Affaire Bétharram : l’enseignement catholique annonce la fermeture du site d’ici l’été
- L’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram doit fermer d’ici l’été, sous réserve d’une validation par Rome, a annoncé le président de la Fnogec. La décision est saluée par des responsables politiques et des représentants des victimes
Istanbul
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le site de l’établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, « va fermer » d’ici « à l’été », a annoncé jeudi 22 janvier sur RTL le président de la Fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique (Fnogec), Pierre-Vincent Guéret. La décision reste toutefois soumise à une validation par Rome, la congrégation des Pères de Bétharram étant pilotée depuis la capitale italienne.
« Institutionnellement, Bétharram va fermer ; opérationnellement, Bétharram doit déménager », a déclaré Pierre-Vincent Guéret, estimant que « le symbole doit disparaître » et qu’il n’est pas possible de « porter un projet positif » sur ce site. Les élèves actuellement scolarisés sur place devraient être réaffectés à Igon, commune voisine où existent déjà une école primaire et un lycée en lien avec l’établissement. Selon la Fnogec, cette solution permettrait de maintenir l’ensemble des élèves et du personnel.
La décision n’est cependant « pas encore prise », a indiqué le père Laurent Bacho, membre de la congrégation de Bétharram, évoquant des « pourparlers » toujours en cours. Le président de la Fnogec a rappelé que la tutelle de la congrégation est internationale et que l’accord des autorités romaines est indispensable. À défaut, il a évoqué la possibilité d’une action en justice.
Sur le réseau social américain X, Paul Vannier, député La France insoumise et corapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire, s’est félicité de l’annonce. Il a parlé d’« une victoire pour les victimes, leurs proches et tous les collectifs qui se sont battus sans relâche », tout en appelant à la vigilance afin que la fermeture ne se limite pas à un simple changement de lieu ou de nom. Il a également exhorté à l’application rapide des recommandations du rapport parlementaire consacré à la protection des enfants.
Du côté des victimes, le fondateur du collectif des victimes de Bétharram, Alain Esquerre, a salué une décision qu’il juge « satisfaisante », tout en exprimant des regrets sur l’impossibilité, selon lui, d’avoir engagé plus tôt une transformation en profondeur de l’institution.
- Une affaire étalée sur plusieurs décennies
L’affaire Bétharram porte sur des violences physiques et sexuelles commises au sein de l’établissement sur une période allant de la fin des années 1950 aux années 2000. Les premiers signalements connus remontent au début des années 1960, sans suites judiciaires à l’époque.
Une première condamnation intervient en 1996 à la suite d’une plainte pour violences physiques. De nouveaux scandales éclatent à la fin des années 1990, impliquant plusieurs membres religieux de l’institution. En 2009, Notre-Dame de Bétharram change de nom et devient le groupe scolaire du Beau Rameau après une fusion avec un établissement voisin.
À partir de 2023, d’anciens élèves se regroupent et multiplient les témoignages, conduisant le parquet de Pau à ouvrir une enquête en janvier 2024. Plus de 200 plaintes ont depuis été recensées, dont une part importante pour des faits à caractère sexuel. En mars 2025, la congrégation des Pères de Bétharram reconnaît sa « responsabilité » institutionnelle et annonce l’indemnisation des victimes.
L’affaire a également pris une dimension politique nationale avec la mise en cause de François Bayrou, ancien ministre de l’Éducation nationale entre 1993 et 1997 et actuel maire de Pau. Plusieurs élus et collectifs de victimes l’ont accusé d’avoir eu connaissance de certains faits à l’époque, alors que plusieurs de ses enfants étaient scolarisés à Notre-Dame de Bétharram et que son épouse y enseignait le catéchisme.
François Bayrou a à plusieurs reprises démenti ces accusations, affirmant n’avoir « jamais été informé » de violences sexuelles au sein de l’établissement. Saisi de ces mises en cause, le rectorat de Bordeaux a ordonné une inspection administrative début 2025. Deux signalements visant François Bayrou devant la Cour de justice de la République (CJR) ont été classés sans suite en mars 2025, la juridiction estimant qu’aucun élément ne permettait, à ce stade, d’établir une infraction pénale relevant de sa compétence, tout en précisant que de nouveaux éléments pourraient conduire à une réouverture du dossier.
François Bayrou a par ailleurs été entendu par une commission d’enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire, qui a pointé un « défaut d’action » institutionnelle sur la période concernée, sans conclure à une responsabilité pénale personnelle. Bayrou a dénoncé un « procès politique » et réaffirmé avoir produit, selon lui, des éléments écrits attestant de son absence de connaissance des faits.
La fermeture annoncée du site de Bétharram intervient dans ce contexte judiciaire et institutionnel encore en cours, alors que les enquêtes se poursuivent et que les autorités ecclésiastiques doivent encore valider formellement la décision.
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