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"Eux ils disent Boko Haram, nous disons Boko halal"

"Nous apprenons aux enfants à maîtriser le Coran qui prône le respect des aînés et interdit la tuerie" (Cheick Sarbou, enseignant et imam)

24.03.2015
"Eux ils disent Boko Haram, nous disons Boko halal"

AA/ Douala/ Pado Chemie

A Douala, capitale économique du Cameroun, des enseignants d'écoles s'annocent déterminés à changer bien des mentalités pour faire place à "Boko Halal" au lieu de "Boko Haram", faisant ainsi de l'éducation le véritable antidote contre l'enrôlement des jeunes musulmans par le groupe armé nigérian.

En langue locale haoussa, le mot "Boko" fait référence à l'éducation, particulièrement profane, enseignées dans des écoles publiques. Cheick Sarbou a formé de nombreux enseignants dans des écoles coraniques au Cameroun, mais il est également enseignant. Cet imam et coordonnateur des mosquées de Douala indique ainsi à Anadolu qu’il enseigne à ses élèves le «Boko Halal ».

« Boko Haram est contre l’éducation occidentale. Nous disons Boko Halal pour dire que nous sommes pour l’éducation car le prophète, sans faire de distinction en matière d'éducation, a simplement dit qu'il faudrait chercher le savoir même jusqu’en Chine», dit-il.

Evoquant les écoles coraniques, Cheick Sarbou estime que si quelqu’un a appris les enseignements prodigués dans ces espaces comme il faut, avec de bons enseignants, « il ne peut pas être mauvais» dans sa vie. 

« Ces écoles apprennent aux enfants à maîtriser le coran qui prône le respect des ainés et interdit la tuerie. L’école coranique apprend le respect. que tu sois petit ou grand, je dois te respecter», insiste l’imam.

Pour éviter l’enrôlement des enfants par la secte Boko Haram, les enseignants des écoles coraniques de Douala, apprennent aux enfants les valeurs du vivre-ensemble, l’importance de la paix et surtout l’enseignement tel que prescrit par le Coran.

A quelques encablures de l'aéroport de Douala (Littoral), se stiue le quartier Newtown aéroport, deuxième quartier musulman et l’un des plus pauvres de la ville. Ici, les parents qui ont peur de l’enrôlement de leurs progénitures par le groupe armé ont mis leur espoir dans les écoles coraniques.

« On recrute les Boko Haram parmi les musulmans issus des milieux pauvres, reconnaît El Haddj Ibrahim Tchido, pas seulement pauvres en argent, mais, pauvres en esprit et en éducation. Si ces enfants étaient éduqués, ils n’iraient pas courir après 10.000 Francs Cfa (16 USD) car, cette somme ne vaut rien par rapport à une vie humaine».

Pour le fondateur du groupe scolaire privé islamique «Ibrahim », seule école franco-arabe du quartier et par ailleurs l’une des plus prisées de Douala pour la qualité de son enseignement, la lutte contre Boko Haram « commence dans les écoles coraniques» car, l’éducation est «la base ».

« Si dès le bas âge, mes éducateurs et parents m’ont dit qu’on ne doit pas tuer pour de l’argent, même pour un milliard, je ne le ferai pas», assure le formateur à Anadolu.

Dans son bureau, une fillette inscrite en classe de Cours élémentaire première année (Ce1), vêtue d’un long djilbab assorti d’un voile, l’écoute religieusement et hoche la tête.

« On nous apprend ça en classe», chuchote-t-elle en souriant. 

Abdou Kadji, enseignant de langue arabe dans des écoles coraniques depuis 20 ans, est plus explicite.

« Le Coran est la lumière. Je l’utilise pour éclairer mes élèves chaque jour. Je leur dis toujours qu'ils se valent tous. Seul Dieu, Allah, qu’ils ne voient pas, est le plus fort car, c’est lui qui les a créés. C’est lui qui leur donne de la nourriture et le souffle de vie» dit-il à Anadolu.

«Avant de commencer un cours, nous prions tous. A la fin des cours, chacun me dit ce qu’il a retenu et ce qu’il ne doit pas faire. Tous savent que tuer un être humain est interdit et inimaginable », poursuit Abdou Kadji.

Salif Mohamed, père de 17 enfants l’a compris. « J’ai 9 garçons.  Depuis un an environ, j’organise des réunions le samedi où nous discutons entre nous les hommes. Je leur parle de l’importance du respect d’Allah, de l’importance du respect du Coran aussi. D’ailleurs, tous sont inscrits dans une école coranique», explique l’homme d’affaires.

Malgré ces enseignements dans les écoles coraniques, de nombreux enfants des quartiers New-Bell (plus grand quartier musulman de Douala) et Newtown aéroport sont réputés pour leur grand banditisme.

« Boko Haram peut en profiter pour s’implanter, croit Cheick Sarbou. Il faut continuer à les sensibiliser, à les éduquer. Je le fais chaque jour, lors des prières et lors des réunions que nous organisons avec les jeunes des quartiers », ajoute l’imam.

El Haddj Ibrahim Tchido reste formel: « il faut revenir à la morale dans les familles et les écoles. La lutte contre Boko Haram commence aussi dans les familles avant de s’achever dans les écoles ».

Pour cet éducateur, la solution n’est pas les multiples marches organisées contre Boko Haram dans de nombreuses villes du Cameroun. « C’est du folklore. Il faut éduquer nos enfants  », conseille Ibrahim Tchido.

 
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