Droits de douane : l’UE exige le respect de l’accord par Washington
- La Commission européenne rappelle que « un accord est un accord », au lendemain de la décision du président américain d’augmenter les droits de douane mondiaux à 15%, malgré un revers infligé par la Cour suprême à sa politique commerciale
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
La Commission européenne a déclaré ce dimanche attendre des États-Unis qu’ils respectent leurs engagements commerciaux, après l’annonce par le président américain, Donald Trump, d’un relèvement des droits de douane mondiaux de 10% à 15%.
« Un accord est un accord. En tant que premier partenaire commercial des États-Unis, l’UE attend de ces derniers qu’ils respectent les engagements pris dans la déclaration commune, tout comme l’UE respecte les siens », a indiqué l’exécutif européen dans un communiqué.
- Relèvement « avec effet immédiat »
Samedi, Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social qu’il portait « avec effet immédiat » le niveau de ses nouveaux droits de douane mondiaux de 10% à 15%, soit « au niveau pleinement autorisé », selon ses termes. Cette décision intervient au lendemain d’un arrêt rendu par la Cour suprême des États-Unis invalidant une large part de sa politique commerciale.
Par six voix contre trois, la plus haute juridiction américaine a jugé vendredi que le président ne pouvait justifier l’instauration de ces surtaxes par la seule invocation d’une « urgence économique ». Selon le président de la Cour, John Roberts, le chef de l’exécutif doit disposer d’une « autorisation claire du Congrès » pour mettre en place de nouveaux droits de douane.
Les droits de douane, taxes appliquées aux importations, constituent un instrument de politique commerciale visant à renchérir les produits étrangers. Donald Trump avait instauré ces surtaxes en s’appuyant sur une loi de 1977 permettant théoriquement à l’exécutif d’agir sans validation préalable du Congrès en cas d’urgence nationale.
- Application aux partenaires commerciaux
La nouvelle hausse annoncée s’applique aux pays ou blocs ayant conclu des accords commerciaux avec Washington, dont l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan.
Selon la Maison Blanche, la surtaxe de 10%, annoncée initialement, devait entrer en vigueur le 24 février pour une durée de 150 jours. Des exemptions sectorielles étaient prévues, notamment pour l’industrie pharmaceutique ainsi que pour les biens circulant dans le cadre de l’accord États-Unis–Mexique–Canada.
Les droits de douane visés par la décision de la Cour suprême ont rapporté plus de 130 milliards de dollars en 2025, selon des analystes. L’arrêt ouvre la voie à d’éventuelles demandes de remboursement de la part des entreprises ayant acquitté ces surtaxes.
Interrogé vendredi sur cette question, Donald Trump a estimé que le sujet n’avait « pas été abordé » par la Cour et qu’il pourrait donner lieu à des contentieux pendant plusieurs années.
- Réactions internationales prudentes
Plusieurs dirigeants ont réagi à la décision de la Cour suprême.
En déplacement en Inde, le président français Emmanuel Macron a jugé « bien » qu’il y ait « des pouvoirs et des contrepouvoirs dans les démocraties », appelant à des échanges commerciaux fondés sur « les règles les plus loyales » et à une « logique d’apaisement ».
Le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé vouloir coordonner une position européenne commune avant une prochaine rencontre avec Donald Trump à Washington, soulignant que la politique douanière relève de la compétence exclusive de l’Union européenne.
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a, pour sa part, appelé à un traitement « égal » de tous les pays, déclarant ne pas souhaiter « une nouvelle Guerre froide » ni d’ingérence dans les affaires intérieures des États.
Les surtaxes décidées par l’administration Trump visaient en priorité les pays avec lesquels les États-Unis présentent un déficit commercial, c’est-à-dire une situation où les importations américaines excèdent les exportations vers ces partenaires. Selon le président américain, ces mesures devaient également générer des recettes destinées à compenser des baisses d’impôts.
L’escalade tarifaire intervient alors que les relations commerciales transatlantiques demeurent marquées par des tensions récurrentes sur les règles du commerce international et le recours aux mesures unilatérales.
