Monde, Journal de l'Islamophobie

Colère des ONG contre l'attitude jugée islamophobe de la députée Lang

Les organisations françaises de défense des droits et libertés ont condamné vendredi le comportement de la politicienne Anne-Christine Lang lors d'une séance la veille, à l'Assemblé nationale française.

1 23   | 18.09.2020
Colère des ONG contre l'attitude jugée islamophobe de la députée Lang

Ankara

AA - Paris (France) - Ümit Dönmez

Le comportement, jeudi, de la députée de Paris, Anne-Christine Lang, face à la présence d'une syndicaliste portant le foulard lors d'une réunion à l'Assemblée nationale française, continue de susciter de vives réactions parmi les représentants des organisations non gouvernementales (ONG) françaises ainsi que sur la toile.

- La présidente d'ORIW dénonce l'islamophobie et la provocation à la haine

La présidente de l'ONG française de lutte contre l’islamophobie et le racisme, Organization Racism Islamophobİa Watch (ORIW), Ifakat Yuna a exprimé sa révolte face à l'attitude, jugée islamophobe, de la députée Lang à l'égard de Myriam Pougetoux, la syndicaliste étudiante ayant fait l'objet de ses remarques :

"En tant que femme musulmane et présidente d’ORIW, je suis révoltée de voir ces réactions islamophobes, et en plus venant d’une femme représentant la République française", a déclaré Yuna, interrogée par l'Agence Anadolu (AA).

La militante anti-islamophobie a estimé que l'acte commis par Lang constituait une injure ainsi qu'une provocation à la discrimination :

"L’injure commise par Mme Anne-Christine Lang à l’encontre de cette jeune fille en raison de son appartenance religieuse qui est une provocation à la discrimination, à la haine et à la violence fondée sur l’apparence vestimentaire de la religion musulmane, est impardonnable", a estimé la présidente de l'ONG.

- "La députée Lang a trahi les valeurs de la République"

En réaction aux déclarations vendredi de la députée Lang sur la chaîne d'information BFMTV, dans l'émission du journaliste Bruce Toussaint, Yuna a elle aussi souligné l'importance du respect des valeurs républicaines qu'elle juge avoir été trahies par la politicienne :

"Mme Anne-Christine Lang a trahi les valeurs de liberté de religion, liberté de culte, un droit subjectif fondamental aux personnes de pratiquer une religion en France", a déploré la militante.

Au lendemain de son comportement à l'Assemblée nationale, Lang avait déclaré défendre "ses valeurs", lors de l'émission sur la chaîne d'information:

"J'avais très à cœur de défendre les valeurs qui sont les miennes en tant que laïque, féministe, femme de gauche... et puis défendre l'idée que je me fais de l'Assemblée nationale qui doit rester le symbole des valeurs qu'on défend, notamment celui de la laïcité", avait affirmé la politicienne sans pour autant admettre la faute.

Lang ne semblait pas non plus être consciente que la République se doit d'être laïque, que les personnes n'ont pas vocation à l'être, et que toutes les personnes, sans exception, doivent se soumettre à cette laïcité, et non la remplacer par sa propre interprétation en violation directe de cette laïcité qu'on prétend défendre.

Le journaliste n'a pas manqué de rappeler l'erreur commise par la politicienne :

"Vous même vous ne respectez pas la loi puisque c'est autorisé", a noté Toussaint.

- La députée Lang accusée de séparatisme

La présidente de l'ONG a également adressé un message à Anne-Christine Lang, déplorant la « haine » de cette dernière :

"Mme Anne-Christine Lang, vous devriez être ravie de voir ces jeunes filles à l’Assemble nationale afin d’apprendre et de participer à la démocratie française en tant que « laïque féministe », cependant tout cela n’est que façade de votre haine", a-t-elle déclaré.

Yuna a ensuite estimé que la discrimination anti-musulmane commise par la députée constituait le « séparatisme » dépeint par une partie des politiciens français :

"Par ces réactions racistes, vous créez vous-même la discrimination et le séparatisme au sein de la France en rejetant ses citoyens de confession musulmane", a déploré Yuna.

- Référence à la Constitution et au Règlement intérieur de l'Assemblé nationale

La présidente de l'ORIW a ensuite fait référence au Règlement intérieur de l'Assemblé nationale, soulignant l'importance de s'y soumettre :

"Le règlement intérieur du Palais Bourbon, n'interdit pas « le port de signes religieux pour les personnes auditionnées »." a noté Yuna, avant de se référer au Premier article de la Constitution française appelant au respect de tous :

"Selon l'article 1 de la Constitution française de 1958, « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances »."

La présidente de l'ONG a ensuite estimé que la politicienne avait trahi ces fondements de la République française :

"Mme Anne-Christine Lang, c’est vous qui avez trahi les valeurs de République démocratique de la France, en ne les respectant pas", a conclu Ifakat Yuna.

- Le CCIF a condamné la discrimination à l'égard des femmes portant le foulard

Pour sa part, le Collectif contre l'Islamophobie en France (CCIF) a publié un message vendredi, empreint d'ironie et d'indignation, sur le réseau social « Twitter » :

"Vous avez très bien fait de quitter cette audition. Car au-delà du buzz que vous recherchez dans une période propice à la polémique, vous n’avez strictement rien à faire dans un lieu qui respecte (encore) certaines libertés fondamentales", a estimé l'ONG, avant de juger l'acte de la députée comme une discrimination, et que la politicienne n'était pas en mesure de juger les femmes portant le foulard :

"Si vous pensez que votre sortie fut si courageuse (au point d’en extraire une vidéo à l’image d’un #Odoul), sachez que votre geste est juste discriminatoire. Aussi les femmes qui portent un foulard n’ont aucune leçon d’égalité à recevoir de la part d’une personne qui discrimine", a noté le CCIF dans un autre tweet.

- Réactions sur les réseaux sociaux

Les réactions à la prise de position de Lang ont continué d'affluer sur les réseaux sociaux vendredi, certains utilisateur évoquant "deux poids deux mesures" à l'égard des tenues vestimentaires, selon la religion des personnes :

"Merci à @francoisgapihan d’avoir rappelé que la présidente de la commission a déploré l’attitude d'Anne-Christine Lang, en rappelant que les règles de l’Assemblée Nationale n’interdisent pas le port de signes religieux pour les personnes auditionnées. Deux poids, deux mesures", a notamment estimé un internaute.

Le même utilisateur a également déploré les torts faits à la jeune syndicaliste ainsi qu'à d'autres femmes françaises portant le voile, notamment à Imane Boun, une étudiante récemment visée par des propos, pour le moins polémiques, de la journaliste du Figaro, Judith Waintraub :

"Christine Lang hier soir. Christine Lang ce matin. Christine Lang ce midi. Christine Lang ce soir. Demain. Et les personnes concernées, visées, stigmatisées, pointées du doigt, on les écoute quand ? Myriam Pougetoux n’avait rien demandé à personne. Pas plus Imane et d’autres.", a déploré l'internaute, en partageant un extrait vidéo de l'émission diffusée sur la chaîne d'information BFMTV, dans laquelle la politicienne était invitée pour s'expliquer de son attitude à l'Assemblée nationale.

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