France: Un "certificat de non-religion" exigé à une élève malade relance la polémique sur les dérives de la laïcité
- Le CFCM déplore une « obsession irrationnelle et maladive de l’islam ». Une lycéenne atteinte d’alopécie a été exclue deux mois pour avoir porté un bonnet jugé « religieux » malgré des certificats médicaux.
Ile-de-France
AA / Paris / Ümit Dönmez
Une lycéenne d’Annonay (Ardèche), prénommée Mélanie, a été exclue de son établissement pendant deux mois pour avoir porté un couvre-chef à visée médicale, rapporte le Conseil français du culte musulman (CFCM).
Par voie d'un communiqué publié ce jeudi, le CFCM indique que l’adolescente, atteinte d’alopécie à la suite d’un stress important et d’un traitement contre l’épilepsie, aurait été sanctionnée par son lycée malgré la présentation de certificats médicaux justifiant le port de bonnets. Ces accessoires, dont un bonnet de sport, ont été qualifiés de « signes religieux » par la cheffe d’établissement, qui aurait déclaré : « C’est moi qui décide si c’est un voile islamique. »
L’affaire, révélée par le journal local « Le Réveil vivarais », a suscité l’indignation de l’institution musulmane, qui y voit une dérive grave de l’interprétation de la laïcité. Le CFCM dénonce en particulier la notion juridiquement floue de « vêtement religieux par destination », qu’il estime source « d’excès contraires aux principes fondamentaux de l’État de droit ».
La situation aurait encore dégénéré lorsque la proviseure aurait accusé le médecin traitant de l’élève d’avoir établi un « certificat de complaisance ». Selon le CFCM, ce praticien aurait alors été sommé par l’établissement de produire un « certificat de non-appartenance religieuse » concernant Mélanie, une exigence qualifiée de « gravissime » si elle venait à être confirmée.
Le CFCM affirme que, face à la stigmatisation et l’épuisement moral, Mélanie aurait finalement quitté le lycée Montgolfier d’Annonay. L’organisation appelle les autorités à mettre un terme à ces situations qu’elle considère comme humiliantes et dangereuses, et réclame un retour à une « conception apaisée de la laïcité ».
« Les musulmans de France refusent de servir de bouc émissaire et d’une diversion permanente », écrit encore le CFCM, qui déplore une « obsession irrationnelle et maladive de l’islam » dans certaines décisions administratives récentes.
En guise de précédent, le communiqué mentionne également la suspension judiciaire d’une révocation concernant une infirmière de l’AP-HP, accusée à tort d’avoir porté un calot à connotation religieuse.
Au-delà du cas individuel, le CFCM alerte sur un climat de suspicion généralisée, qui fragilise le pacte républicain et abîme l’image de la France à l’international.
Pour rappel, selon le Collectif contre l’islamophobie en Europe (CCIE), 1 037 faits islamophobes ont été documentés en 2024, soit une augmentation d’environ 25 % par rapport à 2023 (828 cas) ; ces actes incluent principalement des discriminations, des propos haineux, des diffamations et des violences physiques, avec une part majoritaire de discriminations quotidiennes.
Du côté des statistiques officielles, le ministère de l’Intérieur a recensé 173 faits antimusulmans en 2024, un bilan qui pourrait toutefois sous-estimer la réalité des actes non signalés ou non qualifiés comme tels.
Par ailleurs, sur les cinq premiers mois de 2025, la Direction nationale du renseignement territorial a relevé une hausse de 75 % des actes antimusulmans comparé à la même période de l’année précédente (145 contre 83).
