Sénégal: Les mécaniciens en quête d'une assistance publique
"Nous allons les aider à avoir des ateliers modernes" (ministre de la Formation professionnelle à Anadolu)
AA/ Dakar/ Babacar Dione
Au Sénégal, tandis que le parc automobile s’enrichit de jour en jour de nouveaux véhicules électromécaniques, les jeunes mécaniciens en panne de compétences lance un cri d'alarme, sollicitant le gouvernement pour une formation de mise à niveau.
L’avancée technologique pointue traduit une certaine aisance sociale chez les propriétaires qui acquiert des voitures venues d’Amérique, d’Europe ou d’Asie. Toutefois, elle accentue le manque de compétence de ces mécaniciens, selon certains des professionnels de ce secteur.
«Nous avons peur pour notre secteur.Chaque jour, des véhicules neufs inondent le pays, alors que nous n’avons pas les compétences requises pour les réparer», déplore Pierre Diouf, un jeune mécanicien rencontré dans une zone industrielle à Dakar.
«Pour réparer ces véhicules, il est nécessaire d’avoir une formation en électromécanique», ajoute le jeune homme qui reconnait avoir appris son métier «dans la rue», sans avoir «bénéficié au prélable d’une formation professionnelle». Cette crainte, le jeune mécanicien la partage avec des milliers de confrères sénégalais.
«Dans le passé, on pouvait apprendre le métier sur le tas parce que tout était presque mécanique. Il suffisait juste de suivre les enseignements des chefs d’atelier. Aujourd’hui, mêmes nos chefs sont désarmés face à ces nouveaux véhicules», fait remarquer Vieux Ndoye, un apprenti mécanicien.
«Nous n’avons pas de problème avec les anciennes voitures. Nous les réparons facilement. Mais de plus en plus, les nouveaux véhicules arrivent et les clients se ruent vers ces véhicules. Nous avons des difficultés à suivre les évolutions», se désole Ndoye.
Dans plusieurs ateliers visités de la capitale, des dizaines de nouveaux véficules font la queue devant les garages des mécaninciens. «Leurs propriétaires n’ont pas les moyens d’aller vers les représentants exclusifs des marques qui maitrisent pourtant les techniques pour réparer ces voitures. Ils se rabattent donc sur nous. Nous sommes obligés d’aller voir des gens qui possèdent le matériel qu'il faut pour le diagnostic réparer ces véhicules. Un processus qui vaut du temps et beaucoup d'argent», explique Abdoulaye Diarra, responsable d’un garage mécanique installé dans une ruelle de la zone.
Une valises de diagnostic, outils sophistiqués de détection des pannes des véhicules, coûte en moyenne 2 millions de Fcfa (4000 USD).
«Nos revenus ont commencé à pâtir. Auparavant, chaque jour on gagnait plus de 6000 Fcfa (12 USD). Aujourd’hui, il nous est néanmoins difficile de gagner 3 000 Fcfa (6 USD) par jour. Les temps sont très durs», se désole Médoune, un chef d’atelier.
Pour Pierre Diouf et les autres, seul l’Etat peut aider les jeunes à sauver leur métier.
«Nous devons bénéficier d’une mise à niveau. Souvent, nous travaillons à perte quand nous tentons de réparer les nouveaux véhicules. Nous ne pouvons pas identifier correctement la panne. Et les propriétaires n’acceptent pas de payer deux fois», déplore-t-il.
M. Diouf poursuit : « Quand on n'a pas une valise de diagnostic, on tâtonne. On change souvent beaucoup de pièces sans résoudre la panne », se désole le jeune mécanicien.
Pour Assane Fall, l’Etat doit financer les jeunes mécaniciens afin qu’ils puissent disposer des outils nécessaires pour faire correctement leur travail. «Les anciens véhicules nécessitent juste une connaissance en mécanique et un peu en électrique. Aujourd’hui, il faut bien maîtriser l'électromécanique. Si rien n’est fait d’ici quelques années, nous n’existeront plus. Notre secteur mobilise des milliers de jeunes. Ce sont des milliers d’emplois qui sont menacés», alerte-t-il.
La situation des jeunes mécaniciens ne laisse pas indifférent le gouvernement assure pour sa part, Mamadou Tall le ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, joint par Anadolu.
«Le gouvernement veut aider les mécaniciens à se moderniser. Ces professionnels sont appelés à les ateliers des quartiers vers des entreprises professionnelles. Nous allons aider les jeunes à avoir des ateliers modernes», assure le ministre.
Mamadou Talla a annoncé que le gouvernement envisage de former 10 000 jeunes par an à la nouvelle mécanique . «Des centres professionnels existent dans le pays. Ils seront mis à contribution pour renforcer les capacités des jeunes mécanicien », a-t-il fait savoir.
Ce programme a déjà démarré, selon le ministre, et des centaines de jeunes ont déjà bénéficié de sessions de formation. En plus de la formation, une dizaine de valises de diagnostic ont été transmises à des associations regroupant de jeunes mécaniciens, conclue-t-il.
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