AA/Katanga (RDC)/Heritier Maila
Les opérateurs économiques congolais plaident pour une cause pas du tout des moindres: La production locale [Made in Congo] afin de faire face aux produits chinois qui inondent le marché et de stimuler l'économie nationale.
Mukalay Nsenga, président de la Fédération des entreprises du Congo " F.E.C", rencontré par Anadolu ne décolère pas: " Les opérateurs économiques congolais, sont lésés au profit de commerçants expatriés, alors qu’ils sont capables de commercialiser des produits «Made in Congo»", assure-t-il.
"Chaque année, le Congo perd près de 2 milliards de dollars en important des produits de l'étranger. Tout autant qu'on loue des camions poids lourds étrangers pour transporter les marchandises. Or on aurait du donner la priorité aux transporteurs locaux qui devraient assurer le relais entre les frontières et l'intérieur du pays. C'est un important manque à gagner pour le gouvernement congolais", explique le président de la FEC.
Joint par Anadolu, le ministre provincial de l'Industrie, Christian Mwando, n'est pas pas moins véhément : "Nous perdons chaque année entre deux et trois milliards de dollars, mais nous sommes encore obligés d'importer, à défaut d'industries locales".
Il explique par ailleurs que "Entre 1991 et 1992, les militaires non payés, suivis de civils, se sont mis à piller les magasins et les dépôts industriels du pays, ce qui a affecté plusieurs industriels surtout les expatriés qui ont choisi de rentrer chez eux ou d'investir ailleurs. Depuis la RDC n'a toujopurs pas récupérer ce manque et nous dépendons des voisins, voire de certains pays d'Asie comme la Chine ou l'Arabie Saoudite".
La production locale ne rapporte au Congo que 1,5 million de dollars par an, un chiffre qui aurait été plus important si le gouvernement avait pris les mesures nécessaires, informe pour sa part le Nsenga.
Pour le Président de la FEC, s'approvisionner continuellement auprès d'autres pays ne fera que freiner encore plus la croissance de la RDC:« J'’ai une usine de farine de maïs, un aliment de base pour le Congolais, mais le marché est inondé par la farine importée qui n’est pas de bonne qualité. On l'importe pour la simple raison qu'elle coûte moins cher", déplore-t-il.
Plaidant pour un chagement de la politique économique du pays, M.Nsenga appelle le gouvernement à prendre des mesures en vue de faciliter l'écoulement des produits locaux.
"Avec du soutien et des encouragements, nous serons capables de produire des quantités importantes et pourrons par conséquent exporter. Ce ne sont pas les terres arables qui manquent en RDC. Avec mes propres moyens, je produis 1000 sacs de 25 Kilos par jour [de farine de maïs]. L’Etat doit comprendre qu’en nous aidant, il nourrit ses prévisions budgétaires et donne de l’emploi à des milliers de chômeurs congolais", dit-il.
L'autre cri d’alarme lancé par les opérateurs économiques congolais se rapporte à la difficulté d’accès au crédit bancaire. «Nous n’avons aucun soutien, nous sommes comme des orphelins abandonnés à notre triste sort. Ça fait plus de 20 ans que je travaille dans la fabrication des chaussures en cuir. Mais, on n’a jamais fait allusion à mon travail, je n'ai aucune reconnaissance, pas de crédit, alors que je produis des souliers de très bonne qualité», témoigne Waku Bikuy.
Le ministère de l’industrie a, pour sa part, rétorqué que les revendications des opérateurs économiques ont été bel et bien entendues par le gouvernement et que le ministère a lancé la campagne «Made in Congo», en janvier dernier.
Pour Germain Kabinga, Ministre de l’Industrie, la campagne "Made in Congo" vise non seulement à promouvoir la consommation par les Congolais des produits nationaux, mais aussi à soutenir et à accompagner les industriels du pays. "Des études sont en cours pour voir qui soutenir. Je demande aux opérateurs économiques de se calmer», avait-il déclaré à l'occasion du lancement de la campagne.
La population, elle, est toujours dans l'expectative de résultats dignes de sa patience: «Ce ne sont pas les bonnes lois qui manquent en RDC mais le problème se pose toujours au niveau de la mise en oeuvre», se désole François Mulenda, un habitant de Lubumbashi (sud-est du pays).