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Burundi: les délestages intempestifs court-circuitent l'économie

Faute d’électricité suffisante au Burundi, les activités tournent au ralenti entre juin et décembre de chaque année.

08.10.2014 - Mıse À Jour : 08.10.2014
Burundi: les délestages intempestifs court-circuitent l'économie

AA/Bujumbura (Burundi) Jean Bosco Nzosaba

Faute d’électricité suffisante au Burundi, les activités tournent au ralenti entre juin et décembre de chaque année. La Régie de production et de distribution de l’eau et de l’électricité (Regideso), entreprise publique et monopolistique, met tout le monde aux délestages du courant électrique.

«Je tenais un salon de coiffure très achalandé pour hommes et femmes mais cette activité est paralysée depuis plus de trois mois car il n’y a presque plus d’électricité et les clients ne viennent même plus, je ne sais plus quoi faire», a déclaré à Anadolu, Juma Shabani, un jeune coiffeur rencontré dans la commune urbaine de Ngagara, mairie de Bujumbura.

Comme lui, d’autres acteurs économiques, quelle que soit la taille de l’activité, broient du noir en raison des délestages intempestifs qui ponctuent leur quotidien depuis déjà trois mois.

Ils sont d’autant plus en colère que le Ministre en charge des Finances, Tabu Abdallah Manirakiza, avait promis de mettre fin à leur cauchemar dès la fin du mois de juillet. «Nous avons été obligés de revoir à la hausse certaines taxes pour compenser notre déficit énergétique avec le concours de grands groupes électrogènes qui nous apporteront quelques mégawatts de plus», avait-il annoncé aux députés, à la fin du mois dernier à l’occasion d’une séance d’analyse et d’adoption de la Loi de Finances 2014.

Nombre de facteurs justifient aujourd’hui ce déficit énergétique : vétusté et déficit des barrages hydroélectriques, baisse sensible du niveau d’eau suite à la faible pluviométrie, particulièrement en période de saison sèche (juin-octobre), accroissement exponentiel de la demande en électricité suite à l’extension progressive des centres urbains, etc.

Le pays accuse en particulier un déficit de barrages hydroélectriques. «Après près de deux décennies de guerre civile, les autorités qui avaient d’autres préoccupations n’ont sans doute pas pensé aux barrages», fait remarquer sous couvert d’anonymat un des activistes de la société civile burundaise.

La construction du dernier barrage hydroélectrique remonte à 1989. Aujourd’hui, la production interne est estimée à 30 MW. A cela s'ajoutent 15 MW fournis par la Société Internationale pour l’Energie des Grands Lacs (SINELAC), une unité sous régionale appartenant à la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), regroupant le Burundi, le Rwanda et la République Démocratique du Congo (RDC).

 «Pour pouvoir répondre aujourd'hui à la demande intérieure réelle, il nous  faudrait au moins 75 MW, le déficit  (30 MW) est donc énorme et inquiétant», fait observer Côme Manirakiza, ministre burundais de l’Energie et des Mines.

Pour inverser la tendance, le Gouvernement mise essentiellement sur les investissements étrangers. «Depuis quelques années, nous assainissons le climat des affaires pour attirer les investisseurs étrangers dont le pays a grandement besoin, en particulier dans le secteur de l’énergie où nous accusons un grand déficit », déclarait, le 23 mai 2014, Gervais Rufyikiri, 2ème Vice-Président du Burundi, à l’occasion de la présentation du rapport soumis à l’évaluation Doing Business 2015. Pour arriver à s’auto-suffire en électricité, le pays a besoin d’une bagatelle de 600 millions de dollars américains, selon ce rapport.

Bien que ce ne soit pas le seul paramètre endogène, l’onde de choc du déficit énergétique qui ralenti l’activité économique pendant une bonne partie de l’année touche le PIB au Burundi. Alors que les prévisions initiales du 1er Cadre stratégique de croissance et de lutte contre la pauvreté (CSLP : 2006-2011) estimaient le taux de croissance à 8 %, voilà que le 2ème CSLP (2011-2015) tire à sa fin sans que le taux de croissance dépasse 4.6% (2014).

 « Le manque d’électricité y est pour beaucoup même si l’on doit aussi prendre en compte d’autres paramètres comme la  volatilité de l’aide extérieure », indique à Anadolu Gabriel Rufyiri, ardent défenseur des droits économiques et sociaux au Burundi.

Conscients de la menace de ce déficit énergétique sur la relance du développement économique, certains partenaires financiers se mobilisent, chacun à leur manière, en vue de contribuer à accroitre la production énergétique au Burundi et dans la sous-région.

La Banque Mondiale a accepté d'accorder un financement de 60 millions de dollars alors que l'Union Européenne  s'est engagée à prendre en charge 50% de l'enveloppe globale à travers la Banque Européenne d'Investissement (BEI). De son côté, la Chine s’attelle également à la construction d’une centrale hydroélectrique.

D’autres opportunités sont attendues dans la sous-région, notamment les projets de construction des centrales hydroélectriques de Ruzizi III (sur la rivière Ruzizi, qui constitue la frontière entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda) et Rusumo Falls (situés sur la rivière Kagera, à la frontière entre la Tanzanie et le Rwanda), ainsi que  la construction de deux lignes électriques de 220 Kilovolts  reliant  le Burundi à la Tanzanie d’un côté et à la RDC d’un autre côté.

 

 
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