurs mois de débats, le budget 2026 mise principalement sur une hausse des impôts, surtout sur les entreprises, pour contenir le déficit public
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
La France s’est dotée mardi 02 février de son budget pour 2026, à l’issue d’un long processus parlementaire marqué par de nombreuses concessions du gouvernement, principalement envers le Parti socialiste, afin d’éviter une censure. Le projet de loi de finances (PLF), adopté définitivement, vise désormais un déficit public de 5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, contre 5,4 % attendus en 2025, alors que l’objectif initial était fixé à 4,7 %.
Selon les chiffres définitifs, le déficit public atteindrait 131,9 milliards d’euros en 2026. La dette publique progresserait quant à elle à 118,3 % du PIB en fin d’année, contre 117,9 % prévus dans la version initiale du texte.
Un redressement budgétaire porté à 75 % par les recettes
Alors que le gouvernement promettait à l’automne un effort équilibré entre économies sur la dépense publique et hausse des recettes, le compromis final repose à environ 75 % sur une augmentation des prélèvements obligatoires, contre 25 % provenant d’un effort sur les dépenses.
Les dépenses publiques augmenteraient de 38 milliards d’euros en 2026, soit une progression de 0,9 % hors inflation, bien supérieure à la cible initiale de 0,3 %. Elles représenteraient 56,7 % du PIB, contre 56,8 % en 2025. Les recettes publiques atteindraient 43,9 % du PIB, en hausse de 0,3 point.
Fiscalité des ménages : stabilité d’ensemble
Pour les ménages, le budget privilégie globalement la stabilité :
- Le barème de l’impôt sur le revenu reste indexé sur l’inflation, écartant l’hypothèse d’un gel qui aurait entraîné une hausse mécanique de l’imposition.
- L’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités au titre des frais professionnels est maintenu.
Les projets de nouvelles taxes sur les hauts patrimoines, comme la taxe dite « Zucman » ou une nouvelle version de l’impôt de solidarité sur la fortune, ont été abandonnés. En revanche :
- La contribution différentielle sur les hauts revenus est prolongée jusqu’à un retour du déficit public sous la barre des 3 % du PIB. Elle garantit un taux minimal d’imposition de 20 % pour les ménages percevant plus de 250 000 euros par an pour une personne seule, ou 500 000 euros pour un couple.
- Une nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales est instaurée, mais fortement allégée : elle devrait rapporter environ 100 millions d’euros par an, contre un milliard espéré initialement.
Un effort fiscal concentré sur les entreprises
La principale contribution à l’effort budgétaire repose sur les entreprises, en particulier les plus grandes :
- La contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises, instaurée en 2025, est prolongée à un niveau quasi inchangé, pour un rendement estimé à 7,3 milliards d’euros, au lieu des 4 milliards initialement anticipés pour 2026.
- La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), impôt assis sur l’activité économique, est maintenue malgré les engagements antérieurs de baisse. Elle rapporte environ 1,3 milliard d’euros et doit, selon le gouvernement, être supprimée en 2030.
Ces mesures ont été critiquées par plusieurs organisations patronales, qui dénoncent une pression fiscale excessive et un signal négatif envoyé aux acteurs économiques.
Dépenses de l’État : arbitrages sectoriels
Le budget prévoit des évolutions contrastées selon les ministères :
- Le budget de la Défense est en hausse de 6,5 milliards d’euros.
- Les crédits de l’Éducation nationale, de l’Intérieur et de la Justice sont globalement stabilisés.
- Des baisses sont actées pour le Logement, l’Écologie, les Sports et l’Aide publique au développement.
- Les moyens du plan d’investissement « France 2030 » sont réduits de 1,1 milliard d’euros, tandis que le Fonds vert perd 300 millions d’euros.
Mesures sociales et aides maintenues
Malgré les restrictions, plusieurs dispositifs sont préservés ou renforcés :
- La prime d’activité augmente en moyenne de 50 euros par mois pour plus de trois millions de ménages modestes, pour un coût estimé à 700 millions d’euros.
- Les aides personnalisées au logement (APL) sont revalorisées en fonction de l’inflation, mais seront supprimées pour les étudiants étrangers hors Union européenne non boursiers à partir de la rentrée 2026.
- Le repas universitaire à 1 euro est généralisé, pour un coût de 80 millions d’euros.
- Le budget du dispositif MaPrimeRénov’, consacré à la rénovation énergétique des logements, est maintenu à 3,6 milliards d’euros.
Dernières étapes institutionnelles
Saisi conformément à la procédure, le Conseil constitutionnel doit encore se prononcer sur la conformité du texte dans les prochains jours. À l’issue de cette validation, la France sera définitivement dotée de son budget pour 2026.
La présidente par intérim de la Cour des comptes, Carine Camby, a rappelé à cette occasion qu’« il est urgent de réduire vigoureusement le déficit public, de maîtriser les dépenses et de stabiliser la dette », soulignant les marges de manœuvre limitées du pays.
