AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui
Les grandes compagnies internationales de transport aérien se disputent le contrôle du ciel africain, participant ainsi à renforcer l'image d'une Afrique convoitée, pour ses nombreux attraits et atouts.
L'évolution du trafic aérien en Afrique a dépassé, en effet, la barre des 5 %, en 2014, selon l'Association du transport aérien international « IATA ». Ce marché de 650 millions d’euros a pour atouts "une classe moyenne qui ne cesse de s’élargir" et une croissance démographique des plus soutenues, dans le monde, indique IATA sur son site officiel.
Selon Rafaa Dkhil, ancien ministre tunisien et également ancien patron de la compagnie aérienne tunisienne, ce phénomène est une conséquence d'"une relance africaine soutenue, de l'ordre de 5.7%, en 2015, hors Libye", a-t-il déclaré à Anadolu.
Un constat à lier, selon lui,à "un afflux d’investissements, puisque l’Afrique a connu 58 milliards d’euros en 2014; en investissements étrangers. "De l’autre côté, les gisements naturels, ou même le tourisme, participent d'un dynamisme nouveau. L'agriculture et les services constituent la locomotive du développement, ce qui n'était pas le cas il y a 15 ans et c’est ce qui justifie le développement des transports aériens avec un système de vase communicants: Ces facteurs engendrent un dynamisme au niveau du transport aérien, lequel influe également sur le taux de croissance économique."
La desserte du continent avec le reste du monde passe surtout par de grands hubs européens comme Paris, Bruxelles, Londres, Madrid, Francfort et Zurich ou par Royal Air Maroc, très bien placée avec son hub de Casablanca, d’après «IATA».
Air France assure, quant à elle, plus de 300 vols hebdomadaires sur le continent et a lancé de nouvelles fréquences vers plusieurs villes africaines. Depuis octobre 2014, la compagnie nationale française utilise son A 380 sur trois des sept rotations hebdomadaires entre l'aéroport de Paris et Abidjan, a indiqué la même source sur son site officiel.
Turkish Airlines poursuit, elle, le développement de son activité dans le ciel africain. La compagnie aérienne turque a récemment lancé trois nouvelles liaisons d'Istambul à destination du Bénin, du Mali et de la Guinée, selon l'Association du transport aérien international.
La compagnie aérienne turque compte actuellement 36 liaisons sur l'Afrique et vise, à partir de 2014, plusieurs destinations sur le continent comme Luanda, Abuja, Juba, Asmara, Louxor, Assouan, Constantine, Tlemcen, Batna et Oran en Algérie, souligne Iata. D'ici vingt ans, Turkich Airlines souhaite desservir 100 aéroports africains, ajoute-on de même source.
Selon Airbus, les compagnies d'aviations opérant en Afrique auront besoin de 957 avions supplémentaires d'ici 2031 pour faire face à un trafic voyageur qui triplera. Cette augmentation serait due à la croissance économique du continent, l'urbanisation, la libéralisation du secteur et le développement du tourisme.
L'Association du transport aérien international prévoyait en 2011 une croissance de l'ordre de 7,7% entre 2009 et 2014 sur le marché du secteur aérien en Afrique, soit un des taux de croissance les plus élevés du trafic passagers international. Néanmoins, le continent ne représente jusqu'ici que 2 à 3% du trafic mondial du transport aérien. Des chiffes qui justifient la compétition à laquelle se livrent les grandes entreprises aériennes sur le continent africain.
Les constructeurs européens visent également l'Afrique. Ainsi le groupe « ATR », contrôlé à parité par Groupe Airbus et l'entreprise italienne Finmeccanica, a axé sa stratégie sur le développement de ses ventes en Afrique. Les dirigeants de la société considèrent que le continent africain pourrait être un véritable Eldorado avec un marché évalué à près de 650 millions d'euros.
Si les compagnies aériennes internationales se disputent aujourd'hui le contrôle du ciel africain, c’est en raison de divers atouts et attraits irrésistibles de ce continent. Plus d'un Africain sur trois appartient désormais à la classe moyenne, selon une récente étude de la Banque africaine de développement (BAD). Puis, 34% des quelque 1,1 milliard d'Africains, soit environ 370 millions de personnes, appartiennent désormais à la classe moyenne, celle qui voyage.
Toutefois, cette éclosion de marchés aériens échappe, en grande partie, aux compagnie aériennes locales.
"Les compagnies africaines, à part quelques unes, rares, comme les compagnies éthiopienne, sudafricaine et marocaine, n’ont pas aujourd'hui la possibilité de faire du transport intercontinental vu les gros moyens qu’il faut mettre en œuvre pour cela", analyse Dkhil.
"Toutefois, elles peuvent compléter les grandes compagnies internationales en leur transportant les voyageurs au niveau des Hubs (Afrique du Sud, Maroc etc.). Elles ne peuvent que jouer ce rôle-là pour le moment…", conclut l'ancien ministre tunisien.